La première page du manuscrit de la lettre. Photo DR
Nous avons reçu de M. Jean-Pierre Lafon, ambassadeur de France au Liban de 1994 à 1997, cette lettre que lui avait adressée, à la suite d’une de ses visites au Liban à l’époque, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, décédée le 3 août 2023.
Monsieur l’Ambassadeur,
Si j’ai quelque peu tardé à vous écrire – la session du Parlement a coupé mon temps après mon retour –, c’est que je souhaitais vous dire autrement qu’en quelques lignes rapides combien je vous ai de gratitude et aussi d’amitié. Votre accueil, qui sortait, je l’ai bien senti, des limites de la réception officielle de l’hôte de passage, m’a été droit au cœur.
Je vous dois cette invitation au Liban que je souhaitais voir depuis fort longtemps. Je vous dois, aussi et surtout, de m’y être sentie d’emblée familière avec ce qui m’entourait, prête à absorber et comprendre ce que j’allais voir et entendre. Je vous dois un séjour entouré de chaleur de vie réelle, ce qui est précieux et rare quand le temps vous est mesuré et qu’il faut sans cesse se tourner vers l’essentiel. Vous m’avez fait un accueil, Monsieur l’Ambassadeur, et j’ose l’écrire, cher ami, que je n’oublierai jamais. Tout grâce à vous me fut facile et heureux. Et à tout moment je savais pouvoir me tourner vers vous pour mieux comprendre, car vous avez, et cela m’émerveille, en peu de temps « absorbé » l’air et le fond des problèmes de ce pays tragique. Je garde un souvenir particulièrement ému de cette fin de soirée qui a suivi votre réception et où nous avons pu converser si librement.
De tout cela, Monsieur l’Ambassadeur, soyez remercié infiniment. Mais sachez que vous êtes allé au-devant d’un grand péril, mon désir de revenir pour aller plus loin dans la perception du Liban. J’espère que l’idée ne vous fait pas trop peur.
N’oubliez pas votre promesse de me faire signe quand vous serez à Paris. Et trouvez ici Monsieur l’Ambassadeur l’expression de mes pensées de très profonde sympathie.
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Quel que soit le contenu, le plus important dans une lettre, c’est la date. Celle-ci ne figure ni dans le texte ni dans le fac-similé. Je crois comprendre après avoir consulté la nécrologie, que l’Académicienne Zourabichvili-Carrère d’Encausse a écrit la lettre à son ami l’Ambassadeur Lafon (en poste au Liban de 1994 à 1997), alors qu’elle n’était pas encore Le Secrétaire perpétuel (de 1999 à 2023). """"…mon désir de revenir pour aller plus loin dans la perception du Liban"""", s’explique par le fait qu’il est plus facile de saisir les nuances de la politique des maîtres du Kremlin que ceux du Liban…
00 h 59, le 09 août 2023