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Société - Médias

Plombée par la crise, Radio Liban 96.2 peine à rester sur les ondes

La station publique francophone fonctionne avec un budget mensuel de 65 millions de LL.

Plombée par la crise, Radio Liban 96.2 peine à rester sur les ondes

Les studios vides de Radio Liban 96.2 FM. Photo Anne-Marie El-Hage

Radio Liban 96.2 FM, l’un des symboles de la francophonie médiatique au Liban, est-elle en passe de s’éteindre faute de budget ? « Jamais ! » rétorque Mohammad Gharib, directeur de Radio Liban, qui compte deux stations : l’une francophone, l’autre arabophone. Et pourtant, depuis dix mois, la radio publique francophone ne diffuse plus que des reprises, de la musique et une bonne dizaine d’heures quotidiennes de direct de la radio publique française, Radio France internationale (RFI). Plus aucune émission maison depuis que les animateurs vedettes Nanette Ziadé, Joe Letayf, Stéphanie Kassabian, Ghaïth el-Amine, Hatem Sidani, Élie Aramouni, May Kassem, Zeina Akhaoui et pour ne citer qu’eux, ont interrompu la production de leurs émissions. Des émissions diffusées principalement en français, mais aussi en anglais, en arménien et en italien.

Faute de budget dans un contexte de crise profonde et d’effondrement de la monnaie nationale, cela fait des mois qu’ils ne sont pas payés, avec pour seule explication un SMS annonçant l’absence de financement pour leurs programmes. Conformément à un accord entre les autorités libanaises et le groupe médiatique France Médias Monde, la transmission des émissions réalisées par RFI se poursuit. De même que certaines émissions réalisées en jumelage avec le groupe français.

Pas payés depuis dix mois
« Cela fait presque un an que nous ne sommes pas payés, et donc autant de temps que je ne me rends plus au studio », déplore Nanette Ziadé qui animait au quotidien une émission musicale, culturelle et sociale. « Nos programmes ont été interrompus au vu de la débâcle financière de l’État. Malgré le paiement de deux à trois mois de retard, on nous doit toujours plus de six mois », dénonce Joe Letayf, alias Monsieur Musique, qui fait partager à ses auditeurs sa passion de la musique classique depuis plus de 35 ans. « Nous attendons de voir comment les choses vont évoluer. Entre-temps, en plein été, vous risquez de m’entendre vous souhaiter un joyeux noël », ironise-t-il en référence à la rediffusion de ses anciennes émissions, désormais propriétés de Radio Liban.

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Selon Mohammad Gharib, les producteurs, qu’ils soient francophones, anglophones ou arabophones, sont généralement des vacataires payés par émission. « Ils n’ont pas le statut de fonctionnaires, mais de producteurs pigistes qui exercent plusieurs emplois. D’où le retard de paiement de leurs dus depuis l’entrée en vigueur, en juillet 2022, de la loi n° 244/2021 sur les commandes publiques. Leur statut n’était alors pas reconnu par le ministère des Finances », explique le responsable.

Mises à part quelques rares séances d’enregistrement, les studios de la station, situés à Hamra, dans le même immeuble que les ministères du Tourisme et de l’Information, sont désespérément vides. Seul un gardien veille jalousement sur les lieux et sur les équipements offerts par la France. Contrairement au reste du bâtiment, qui croule sous la saleté, les locaux feutrés ont été refaits à neuf après la double explosion au port le 4 août 2020 avec l’aide de donateurs internationaux. Y retentit la voix d’un animateur français : c’est l’heure du journal diffusé en direct par RFI.

Le malaise des animateurs de Radio Liban 96.2 FM ne vient pas des seuls retards de paiement. Leurs émoluments, toujours payés en livres libanaises, malgré la dévalorisation de la monnaie nationale de près de 98 % par rapport au dollar, ne valent plus rien. « Non seulement on me doit l’équivalent de dix mois de travail, mais après une expérience radio qui remonte à 1986, le total de ma mensualité ne vaut plus qu’une dizaine de dollars par mois », gronde Stéphanie Kassabian, présentatrice vedette de « Farniente », une émission de variétés diffusée trois fois par semaine.

La productrice Nanette Ziadé avec une invitée, lors d'une émission en direct dans le studio de Radio Liban 96.2 FM. Photo Radio Liban

À cela s’ajoute la dégringolade de la station de radio publique touchée par la crise généralisée du pays et les conséquences de la pandémie de Covid-19. « C’est la catastrophe ! Le manque d’hygiène est criant. Les pannes de courant handicapantes. L’absentéisme généralisé. Les diffusions souvent annulées », accuse-t-elle. L’animatrice a récemment annoncé son départ. « Ça ne sert plus à rien de continuer », lance-t-elle, découragée. Dans la foulée, quelques producteurs jettent aussi l’éponge. « Tant que nous fonctionnons avec un budget de 65 millions de LL par mois (720 dollars environ au taux actuel tournant autour de 90 000 livres le dollar, NDLR), je ne peux faire mieux », regrette Mohammad Gharib, espérant un budget 2023 plus conséquent.

De 80 000 à 200 000 LL l’heure
Des mesures sont toutefois adoptées, cosmétiques principalement. Jeudi, le directeur du ministère de l’Information Hassan Falha et celui de Radio Liban promettaient, au cours d’une réunion avec certains vacataires, le règlement progressif des retards de paiement après la clarification de leur statut auprès du ministère des Finances. Ils annonçaient surtout une augmentation du salaire horaire des vacataires. « Les rétributions horaires passeront de 80 000 à 200 000 LL », affirme Mohammad Gharib à L’Orient-Le Jour. Mais certains ont déjà pris leur décision. « Cela ne vaut pas la peine ! Pas plus que l’aide mensuelle de 150 à 250 dollars promise par France Médias Monde aux animateurs de la chaîne francophone », réagit Nanette Ziadé en référence à une proposition du groupe français toujours à l’état de projet. L’animatrice continue toutefois de produire « Kantara », un magazine culturel réalisé en partenariat avec le groupe français et diffusé une fois par semaine dans six pays du pourtour méditerranéen, le Liban bien sûr, mais aussi le Maroc, la Tunisie, la Corse, l’Espagne et l’Égypte.

La réaction de l’équipe « est compréhensible car la situation de la station est désastreuse, à l’image du pays », réagit Élissar Naddaf, conseillère du ministre sortant de l’Information pour les médias francophones et coordinatrice des projets avec les partenaires français. « Même avec l’augmentation promise, les mensualités des vacataires ne dépasseront pas 4 millions de LL », se désole-t-elle. Face à leurs collègues fonctionnaires dont le salaire a été multiplié par sept et qui touchent des indemnités de transport de 450 000 LL par jour, « l’injustice est flagrante car leurs rétributions sont loin d’être à la hauteur du travail fourni », reconnaît-elle. « Le cœur du problème est notre absence de statut (d’employé) », regrette Nanette Ziadé. Contacté par L’Orient-Le Jour, le ministre sortant de l’Information Ziad Makari n’était pas joignable.

Mais pour l’instant, Radio Liban 96.2 FM se prépare à reprendre ses émissions. « La reprise de nos émissions en direct est imminente », promet Mohammad Gharib. « Nos trois priorités sont de diffuser les bulletins d’information trois fois par jour (à 10, 13 et 19 heures), de reprendre l’émission matinale quotidienne avec Hatem Sidani et de programmer de nouvelles émissions de jazz, de musique classique, de show du samedi soir avec nos animateurs vedettes », précise Élissar Naddaf.

Le défi sera-t-il relevé alors que vient d’être interrompue, provisoirement dit-on, la diffusion de la seule chaîne de télévision publique libanaise, Télé Liban, pour raisons salariales ?

Radio Liban 96.2 FM, l’un des symboles de la francophonie médiatique au Liban, est-elle en passe de s’éteindre faute de budget ? « Jamais ! » rétorque Mohammad Gharib, directeur de Radio Liban, qui compte deux stations : l’une francophone, l’autre arabophone. Et pourtant, depuis dix mois, la radio publique francophone ne diffuse plus que des reprises, de la musique et une bonne...

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Bientôt nous n’aurions que des radios et chaînes de télé en Farsi puisque tout l’argent du pays et toutes les aides vont dans les mêmes poches afin d’asservir la population. Les médias qui sont censés être le troisième pouvoir sont en train d’être réduits au silence et on ne les entend pas beaucoup se plaindre, tenaillés par la peur que les fossoyeurs ont instauré en amont en assassinant les journalistes libres pour donner l’exemple. On les comprend, mais là aussi l’union fait la force et lorsqu’un des médiats est touché par cette barbarie, leur devoir serait de se montrer solidaires avant de se soucier du BUZZ ou de la popularité de leurs articles auto-censurés. Les assassins ne peuvent pas s’en prendre à tous les médias et journalistes du pays, alors réagissez et libérez vous de ce carcan qui vous a muselé depuis que vous vous êtes montrés chétifs et obéissant à la loi de la jungle.

Sissi zayyat

12 h 35, le 12 août 2023

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Commentaires (1)

  • Bientôt nous n’aurions que des radios et chaînes de télé en Farsi puisque tout l’argent du pays et toutes les aides vont dans les mêmes poches afin d’asservir la population. Les médias qui sont censés être le troisième pouvoir sont en train d’être réduits au silence et on ne les entend pas beaucoup se plaindre, tenaillés par la peur que les fossoyeurs ont instauré en amont en assassinant les journalistes libres pour donner l’exemple. On les comprend, mais là aussi l’union fait la force et lorsqu’un des médiats est touché par cette barbarie, leur devoir serait de se montrer solidaires avant de se soucier du BUZZ ou de la popularité de leurs articles auto-censurés. Les assassins ne peuvent pas s’en prendre à tous les médias et journalistes du pays, alors réagissez et libérez vous de ce carcan qui vous a muselé depuis que vous vous êtes montrés chétifs et obéissant à la loi de la jungle.

    Sissi zayyat

    12 h 35, le 12 août 2023

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