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Sarah Bernhardt, femme étoile

Sarah Bernhardt, femme étoile

Jusqu’au 27 août, le Petit Palais propose au public Et la femme créa la star, une exposition dont le titre invite à une plongée dans l’univers artistique excentrique et romanesque d’une des comédiennes les plus célèbres : Sarah Bernhardt (1844-1923). La scénographie proposée, chrono-thématique, mime avec habileté le parcours d’une artiste totale, comédienne, peintre, sculptrice, écrivaine et icône de mode. Objets emblématiques, portraits, affiches, articles de presse ou enregistrements permettent de faire revivre la vie culturelle foisonnante du Paris de la fin du dix-neuvième siècle. Un des aspects de la modernité de l’actrice réside dans la conscience qu’elle manifeste de l’importance de la promotion et de la gestion de son image, au-delà de son talent de comédienne. Cette capacité à se créer une étoffe de star lui a permis en outre de donner à sa carrière un tournant international, puisqu’elle fait salle comble à travers le monde. La trajectoire proposée dans cette exposition met en scène la dimension multiple, complexe et chatoyante du personnage. Stéphanie Cantarutti, conservatrice en chef du Petit-Palais et Cécilie Champy-Vinas, directrice du musée Zadkine, en ont assuré le commissariat, la préparation s’est étendue sur cinq ans, pour correspondre au centenaire de la mort de la comédienne. Passionnée, Cécilie Champy-Vinas partage avec rigueur et précision le sous-texte d’un projet interactif vivant et réussi, autour de celle qui a également été directrice de théâtre.

Comment avez-vous rassemblé les quatre-cents pièces du corpus proposé autour de Sarah Bernhardt ?

Les sources sont très riches : la presse de l’époque, la correspondance, les biographies sont nombreuses. Il n’y a pas de fond Sarah Bernhardt et beaucoup d’éléments ont été dispersés : les effets personnels, les archives ont très souvent été vendus. Le département des arts du spectacle de la bibliothèque nationale nous a cependant fourni beaucoup de pièces. Pour rassembler les objets, on a dû faire un gros travail de repérage chez des collectionneurs privés dont la plupart a accepté de nous les prêter.

Et la femme créa la star : quel est l’angle d’approche que vous avez souhaité privilégier en choisissant un tel titre ?

On a voulu mettre en avant le caractère fort, décidé mais aussi fantasque de l’actrice. Elle s’est imposée comme la plus grande des actrices grâce à son talent mais aussi grâce à son côté rebelle : à la Comédie française, on l’appelait Mademoiselle Révolte, et c’est certainement ce qui lui a permis de faire la différence avec les autres comédiennes. À son époque, plusieurs d’entre elles étaient célèbres, mais ensuite, c’est Bernhardt qui est devenue un mythe. C’est une des premières stars françaises car elle avait le génie de savoir se mettre en scène et de faire parler d’elle. Pour se faire, elle a utilisé tous les moyens dont elle disposait : la photographie, le cinéma (à la fin de sa vie), la caricature, la publicité… En ce sens, on considère qu’elle a un peu anticipé les stars du XXe siècle et même les influenceuses d’aujourd’hui.

Cela ne l’empêchait pas d’avoir des imprésarios, par exemple pour ses tournées en Angleterre et aux États-Unis. Des agents se chargeaient de l’organisation matérielle, mais elle avait un tel tempérament qu’en fin de compte, c’est elle qui maîtrisait tout.

Dans quelle mesure l’exposition rend-elle compte de l’originalité des interprétations théâtrales de la comédienne ?

Le public peut entendre des extraits de sa voix : on a quelques enregistrements de textes, de tirades, qu’elle a déclamés. Souvent les visiteurs ont un choc, car on n’est plus du tout habitué à cette forme de diction et de phrasé, mais on a tenu à rendre compte de la façon dont elle jouait.

On évoque aussi les auteurs qui l’ont soutenue et qui ont écrit pour elle d’énormes succès. Le plus connu est Edmond Rostand qui lui a écrit L’Aiglon. On peut également citer Victorien Sardou, auteur de plusieurs pièces à succès qui l’ont mise en valeur : La Tosca, Théodora, Gismonda…

Évoquer Sarah Bernhardt c’est aussi parler des grandes personnalités qu’elle a côtoyées, comme Victor Hugo, dont la pièce Ruy Blas lui offre son premier grand rôle, celui de la reine. Lors de l’affaire Dreyfus, la comédienne prend la défense de Zola. De nombreux artistes l’ont représentée, comme Georges Clairin, Louise Abbéma, et on rencontre aussi au fil du parcours ses intimes, ses proches, notamment son fils Maurice, et ses petites-filles.

Plusieurs de ses grands rôles sont masculins car elle considérait qu’ils étaient souvent plus élaborés, et qu’ils lui permettaient d’explorer une palette de sentiments variés. Si son interprétation de Phèdre a marqué les esprits, celle d’Hamlet ou de Lorenzaccio ne sont pas en reste.

Existe-t-il une solution de continuité entre la femme et l’artiste ?

Sa conception de l’art est totale et elle considère sa vie et sa personne comme une œuvre d’art. Sa silhouette, ses costumes et ses interprétations sont envisagés dans cette perspective, ce qu’elle écrit dans ses textes, rassemblés sous le titre L’Art du théâtre. Selon elle, le théâtre fait aussi référence à la peinture, la sculpture, la littérature, et elle croit dans le pouvoir de l’art.

Nous avons souhaité mettre en valeur sa pratique artistique : on a tendance à oublier que Sarah Bernhardt était aussi peintre et sculptrice. C’est la première fois que ses sculptures sont rassemblées, qu’elles proviennent de collectionneurs privés ou de musées parisiens. La tête funéraire en marbre qu’elle a réalisée après la mort de son mari, Jacques Damala, et qui nous a été prêtée par le Metropolitan museum de New York est très émouvante.

Si vous deviez choisir quelques objets emblématiques de la célèbre comédienne, lesquels citeriez-vous ?

Il y a ce grand miroir qui faisait partie de son hôtel particulier du 17e arrondissement, où il était de bon ton de s’installer à la fin du XIXe siècle. Ce mobilier correspond à son goût pour l’historicisme, c’est-à-dire pour les pièces qui empruntent à différents styles historiques, ce qui donne des objets spectaculaires et très originaux. Sarah Bernhardt avait un côté clinquant, elle aimait l’accumulation, son hôtel était rempli d’objets exotiques, de plantes vertes, de fleurs… Ce grand miroir est révélateur de son penchant pour l’outrance, et puis c’est une star : elle aime se regarder, se mettre en scène et se faire photographier…

Dans la même section, on peut découvrir un grand collet avec de la fourrure qu’elle aimait beaucoup. On trouve également des robes montantes, elle n’aimait pas son cou et portait des cols hauts, et elle a lancé une mode ! D’ailleurs le grand portrait de Georges Clairin la représente en robe d’intérieur blanche, bordée de fourrure, elle est alanguie sur un canapé, ce qui met en valeur sa silhouette mince en S, qui a fait sa gloire. Ce portrait est un chef-d’œuvre de la collection du Petit Palais, et il est le point de départ de notre projet d’exposition sur Sarah Bernhardt.

En préparant cette exposition, quels sont les aspects que vous avez découverts au sujet de cette artiste exceptionnelle ?

L’exposition présente les incontournables affiches de Mucha, qui est un jeune artiste originaire de Moravie dont la comédienne a découvert le talent. Elle lui commande alors une affiche pour une pièce de Sardou, et c’est ce qui a lancé sa carrière. Il lui en a ensuite réalisé plusieurs, comme celle de La Dame aux camélias qui a beaucoup de charme.

Un autre aspect de sa vie m’a surpris, c’est son audace. En démissionnant de la Comédie française pour donner un tournant international à sa carrière, elle se permet de quitter le lieu le plus prestigieux du théâtre français. Elle devient alors une star à la renommée mondiale. Elle était infatigable : elle partait pour plusieurs années, a fait trois fois le tour du monde et s’est rendue huit fois aux États-Unis, trois fois en Amérique du Sud…

Un dernier aspect me touche chez elle, au-delà de son côté fofolle et diva, c’est sa conception de l’art. C’est une des rares artistes qui ont réussi à la fois à être populaires tout en démocratisant le grand art. Elle organisait des spectacles pour faire connaître Racine et Hugo à des publics divers ; or dans les musées, notre mission rejoint cette démarche, en essayant de démocratiser l’art classique.


Jusqu’au 27 août, le Petit Palais propose au public Et la femme créa la star, une exposition dont le titre invite à une plongée dans l’univers artistique excentrique et romanesque d’une des comédiennes les plus célèbres : Sarah Bernhardt (1844-1923). La scénographie proposée, chrono-thématique, mime avec habileté le parcours d’une artiste totale, comédienne, peintre,...

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