La porte de la crèche "Garderêve" mise sous scellés sur ordre du ministère de la Santé, le 11 juillet 2023. Photo Hussam Chbaro
La juge d'instruction du Mont-Liban, Rania Yahfoufi, a émis mardi un mandat d'arrêt contre l’employée de la garderie Garderêve J. B. S. qui avait filmé les violences que faisait subir une autre salariée aux enfants fréquentant la crèche. L’interrogatoire mené par la juge Yahfoufi a démontré que les films de l'employée datent d’environ trois mois (avril dernier), affirme une source judiciaire à L’Orient-Le Jour, selon laquelle cette dernière est accusée de non-assistance à enfants en danger et de s’être abstenue de dénoncer les violences au moment approprié.
Dans des vidéos diffusées début juillet sur les réseaux sociaux, on voit des puéricultrices nourrir de force de jeunes enfants, les frapper lorsqu'ils pleurent et les pousser brusquement lorsqu’ils désobéissent. On entend d'autres enfants pleurer en arrière-plan et des adultes rire.
La propriétaire de l’établissement, ainsi que l’employée qui commettait de telles violences, avaient été arrêtées le 18 juillet par la juge Yahfoufi, à la suite des poursuites engagées par la procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban, Ghada Aoun. Cette dernière les avait accusées respectivement de tentative de meurtre et de complicité.
J. B. S., qui travaillait en tant qu’agent d’entretien à la garderie, avait également été interrogée par la juge Aoun, qui avait décidé ensuite de la relâcher. Une source judiciaire affirme à L’OLJ que la magistrate considérait que c’est notamment grâce aux films divulgués par l'employée que l’action publique a été mise en mouvement, et que de tels lanceurs d’alerte doivent être encouragés, même s’ils se manifestent tard.
Selon une autre source judiciaire, la procureure près la Cour d’appel n’a pourtant pas fait appel de la décision de la juge Yahfoufi, qui, selon la source précitée, reproche à l'employée de n’avoir divulgué les vidéos que « dans son propre intérêt, au moment qui lui convenait ». L’auxilliaire les a en effet livrées après être entrée en conflit avec la propriétaire de Garderêve et avoir quitté son travail, indique la source, soulignant qu’elle aurait dû les produire au moment des faits, « pour l’intérêt des enfants qui se trouvaient sans défense ».
La juge aurait décidé de l'arrêter pour insister sur sa responsabilité pénale, quoique la peine qu’elle encourt sera bien plus réduite que les sanctions visant la propriétaire et l’autre employée de la crèche, ajoute-t-on de même source.
L’arrestation de J. B. S. est intervenue après qu’elle a été entendue mardi matin par la juge Yahfoufi en tant que témoin. Selon une source proche de l’enquête, des indices laissent penser qu'elle serait elle-même également coupable de « violences physiques et verbales » contre les enfants.


