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Moyen-Orient - SYRIE

Les Émirats investissent dans l’aide humanitaire à Lattaquié

Le Croissant-Rouge des EAU vient d’inaugurer un projet de 47 logements dans la ville syrienne, touchée par le séisme de février dernier.

Les Émirats investissent dans l’aide humanitaire à Lattaquié

Le président syrien Bachar el-Assad accueilli à Abou Dhabi par le président des Émirats arabes unis Mohammad ben Zayed. Photo AFP

Abou Dhabi consolide son rôle dans la reconstruction de la Syrie. À Lattaquié, dans l’est du pays, le Croissant-Rouge des Émirats (ERC) vise à construire au total un millier de logements d’une valeur de 18 millions de dollars sous les directives du président Mohammad ben Zayed. Une première inauguration de 47 logements a ainsi eu lieu samedi dernier à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, en coopération avec les autorités locales et le Croissant-Rouge syrien, étroitement lié au régime de Damas. Un projet annoncé en avril, suite au tremblement de terre meurtrier qui a fait près de 6 000 morts dans le nord de la Syrie en février dernier. Et ce alors que le séisme a principalement causé des dommages dans le nord-ouest du pays, Lattaquié se trouvant plus au sud, sur le littoral. Sous couvert d’aide humanitaire, les Émirats consolident ainsi leurs relations bilatérales avec Damas, après les avoir normalisées dès 2018, tout en se protégeant des sanctions occidentales.

La carte humanitaire

Le séisme dévastateur du 6 février a donné l’occasion à la fédération émiratie d’affirmer sa présence en Syrie à travers ses actions présentées comme humanitaires, seul moyen de contourner les sanctions occidentales imposées pour toute transaction avec le régime de Bachar el-Assad, notamment la loi César américaine. Fin juillet, Abou Dhabi ouvrait son premier bureau de liaison à Damas pour coordonner ses activités dans le pays. Une plateforme créée alors que l’opération « The Gallant Knight 2 » lancée en février par Mohammad ben Zayed prenait fin. Après le tremblement de terre, la fédération émiratie avait été le premier pays arabe à promettre de l’aide à la Syrie, allouant 50 millions de dollars à l’ensemble du pays, zones rebelles comme sous contrôle du gouvernement. En avril dernier, un navire émirati contenant plus de 2 000 tonnes d’aide – notamment des vivres, du matériel médical et des vêtements – avait également débarqué au port de Lattaquié en réponse aux conséquences de la catastrophe.

Fer de lance du rétablissement des liens avec Damas, Abou Dhabi engage dès 2018 sa normalisation avec le régime Assad. Alors que la guerre civile faisait rage dans le pays, le ministre émirati des Affaires étrangères de l’époque, Anwar Gargash, avait affirmé qu’il s’agissait d’une lutte entre Bachar el-Assad et l’extrémisme islamique, regrettant par ailleurs l’exclusion de la Syrie de la Ligue arabe. La même année, les EAU étaient le premier pays arabe à rouvrir leur ambassade à Damas.

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Normalisation et reconstruction

S’il a longtemps présenté ses efforts en Syrie comme humanitaires, Abou Dhabi viserait à terme à obtenir à travers la normalisation une juteuse part de marché dans la reconstruction du pays, estimée à 400 milliards de dollars, selon l’économiste syrien basé en Turquie Samir Seifan. Pour ce faire, les autorités émiraties auraient même collaboré avec Damas sur des dossiers sécuritaires, voire de renseignements, selon des rapports non vérifiés. Fin 2019, Abou Dhabi aurait ainsi arrêté un homme d’affaires syrien vivant aux EAU à la demande du régime de Damas, selon des rapports des sites d’information Arabi 21 et al-Qods al-Arabi. Muhannad al-Masri aurait été accusé par la police du ministère syrien de l’Intérieur de « financer le terrorisme » et de « blanchir l’argent des terroristes », en allusion au groupe rebelle islamiste radical Hay’at Tahrir al-Cham, qui contrôle une grande partie de la province d’Idleb. Un rapport paru dans Orient XXI en juin 2020 affirmait en outre que des agents des renseignements syriens auraient été formés aux Émirats à travers un programme de deux à douze mois couvrant des compétences allant de l’informatique aux entraînements militaires de pilotes de l’armée syrienne.

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Mais l’objectif premier de la reconnaissance diplomatique de Bachar el-Assad était, selon le chercheur Samuel Ramani du Middle East Institute, d’éloigner la Syrie de son parrain iranien. Une stratégie qui ne semble pas encore avoir porté ses fruits, malgré la normalisation arabe. Bachar el-Assad a en effet été invité par le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane à participer au sommet de la Ligue arabe le 19 mai à Djeddah, dans le but d’acter sa réintégration dans le giron arabe. Peu auparavant, le président iranien Ebrahim Raïssi s’était rendu à Damas, une première depuis le début du conflit, dans le but de réaffirmer les liens privilégiés avec son homologue syrien. À ce jour, les résultats du rapprochement des pays arabes se limitent surtout à des gestes symboliques. D’autant que les Occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis, refusent encore de cautionner la normalisation avec le régime de Bachar el-Assad. Sans la levée des sanctions appelée de ses vœux par Damas, Abou Dhabi devra se contenter d’opérations sous couvert de coopération humanitaire. Des actions qui peuvent viser large au regard de la situation économique du pays, où 90 % de la population vit dans la pauvreté, selon l’ONU.

Abou Dhabi consolide son rôle dans la reconstruction de la Syrie. À Lattaquié, dans l’est du pays, le Croissant-Rouge des Émirats (ERC) vise à construire au total un millier de logements d’une valeur de 18 millions de dollars sous les directives du président Mohammad ben Zayed. Une première inauguration de 47 logements a ainsi eu lieu samedi dernier à l’occasion de la Journée...
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