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Sport - Coupe du Monde de basket 2023

Face à la France, le talent de Arakji n'aura pas suffi

Malgré une immense prestation de leur maître à jouer, les Cèdres ont finalement cédé dans les dernières minutes face aux Bleus (79-85) et concèdent une troisième défaite en autant de rencontres actant leur élimination.

Face à la France, le talent de Arakji n'aura pas suffi

Wael Arakji dans ses œuvres lors du troisième et dernier match du groupe H entre le Liban et la France, mardi, à Djakarta. Photo FIBA

Qu’ils furent intenses et désespérés ces hurlements de Jad el-Hajj, implorant Ali Haidar de resserrer le marquage sur Nicolas Batum, au moment où le capitaine français, complètement esseulé dans le coin gauche du terrain, n’avait plus qu’à lever le bras droit pour inscrire le panier scellant le sort de la rencontre.

Le dépit du coach libanais, marchant tête basse une fois le ballon tombé dans le cercle, était à la hauteur de la déception : avec 6 points de retard à 30 secondes du terme, c’en était définitivement fini des derniers espoirs de victoire des Cèdres. Et l’ultime tentative en déséquilibre de Hayk Gyokchyan sur la possession suivante sonnait alors comme un aveu d’impuissance.

Lorsque retentit l’ultime coup de buzzer, avec le score de 85-79 en faveur de la France figé sur le tableau d’affichage, le constat laisse un goût peut-être encore plus âcre qu’à l’issue des deux rencontres précédentes.

Une équipe au diapason

Car contrairement à ce qui s’était passé quelques jours auparavant contre la Lettonie et le Canada, le visage affiché ce mardi après-midi par les finalistes de la dernière coupe d’Asie ressemblait bien plus à ce que l’on pouvait espérer d’une sélection disputant sa première Coupe du monde depuis 13 ans. À savoir une équipe inspirée, agressive, solidaire, sans complexe, jouant crânement sa chance face à une formation tricolore plus que prenable. Et c’est justement ce qui rend cet épilogue encore plus frustrant : le Liban est passé tout proche d’un exploit historique.

Dès les premières minutes de jeu, ce sont bel et bien les Cèdres qui ont fait la course en tête. Une entame de rêve rendue possible par la mise en route expresse de leur meneur et maître à jouer, Wael Arakji, qui n’a cette fois-ci pas eu une seconde de retard à l’allumage en inscrivant les six premiers points de son équipe.

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Déchaîné, le joueur de Riyadi empile les paniers et les passes au point de conclure la première période avec 19 points au compteur. De quoi forcer ses coéquipiers à se mettre au diapason, en attaque comme en défense face à une équipe française hésitante, encore minée par son élimination subie l’avant-veille face à la Lettonie (une première pour l’équipe de France en phase de poule d’une compétition internationale depuis 1986).

« Le n°20 (Wael Arakji) il va quand même pas nous mettre 40 points les gars, bien que ce soit un bon petit joueur... », s'exclamait Vincent Collet, le sélectionneur français, à l'égard de ses troupes lors d'un temps-mort au milieu du 2e quart-temps. « Il n'y a que lui qui joue ! Il a passé tout le monde en revue à tour de rôle, donc il faut faire quelque chose ! »

Menés d’une petite unité à la pause (38-37), les Libanais débutent le second acte tambour battant en reprenant rapidement les devants, comme ils l’ont fait durant 24 minutes et 30 secondes sur l’intégralité de la rencontre.

Meilleur Libanais lors du premier match contre la Lettonie, Sergio Darwiche a également apporté sa pierre à l’édifice avec 8 points, 5 rebonds et 4 passes. Tout comme le capitaine Ali Haidar, fidèle au poste avec 12 points et 6 rebonds, ou encore Karim Zeinoun (meilleur marqueur de la saison en championnat libanais) avec 7 points, 6 rebonds et 3 passes.

Malgré ses carences, surtout en phases défensives, Omari Spellman se sera par moments rendu utile en inscrivant quelques paniers importants (10 points, 5 rebonds) et en réussissant quelques stops défensifs.

29 points et des larmes pour Arakji

Mais le bilan de l’ancien joueur des Golden State Warriors, dont on attendait beaucoup après l’investissement consenti pour obtenir sa naturalisation en avril dernier, reste globalement décevant après ses trois premières sorties sous le maillot libanais. Surtout lorsqu’on le compare à celui des autres « recrues » ayant rejoint les rangs de certains pays asiatiques à l’occasion de ce Mondial. Au hasard, Rondae Hollis-Jefferson, le néo-Jordanien, deuxième meilleur marqueur de la compétition derrière Luka Doncic après avoir déjà marqué 63 points en deux matchs.

Longtemps maintenus à flot grâce à l’adresse et la présence défensive de Guerschon Yabusele, seul Français à s’être montré régulier tout au long de la rencontre, les Bleus ont attendu le début du quatrième et dernier quart-temps pour reprendre les choses en main.

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Avec ses 18 points, l’ailier fort du Real Madrid a montré la voie à ses coéquipiers, soucieux de ne pas rentrer à Paris avec un zéro pointé au terme de ce qui restera l’un des plus gros fiascos de l’histoire du basket français. À l’orgueil, les hommes de Vincent Collet ont serré le jeu en défense et inscrit les paniers qu’il fallait pour virer en tête à 5 minutes du terme, et ne plus jamais céder leur avance.

Malgré quelques nouvelles arabesques, Wael Arakji n’a pu renverser la situation à lui tout seul, malgré un compteur personnel culminant à 29 unités au terme de la rencontre. 29, soit exactement le même nombre de points qu'avait inscrit Fadi el-Khatib au terme du succès historique des Libanais face à la France lors de la Coupe du Monde 2006 (74-73), lors du dernier match de poule. Comme un symbole.

Sauf que cette fois-ci, le talent de ce « bon petit joueur » n'aura pas suffi. Marqué de près par la défense tricolore, qui en a remis une couche dans les ultimes instants, le MVP asiatique aura même manqué deux tirs à longue distance qui auraient pu s’avérer décisifs dans le « money-time ».

Marqué comme rarement par cette défaite, et sans doute par la sensation d’être passé à quelques centimètres d’un exploit historique, le natif de Tripoli n’a pu retenir ses larmes et ses mots en zone mixte au terme de la rencontre : « Nous avons donné tout ce que nous avions. Nous nous sommes battus de toutes nos forces, à 200 %, pour tout le peuple libanais, pour qu’il soit fier de nous », clamait-il entre deux sanglots, avant de rehausser la tête et le ton face caméra : « Il y a eu beaucoup d’attaques injustifiées envers l’équipe, et en particulier sur certains joueurs. Certaines personnes ont vite oublié tout ce que nous avons accompli depuis l’année dernière. (…) Je vous le dis les yeux dans les yeux, honte à vous ! »

Une infime chance de qualification olympique

Encore à fleur de peau au micro « d’Annahar », Arakji aura deux jours pour se remettre de ses émotions et repartir à l’assaut d’une qualification pour les Jeux olympiques de Paris qui, malgré ces trois défaites, reste encore jouable.

 Mais s'il y a bien une chose dont on ne peut pas douter chez le n°20 libanais, c'est de sa motivation sans faille à chaque fois qu'il endosse le maillot frappé du cèdre : « J'ai joué dans tellement d'équipes, en Chine, en Tunisie, au Liban, mais jouer pour le maillot libanais est tellement différent... Je suis tellement fier de jouer pour cette équipe, je veux hisser haut le drapeau libanais, montrer au monde que le Liban est là malgré tout ce qu'il traverse. Nous sommes là pour donner le sourire aux Libanais. Depuis que j'ai 8/9/10 ans, je rêve de ces moments, et je veux rendre fier l'enfant que j'étais et tous les enfants libanais », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Hormis le Japon, vainqueur de l’un de ses trois matchs de poule face à la Finlande, aucune des cinq nations asiatiques en lice ne s’est pour l’instant imposée. En attendant les troisièmes matchs de la Jordanie, de l’Iran et de la Chine, qui joueront respectivement contre les États-Unis, l'Espagne et Porto-Rico ce mercredi.

Qu’ils furent intenses et désespérés ces hurlements de Jad el-Hajj, implorant Ali Haidar de resserrer le marquage sur Nicolas Batum, au moment où le capitaine français, complètement esseulé dans le coin gauche du terrain, n’avait plus qu’à lever le bras droit pour inscrire le panier scellant le sort de la rencontre. Le dépit du coach libanais, marchant tête basse une fois le...
commentaires (2)

Ce papier est top. J’ai suivi « de loin » ce match qui se déroulait à des heures inconciliables avec beIN sport. Les gars se sont battus comme des lions et Arakji est un cador, autant sur le parquet que face aux journalistes. Et il a bien raison de dénoncer le lynchage journalistique par certains médias libanais et comme il a raison de dire que le sport peut être un formidable outil de communion des Libanais. Les moyens mis par la fédé pour hisser cette équipe au niveau du Mondial sont un bon début. Allez, encore un effort, et pas qu’en basket.

Marionet

09 h 01, le 30 août 2023

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Commentaires (2)

  • Ce papier est top. J’ai suivi « de loin » ce match qui se déroulait à des heures inconciliables avec beIN sport. Les gars se sont battus comme des lions et Arakji est un cador, autant sur le parquet que face aux journalistes. Et il a bien raison de dénoncer le lynchage journalistique par certains médias libanais et comme il a raison de dire que le sport peut être un formidable outil de communion des Libanais. Les moyens mis par la fédé pour hisser cette équipe au niveau du Mondial sont un bon début. Allez, encore un effort, et pas qu’en basket.

    Marionet

    09 h 01, le 30 août 2023

  • Espérons que le Liban ait une chance pour les JO mais il va falloir soigner la préparation. Je me trompe peut-être mais je trouve que cette sélection est maudite car les meilleurs éléments n'ont pas eu la chance de se retrouver dans la même équipe (Seikaly, Khattib, Mechantaf, etc...).

    Georges Olivier

    23 h 19, le 29 août 2023

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