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Nos lecteurs ont la parole

Sous les airs de la folie

Le soir est cruel, comme les cheveux châtains de la solitude. Son silence glacial ne laisse rien à désirer à part ses propres miroirs pourpres et sans esprit. Le livre de Catherine est sec, déjà vu, déjà vécu, déjà désiré. Même la littérature ne remplace plus la fonction du briquet volé à un banlieusard contre quelques sous.

Je dompte les yeux qui saignent devant moi, sous une pluie inexistante de rayons solaires, et je comprends instantanément ce qui tue l’humain et bombarde son psyché. Les terres ravagées englobent un simulacre de quête, un souvenir, sans plus. Poussé par des idées ou par la foi, tout le monde est mené vers la guerre, la même, la seule, face à son propre mépris. Mais les idées, ces choses abstraites, sans tête ni pieds à adorer, varient au rythme des lunes, atterrissent sur les genoux de la monétisation divine, du pouvoir de la thune, et laissent le spleen se gangréner et pâlir. Brel fit ses supplices, dans des pays où il ne pleut pas, or, dans ces pays qui pleuvent, les adieux se font à soi-même, en inventant l’art de se quitter, de faire des ombres au nombre de ces chiens sans laisse, qu’on laisse, au détour de la fin.

Elle est absurde. Elle le sait. Elle en joue. La vie, cette madone sadique qui ne cesse d’occuper de partout les parois de mes lettres, qui voit l’essor dans des vagins violés, n’est pas si incompréhensible que ça après tout. Elle me renvoie encore un de ces jeux fatals qui distillent ma marmoréenne existence, et mon brillant soulier. Portugais cette fois-ci ? « Huit » stades à abattre avant l’adoubement ?

Il croyait être un grand philosophe en prétendant que ma « mort vivante » partait en spirale plutôt qu’en cercle vicieux, et n’était-ce son regard de loup, je n’aurais point croisé mes jambes en préparant cette nouvelle offrande à ma sacrée semelle.

Or la vie ne peut s’affirmer à moitié, en demi-vérité ou demi-fin. Elle doit être comprise dans le « tout », ou incomprise partout. Mais la psychanalyse ne lui a appris qu’à construire des châteaux de sable sur les lapsus et les actes manqués, sur le non-dit et l’érotique. Or ce val-là, je l’ai déjà déserté à plusieurs reprises que mon crachat trône partout sur les troncs des arbres, et coule librement dans le vil aspect de ses rochers.

Je suis bien athée. Athée et de Dieu et de littérature. Comment voudrait-il alors que je m’abandonne à la psychologie, sans faire retentir une à deux cravaches de l’âme, sans même graver mes rythmes dans la balançoire de la conversation ?

Nous sommes tous malades à notre manière, athées de quelque sorte, et perturbés à des degrés près. L’amour nous est offert sous le danger des armes, pourquoi le transformer en sentiment anodin, chose qu’il n’est pas, qu’il ne sera jamais ? Ceux qui se fient à l’amour sont des danseurs sur les ténèbres, de jolies marionnettes fabriquées de toutes pièces, de caresses parentales indécises, colorées des identités de leurs pays mornes… en noir et noir. Ils ne se meuvent point sans en connaître les conséquences. Ils se meuvent sous l’auréole de la servitude volontaire. Tout comme en politique ; ils choisissent de se mettre à genoux.

Contrairement aux livres sacrés, les traités de la passion ne promettent pas de récompenses en deçà des nuages, et de petites tristesses en guise de punition, le châtiment, ils l’assurent sur-le-champ, sans symbolisme ni spiritualité aucune… Ces fameux traités que mes doigts inventent sur la chair des autres, ne sont-ils pas des œuvres à lire, relire, chantonner et prier ?

La psychologie est celle des âmes aisées, dont les soucis ne dépassent pas le stress matériel du capitalisme. Son mouvement se base sur l’individu et prêche pour son bonheur, sa stabilité, sous les volets d’un monde impertinent et regorgeant de contradictions à n’en plus finir. Elle veut que je marche, chaussée de nuages sur des terres enflammées, or je préfère les talons et des tapis de vraies chairs. L’histoire lui avait permis cette atrocité, et continue à lui accorder d’autres privilèges sous-jacents sur des pistes de schizophrénie internationale.

… Elle était mise dans la cave, tandis qu’à Hiroshima, les corps se rassemblaient en millions de cadavres, sans la pudeur de la fin, sans le respect des cimetières. Plutôt malade de mépris, d’appréhension et de frivolité vengeresse envers l’absurdité et la stupidité humaine.

Je n’ai rien vu à Hiroshima, pourtant, j’ai vu Beyrouth, et demain je verrai une autre victime de la folie du pouvoir. Je ne comprends rien à l’esprit humain. Je le hais. Et ma haine croit au rythme de mes sens poussés à l’extrême… et sur cette chaise longue de soie léger, folle à l’envers, je déchausse mon mépris sur le coussin de la terre…

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le soir est cruel, comme les cheveux châtains de la solitude. Son silence glacial ne laisse rien à désirer à part ses propres miroirs pourpres et sans esprit. Le livre de Catherine est sec, déjà vu, déjà vécu, déjà désiré. Même la littérature ne remplace plus la fonction du briquet volé à un banlieusard contre quelques sous.Je dompte les yeux qui saignent devant moi, sous une pluie inexistante de rayons solaires, et je comprends instantanément ce qui tue l’humain et bombarde son psyché. Les terres ravagées englobent un simulacre de quête, un souvenir, sans plus. Poussé par des idées ou par la foi, tout le monde est mené vers la guerre, la même, la seule, face à son propre mépris. Mais les idées, ces choses abstraites, sans tête ni pieds à adorer, varient au rythme des lunes, atterrissent sur les genoux de...
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