À l’écrivain et professeur que j’admire, Nabih Youssef Saad ou Fabiansé D’Houssay.
Comme la pâleur d’un récit rousseauiste, souvenir de correspondance ou de rêves abstraits, « j’ai pris et quitté cent fois la plume. J’hésite – encore et jusqu’aux éternités ! – quant au premier mot ».
J’hésite, puisque seule la froideur des châteaux gothiques est capable de receler la plus haute reconnaissance, par-dessus ses tempêtes dramatiques et le vent tragique de ses histoires enténébrées, envers un être qui ne saura exister que par les flammes de l’histoire.
Qui aurait cru que l’acte même de vous écrire deviendrait une prosopopée, de par l’absence défunte de votre personne qui, sans vergogne aucune, prit le large vers le pays méprisé laissant plusieurs âmes flétrir dans l’insolence des souvenirs.
Saviez-vous toutes les promesses qui se suspendaient à l’arbre de la bibliothèque en attendant un noir vent d’automne pour les cueillir ?
Et que vous étiez l’automne, de tous les germes éclos qui continuent de maudire l’ère des fins ? Ou bien n’étiez-vous qu’un autre jeu infernal de lumière burlesque faite ainsi, pour nous, et par nous devant l’obscurité des jours ?
Je n’écris pas pour vous blâmer, mais pour vous rassurer que la préciosité continue de sertir mes mots de bijoux nouveaux, introuvables quant à eux autour de mon cou doré et doigts libertins. J’écris pour vous dire que le Paris des correspondances et de nos conversations vaut mille fois mieux que celui dans lequel je respire et suffoque par excès de désenchantement.
Il m’arrive parfois de tout reconstruire par la force de la mélancolie, or tout me semble chimérique et appartenant à une autre vie que je n’aurais même pas vécue. Une vie où mes larmes grises n’atteignent pas les terres américaines, ni ce fidèle croyant que mes chagrins arrosent de loin ni la page perverse qui se crispe devant mon encre folle et frustrée. Mes mots contemplent à leur tour le livre avoisinant ma couette – grise aussi –, et ce sont les prosopopées indécachetables qui me toisent, en souhaitant, peut-être, faire vivre leur préface précédé d’une si belle dédicace écrite il y a... bientôt quelques années. Déjà...
Hier encore, votre tête chapeautée se mouvait pour m’accueillir, pour m’offrir parmi les vies un livre... gris, aussi. Mais aujourd’hui, je me dis, par une tentative consolatrice face aux distances évadées : « J’ai connu l’auteur des prosopopées indécachetables ! » comme on déterre un Baudelaire pour trinquer avec lui une fleur du mal ou un simple muguet.
Et je vous ai exhumé, après avoir passé tant de soirées à chercher votre corps dans les tombes torturées devant le génocide conservateur de la pensée, et par vos lettres j’ai dénudé la poésie et la révolte de leurs robes échancrées pour veiller de plus près à l’essence du beau.
Qui aurait cru qu’après avoir conquis mes rêves je ne convoite que les pages et les mots échangés infernalement dans la bibliothèque... Comme si je suis devenue la prisonnière de ses murs et pierreries fantasmés...
Jamais il ne m’arrivait à l’esprit que mes rêves se résumaient à cet espace-là, et que l’unique poète que je reconnais comme tel en ce siècle s’y trouverait et me baptiserait de la verve littéraire, caractéristique des âmes qui n’ont pas encore passé par les affres de la vie et ses marécages turbulents.
Il n’y a plus de sens à rajouter, ni à nos mépris ni à nos mots. Et vous m’avez malgré tout trahi en condamnant par la poésie ma dépoétisation... Que nous a-t-elle rendu cette fameuse poésie sinon des déceptions lacrymales et des nuits mi-lunaires ? Que reste-t-il même de nos squelettes à part le vide des altercations ?
Repensez aux livres qui s’écrivent dans les tiroirs abandonnés et les plumes qui se dessèchent dans les forêts de l’aberration, qu’entre vous et les commerçants des lettres c’est eux qui triomphent et que personne ne comprend pourquoi le monde décide de tourner ainsi, sans le moindre respect des anachronismes qui font que nous existons maintenant.
Je n’arrive plus à trouver mon répit dans les mots ; ils ne possèdent désormais qu’une nouvelle potence de sentiments, et jamais une réponse à l’existentialisme de mes tourments et convictions. Ils me susurrent, « sans scrupules », que les enfants continueront à mourir et que le capitalisme étalera ses ravages dans tous les coins de la terre. Et que même parmi ce que je pris pour espérance écrite, il existe des misogynies bien expliquées par les philosophies. Comme si « le temps use l’erreur et polit la vérité » autant qu’il enveloppe de poussières les travers d’antan, ce qui fait que tout ce qui me séduisit n’est que la saleté tout aussi vide des écrivains qui n’eurent que le privilège d’exister par le passé...
Nonobstant, ce que je ne peux pas ignorer, c’est que j’ai vécu dans les bois de mon village libanais et dans le petit cinéma nostalgique de ses oublis, des frissons que je n’ai plus jamais su reconstruire. Des frissons qui valent tous les souvenirs que je prétends entamer par mes débuts falsifiés ici et que l’unique auteur de ces jours c’était vous et votre encre, et vos poésies authentiques uniquement parce qu’elles ne viennent et ne reviennent qu’à vous...
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J’hésite, puisque seule la froideur des châteaux gothiques est capable de receler la plus haute reconnaissance, par-dessus ses tempêtes dramatiques et le vent tragique de ses histoires enténébrées, envers un être qui ne saura exister que par les flammes de l’histoire.
Qui aurait cru que l’acte même de vous écrire deviendrait une prosopopée, de par l’absence défunte de votre personne qui, sans vergogne aucune, prit le large vers le pays méprisé laissant plusieurs âmes flétrir dans l’insolence...

