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Moyen-Orient - LIGUE ARABE

Un retour syrien et un invité surprise pour un sommet à la portée internationale

Entre Bachar el-Assad et Volodymyr Zelensky, Mohammad ben Salmane a frappé fort pour la réunion des dirigeants arabes à Djeddah.

Un retour syrien et un invité surprise pour un sommet à la portée internationale

Photo de famille des dirigeants arabes lors du 32e sommet de la Ligue arabe, qui s’est tenu le 19 mai à Djeddah, en Arabie saoudite. Photo Reuters

Djeddah, Arabie saoudite. 19 mai. Pour le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, c’est un sommet de la Ligue arabe qui doit faire date. L’hôte de ce rassemblement régional veut marquer son leadership sur les pays arabes et son poids sur la scène internationale. Pour ce faire, il a orchestré un rapprochement éclair avec la Syrie de Bachar el-Assad exclue de l’organisation panarabe depuis près de 12 ans. Et invité le président ukrainien Volodymyr Zelensky à venir faire un discours devant les dirigeants de la région qui sont pour la plupart restés neutres, voire ont soutenu Moscou dans le conflit en Ukraine.

Si le chef d’État, arrivé de Kiev à la mi-journée, a regretté que « certains pays dans le monde et ici (parmi les membres de la Ligue arabe) ferment les yeux sur les prisons et annexions illégales (de la Russie) », il a « remercié le prince héritier d’Arabie saoudite pour son soutien à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Ukraine ». Profitant de sa première visite dans le royaume en tant que président, Volodymyr Zelensky a cherché à infléchir la position des pays de la Ligue qui jouent les équilibristes et se refusent à prendre position, insistant sur la répression russe contre les Tatars musulmans de la Crimée annexée. L’Ukrainien a exhorté les participants à soutenir son plan de paix en 10 points visant à mettre fin à la guerre, qu’il a promis de communiquer à tous les délégués présents, avant de continuer son périple pour se rendre au sommet du G7 au Japon dans un avion affrété pour la journée par le gouvernement français.

Accueil chaleureux

Durant son discours tenu en anglais, un internaute a rapporté qu’un des dirigeants présents aurait enlevé ses écouteurs : Bachar el-Assad. Pour le président syrien, accueilli d’une embrassade chaleureuse par le prince héritier saoudien, le sommet parachève sa réhabilitation régionale actée le 7 mai par la réintégration de son pays dans l’organisation panarabe. C’est d’une poignée de main que Mohammad ben Salmane a scellé le retour d’Assad dans le giron arabe. Tirant ainsi un trait sur des années d’hostilité du royaume et des autres pays arabes à l’encontre du dirigeant syrien, qui s’est allié à l’Iran chiite et à la Russie pour venir à bout du soulèvement armé né après la répression des manifestations prodémocratie de 2011 au prix de centaines de milliers de morts.

L'édito de Issa GORAIEB

L’infrarouge et le noir

À l’œuvre pour assurer le suivisme des autres pays de la région quant à la normalisation avec la Syrie, le dirigeant de facto du royaume wahhabite s’est dit « heureux d’accueillir le président Bachar el-Assad », espérant que « le retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe conduirait à la fin de la crise syrienne » et tournerait la page de « douloureuses années de lutte ». Plaidant pour « une nouvelle phase » dans la coopération arabe, le président syrien, dont beaucoup de pays arabes souhaitent qu’il prenne davantage ses distances avec Téhéran, a assuré que « l’arabisme » était « le passé, le présent et l’avenir » de la Syrie, sans un mot à l’égard de la République islamique. Il a en outre plaidé pour une « action arabe commune en faveur de la solidarité, la paix dans la région, le développement et la prospérité au lieu de la guerre et des destructions », avant de s’entretenir en tête à tête avec Mohammad ben Salmane à l’issue du sommet. Plus tôt dans la journée, il avait serré la main du président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, rencontré son homologue tunisien Kaïs Saïed ainsi que le vice-président émirati, cheikh Mansour ben Zayed, dont le pays avait rouvert son ambassade à Damas en 2018, ouvrant la voie à la normalisation arabe avec le régime syrien.

Peu de concessions

Un dirigeant a tenu à quitter le sommet avant même la prise de parole du dirigeant syrien : l’émir du Qatar. Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, opposé à toute normalisation avec Damas, a néanmoins salué Bachar el-Assad pendant le sommet, signe qu’il ne s’opposera pas au « consensus arabe », comme il l’avait annoncé au préalable. L’émirat gazier soutient depuis le début de la révolution les groupes rebelles, et il est le seul pays dans lequel une ambassade syrienne est tenue par l’opposition. Dans les zones du nord de la Syrie, qui échappent encore au contrôle du régime syrien, des centaines de personnes ont manifesté vendredi pour dénoncer la participation de Bachar el-Assad au sommet arabe.

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Jusqu’à présent, le régime syrien s’est engagé à peu de choses pour réintégrer la Ligue arabe, alors que des concessions sont attendues, notamment concernant la lutte contre le trafic de captagon et le retour des réfugiés, avant tout financement de la reconstruction du pays. Le communiqué publié à l’issue du sommet a ainsi souligné la « nécessité de prendre des mesures effectives et efficaces pour parvenir à un règlement en Syrie », tandis que les chefs d’État arabes ont convenu de « renforcer leur coopération » dans ces domaines. Une exigence sous-entendue concernant la diminution de la présence iranienne dans le pays, Téhéran ayant contribué ces dernières années à assurer à Bachar el-Assad la victoire sur le terrain. Mais, contrairement aux précédents sommets de la Ligue arabe, l’influence de la République islamique dans la région n’était plus au cœur des préoccupations, Riyad ayant signé le 10 mars dernier un accord de normalisation avec Téhéran sous l’égide de Pékin.

Autre sujet abordé durant le sommet, la situation au Soudan, pays membre de la Ligue arabe. Riyad contribue en effet, aux côtés de Washington, à convaincre les deux parties au conflit de s’accorder sur un cessez-le-feu, ou du moins sur l’ouverture de couloirs humanitaires. Des vœux pieux restés jusqu’à présent lettre morte. La riche monarchie du Golfe a néanmoins joué un rôle de premier plan dans l’évacuation de milliers de civils du Soudan. Vendredi matin, le chef de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah el-Burhane, a officiellement démis de ses fonctions son numéro 2, le général Mohammad Hamdane Dagalo, dit Hemetti, à la tête des Forces de soutien rapide (FSR), après plus d’un mois de combats meurtriers les opposant, notamment à Khartoum.

Djeddah, Arabie saoudite. 19 mai. Pour le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, c’est un sommet de la Ligue arabe qui doit faire date. L’hôte de ce rassemblement régional veut marquer son leadership sur les pays arabes et son poids sur la scène internationale. Pour ce faire, il a orchestré un rapprochement éclair avec la Syrie de Bachar el-Assad exclue de l’organisation...
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