Rechercher
Rechercher

Société - Éducation

Bac français : les Libanais se distinguent toujours, malgré une légère baisse de niveau

Les élèves montrent des faiblesses en langue française. Par contre, ils brillent en anglais.

Bac français : les Libanais se distinguent toujours, malgré une légère baisse de niveau

Avec un taux de réussite de 98,68 %, cette année, contre 99,44 % en 2022 et 99,15 % en 2021, les élèves du Liban accusent pourtant une légère baisse de niveau qui ne passe pas inaperçue. Photo d'illustration CarlosBarquero/Bigstock

Comme chaque année, l’édition libanaise du baccalauréat français 2023, dont les résultats ont été publiés lundi par l’ambassade de France, semble avoir tout d’un excellent cru, avec 2 991 reçus sur 3 037 candidats. L'an dernier, le nombre d'inscrits était de 2 773 (soit une hausse de 9,5 % en 2023). Parmi eux, 140 récompensés par les félicitations du jury, avec une moyenne générale supérieure à 18/20, et une moyenne culminant à 19,59/20 pour la meilleure performance.

Sur les réseaux sociaux, des établissements scolaires privés homologués affichent déjà leurs taux de réussite et de mentions. Élèves, professeurs et chefs d’établissement savourent le fruit de leur engagement pour l’enseignement français, malgré la crise qui fragilise le secteur éducatif depuis bientôt 4 ans et les répercussions de la pandémie de Covid-19 et de l’enseignement en ligne.

Car l’école privée a bénéficié d’une année scolaire normale, contrairement à l’école publique paralysée par les grèves enseignantes. « L’année scolaire a été bonne, se félicite sœur Afaf Abou Samra, rectrice des Collèges des sœurs des Saints-Cœurs. Nos élèves ont tiré profit de la possibilité de sélectionner les matières de leur choix. Le grand oral leur a donné la chance de se prouver. Leurs prestations ont été valorisées. »

Lire aussi

Amputé de 40 % du programme, le bac libanais en perte de qualité

« Nous avons tourné la page Covid. Nos élèves ont réalisé d’excellents scores qui leur ont ouvert les portes des universités locales et internationales. Il n’en reste pas moins que nous sommes attentifs à la hausse du nombre d’admis sans mention, et à la baisse du taux de mentions assez bien », reconnaît pour sa part le père Charbel Batour, recteur du Collège Notre-Dame de Jamhour.

« Les résultats de nos élèves sont excellents, mais nous faisons montre de vigilance. Car les lacunes accumulées lors de la pandémie de Covid se sont nettement atténuées, mais elles sont toujours perceptibles », observe enfin Fawzi Makhoul, conseiller et ex-directeur du Collège Melkart.

40 candidats refusés

De fait, avec un taux de réussite de 98,68 % cette année, les élèves du Liban accusent une baisse de niveau qui ne passe pas inaperçue : ce taux était respectivement à 99,44 % et 99,15 % en 2021 et 2022. Quelque 40 candidats ont en effet été refusés cette année, contre seulement 15 l’an dernier, tandis que 97 ont été invités à présenter l’oral de rattrapage, contre 76 en 2022. À titre indicatif, la performance libanaise est supérieure à la moyenne hexagonale (84,9 % avant rattrapage). Mais « les deux données ne peuvent être comparées », souligne Henri de Rohan-Csermak, conseiller adjoint de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France et inspecteur général au ministère de l’Éducation nationale. Au Liban, l’enseignement français est délivré par des écoles privées homologuées, donc d’excellence. Alors qu’en France, le bac est un diplôme national qui couronne les études scolaires principalement publiques de plus de 700 000 candidats.

« Les résultats sont globalement bons. Nous observons en revanche un léger glissement vers le bas, caractérisé par un nombre moindre de mentions, plus d’oraux et plus de refusés », commente pour L’OLJ le président du jury, Yoann Demoli, de passage au Liban. Dans les détails, les bacheliers du Liban ont obtenu 140 félicitations, 667 mentions très bien, 921 mentions bien et 783 mentions assez bien. Enfin, 480 d’entre eux ont été admis sans mention, un chiffre nettement plus important que l’année 2022 (362) et que l’année précédente (297).

Pour mémoire

Pourquoi la langue arabe est si dénigrée en France

Ce recul observé s’accompagne donc d’une forte hausse du nombre de candidats car le bac français est attractif, dans un Liban où le niveau du bac national est en grande souffrance. « Nous passons de 2 773 à 3 037 inscrits. Et les résultats pourraient être le signe d’une plus grande hétérogénéité. Mais ils pourraient aussi être la conséquence de nos choix de délibération », constate M. Demoli.

La note finale des candidats est en effet calculée sur base du contrôle continu (40 %) et des examens finaux (60 %). « Le jury a parfois revu des notes de contrôle continu à la baisse ou à la hausse, compte tenu des pratiques de certains établissements de surévaluer ou de sous-évaluer leurs élèves », précise le président du jury. À ce titre, « 90 % des élèves ont une meilleure note de contrôle continue que pour les examens finaux », souligne-t-il.

Lacunes en français, performances en anglais

C’est au niveau des épreuves anticipées qu’a été constaté le recul le plus perceptible. « Aux épreuves anticipées de français, la moyenne globale à l’écrit plafonne à 10,49. Si les notes moyennes de dissertation sont correctes (12,34), celles du commentaire de texte sont franchement mauvaises (9,95). Elles sont le signe de vrais problèmes de compréhension des textes littéraires », relève Henri de Rohan-Csermak.

À travers ce glissement vers le bas transparaît « le peu d’appétence de la jeunesse libanaise à la lecture ». « Le problème se pose dans les matières qui nécessitent de la réflexion et un esprit critique, comme l’histoire-géographie ou le grand oral », analyse M. de Rohan-Csermak. « Les résultats de nombre d’élèves sont franchement décevants. Nous l’avons aussi constaté lors du grand oral, lorsqu’ils tentaient de « recracher » des textes appris par cœur. L’objectif de cet exercice est pourtant de mettre en œuvre l’esprit de liberté », poursuit-il. Parmi les copies qui montrent les plus grandes faiblesses, celles des candidats qui passent le double bac, français et libanais. « Depuis la réforme de l’enseignement français, il est très compliqué pour les élèves d’être dans ces deux systèmes très différents », fait remarquer M. de Rohan-Csermak, dénonçant l’insistance de certaines institutions éducatives à imposer ce rythme infernal aux élèves.

Les points d’excellence ne manquent pas, en revanche. « Le niveau élevé des copies scientifiques qui se maintient, malgré une légère baisse en physique-chimie », observe le président du jury. De même, « les notes d’anglais extraordinaires », ajoute Yoann Demoli, saluant cette particularité propre aux bacheliers du Liban. Enfin, comme chaque année, les épreuves ont été entachées d’incidents. « Six absences pour maladie qui passeront l’épreuve à la session de septembre, une dizaine de cas de triche, sous étude par la commission d’examen, ainsi qu’une malencontreuse fuite de sujets avant la fin de l’embargo, qui a abouti au licenciement de deux enseignants », regrette M. Demoli.

Comme chaque année, l’édition libanaise du baccalauréat français 2023, dont les résultats ont été publiés lundi par l’ambassade de France, semble avoir tout d’un excellent cru, avec 2 991 reçus sur 3 037 candidats. L'an dernier, le nombre d'inscrits était de 2 773 (soit une hausse de 9,5 % en 2023). Parmi eux, 140 récompensés par les félicitations du jury, avec une moyenne...
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut