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Moyen-Orient - ÉCLAIRAGE

Pour renforcer son leadership écorné, Mahmoud Abbas se tourne vers l’Arabie saoudite

L’Autorité palestinienne a demandé à Riyad d’inclure ses exigences dans ses négociations de normalisation avec Israël, selon Axios.

Pour renforcer son leadership écorné, Mahmoud Abbas se tourne vers l’Arabie saoudite

Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammad ben Salmane reçoit le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Photo AFP

C’est une nouvelle approche du gouvernement palestinien face à la normalisation entre l’un de ses voisins – en l’occurrence l’Arabie saoudite – et Israël : plutôt que de rejeter catégoriquement un projet qui le dépasse, comme il l’avait fait pour les accords d’Abraham en 2020, il essaie cette fois d’en tirer parti. Le conseiller principal de Mahmoud Abbas, Hussein al-Cheikh, chargé des consultations sur la question avec Riyad, a remis il y a trois mois au conseiller saoudien à la sécurité nationale Moussaïd ben Mohammad al-Aïban une liste d’exigences à intégrer dans les négociations israélo-saoudiennes, selon le site d’information Axios. Parmi ces demandes : le transfert du contrôle administratif de certaines parties de la zone C en Cisjordanie (sous l’entière gestion d’Israël) à l’Autorité palestinienne (AP), comme cela est le cas en zone B, où l’État hébreu ne dispose en théorie que du contrôle sécuritaire ; la réouverture du consulat des États-Unis auprès des Palestiniens à Jérusalem, fermé par Donald Trump en 2019 ; et des étapes spécifiées à effectuer auprès de l’ONU en vue de la reconnaissance des territoires palestiniens en tant qu’État membre.

Des exigences qui semblent pour l’heure peu réalistes, d’autant qu’Israël est dirigé par le gouvernement le plus à droite de son histoire, que les violences se multiplient en Cisjordanie depuis plus d’un an et que l’ultranationaliste ministre Bezalel Smotrich a pris en juin la tête de l’organe de gestion des colonies. « De quel État palestinien parle-t-on lorsque l’on a en face un gouvernement israélien qui colonise plus que jamais et annonce des plans d’annexion ? » interroge Thomas Vescovi, chercheur indépendant en histoire et spécialiste du conflit israélo-palestinien. Quant à la réouverture du consulat américain, « elle semble peu probable à près d’un an des élections américaines », estime Hamada Jaber, consultant au Palestinian Center for Policy and Survey Research.

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« Les implications de la normalisation saoudienne sont bien plus importantes et stratégiques que cette liste palestinienne de miettes que Netanyahu n’acceptera probablement pas », fustige la commentatrice politique palestinienne Nour Odeh, soulignant que les zones A, B et C, définies par les accords d’Oslo, subissent toutes les trois les violations et raids des forces armées israéliennes, et que la demande sur le transfert de compétences est donc inutile. « Les revendications palestiniennes rapportées sentent le désespoir et le manque de vision politique », tranche-t-elle.

Corruption et incompétence

De fait, l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas, 87 ans, est depuis plusieurs années minée par des allégations de corruption et d’incompétence, et par la signature d’accords de coopération en matière de sécurité avec Israël, très impopulaires dans l’opinion publique. « Il existe une crise de leadership comme jamais auparavant, car Mahmoud Abbas s’est complètement décrédibilisé », constate Thomas Vescovi. Sa légitimité a été davantage entamée après la signature des accords d’Abraham, qui a scellé la normalisation d’Israël avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc en 2020. « Les Palestiniens perçoivent surtout ces normalisations comme une forme d’échec du mouvement national palestinien à se faire entendre et à peser dans les négociations au Moyen-Orient », ajoute le chercheur. Une thèse que partage Hamada Jaber. « Tout cela a affaibli les dirigeants palestiniens aux yeux du peuple, car non seulement ils n’ont pas pu empêcher la normalisation entre les pays arabes, mais ils n’ont en plus obtenu aucune concession », expose-t-il.

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Alors Mahmoud Abbas s’adapte, saisit le soutien là où il se présente. Comme dans les mains tendues de Riyad. Il y a deux semaines, le royaume a nommé un ambassadeur auprès de l’Autorité palestinienne qui porte également le titre de consul à Jérusalem – Israël a fait savoir dans la foulée qu’il refuserait l’ouverture d’une mission saoudienne dans la Ville sainte. L’Arabie a aussi proposé à l’AP de reprendre le soutien financier coupé il y a deux ans. Alors qu’il avait atteint 6 milliards de dollars en cumulé ces deux dernières décennies, selon le King Salman Humanitarian Aid and Relief Center, le soutien avait dégringolé de 80 % ces dernières années, pendant que la relation entre les deux pays s’était tendue. L’aide saoudienne avait finalement atteint 174 millions de dollars en 2019, puis zéro en 2021. Dans la foulée de ces événements, une délégation palestinienne menée par le conseiller principal de Mahmoud Abbas, Hussein al-Cheikh, s’envoler vers le royaume la semaine prochaine pour y discuter les demandes palestiniennes face à la normalisation.

Dans ce contexte, le rapprochement avec l’Arabie saoudite s’inscrit dans une dynamique de relégitimation vis-à-vis de la scène régionale et internationale, pour combler le vide de leadership en interne. D’autant que les trente ans des accords d’Oslo approchent. Il s’agit aussi de faire le poids face aux Hamas, qui concentre de puissants appuis régionaux. « Le soutien saoudien à l’Autorité palestinienne a toujours été un contrepoids à l’appui d’autres pays, tels que le Qatar, au Hamas, rappelle Thomas Vescovi. Cela a toujours été perçu de cette façon et c’est encore le cas aujourd’hui. L’Iran soutient également le Hamas par différents aspects. » Ramallah tente par ailleurs de reprendre la main sur les factions armées présentes en Cisjordanie ainsi que sur le personnel administratif des territoires occupés.

La carte palestinienne de Riyad

De son côté, l’Arabie saoudite joue habilement la carte palestinienne dans ses négociations avec Israël. Un moyen de faire monter les enchères dans ce projet de normalisation tant voulu par Benjamin Netanyahu et l’administration de Joe Biden. Mais surtout, cela permet à Riyad de rappeler qu’il est à l’origine de l’initiative de paix arabe de 2002 qui conditionne la reconnaissance d’Israël à la création d’un État palestinien, et ainsi de se distinguer des Émirats arabes unis qui ont signé les accords d’Abraham sans concessions concrètes aux Palestiniens.

« Les Palestiniens se trouvent encore moins en position de critiquer l’Arabie saoudite, avec sa position influente dans le monde arabe et islamique, souligne Hamada Jaber. Cela les conduit à revoir leur position et potentiellement accepter une normalisation israélo-saoudienne sans la création d’un État palestinien ». Mohammad ben Salmane a promis à Mahmoud Abbas que les Saoudiens ne saperaient pas les efforts de création d’un État palestinien, sous condition que l’Autorité palestinienne mette fin à la violence en Cisjordanie. Une demande mort-née, puisque que le président palestinien n’a aucun contrôle sur les groupes armés éparpillés dans le territoire, et qui laisse donc planer le doute sur la volonté saoudienne de réellement inclure les Palestiniens dans les négociations de normalisation avec Israël. Mais dans tous les cas, les dirigeants internationaux et régionaux n’ont aucun intérêt à voir l’Autorité palestinienne s’effondrer. Début juillet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a même exprimé sa volonté de sauvegarder l’institution, sans pour autant définir des étapes concrètes. « Cela est essentiel à la stabilité de la région, avance Hamada Jaber. Imaginez ce qu’une deuxième Naqba, avec des centaines de milliers de réfugiés de la Cisjordanie vers la Jordanie, signifierait pour le Moyen-Orient. »

C’est une nouvelle approche du gouvernement palestinien face à la normalisation entre l’un de ses voisins – en l’occurrence l’Arabie saoudite – et Israël : plutôt que de rejeter catégoriquement un projet qui le dépasse, comme il l’avait fait pour les accords d’Abraham en 2020, il essaie cette fois d’en tirer parti. Le conseiller principal de Mahmoud Abbas, Hussein...
commentaires (2)

"Leadership écorné", on n'est plus dans la litote, c'est une blague. Abou Mazen, à peu près autant de leadership que mon poisson rouge. Une carrière grise menée à l'ombre d'un margoulin professionnel, pour finir en vieux potentat d'une lamelle de terre où règnent la corruption et la prévarication, comme dans le reste du monde arabe. Bonjour la grande cause qu'on nous a servi jusqu'à la nausée pendant 50 ans.

IBN KHALDOUN

15 h 42, le 01 septembre 2023

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Commentaires (2)

  • "Leadership écorné", on n'est plus dans la litote, c'est une blague. Abou Mazen, à peu près autant de leadership que mon poisson rouge. Une carrière grise menée à l'ombre d'un margoulin professionnel, pour finir en vieux potentat d'une lamelle de terre où règnent la corruption et la prévarication, comme dans le reste du monde arabe. Bonjour la grande cause qu'on nous a servi jusqu'à la nausée pendant 50 ans.

    IBN KHALDOUN

    15 h 42, le 01 septembre 2023

  • LES ARABES NE LE COMPRENNENT PLUS A M. ABBAS. IL DEVRAIT PARLER JUIF COMME EUX.

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 03, le 01 septembre 2023

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