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Lifestyle - Hommage

Sonia Beyrouthi, une « révolutionnaire diplomate », icône du journalisme

Véritable légende du petit écran, intellectuelle et figure engagée, elle a représenté les combats d’une époque qui se voulait plus égalitaire. Disparue lundi à l’âge de 88 ans, elle laisse derrière elle une marque indélébile dans les milieux journalistiques et télévisuels libanais. 

Sonia Beyrouthi, une « révolutionnaire diplomate », icône du journalisme

Sonia Beyrouthi, une figure incontournable du paysage télévisuel libanais. Photo tirée des réseaux sociaux

Ce 16 janvier, le Liban apprenait le décès de la journaliste et présentatrice Sonia Beyrouthi. Figure emblématique de la télévision et voix symbolique de l’âge d’or de Télé-Liban, nombreuses sont les personnalités qui lui ont rendu un vibrant hommage, parmi lesquelles une génération de journalistes respectueux de son travail et de ses engagements. Véritable pionnière, Sonia Beyrouthi fait ses premières apparitions à la télévision et à la radio publiques en 1962. Jusqu’alors journaliste dans la presse écrite, elle se voit proposer la présentation d’une émission culturelle sur la chaîne publique libanaise. Avec son style androgyne, ses cheveux courts, sa cigarette au bec et sa voix rauque, elle représente la femme des années 1970, libre et affranchie. Féministe avant l’heure, elle parle de la « responsabilité sociale » qu’elle doit avoir vis-à-vis du public. Simon Asmar, dénicheur ultime de talent, repère son potentiel et la propulse à la tête de Studio el-Fan, le télé-crochet à succès de l’époque. La légèreté du programme semblait contradictoire avec la personnalité de Sonia Beyrouthi. Une intellectuelle qui anime un programme populaire ? Rien ne semble coller. Peu convaincue par ce choix, la direction de la chaîne va chercher rapidement à briser le contrat avec l’animatrice, mais Simon Asmar persiste et signe, tenant même à lui donner une plus grande place et une liberté de s’exprimer plus dure et réactive. Si le public est sceptique au début, il tombera très vite sous le charme de ce personnage attachant et pertinent.

Sonia Beyrouthi en 1985, une tête et du cœur. Photo d’archives L’OLJ

En temps de guerre

Star du programme pendant trois saisons, de 1973 à 1975, Sonia Beyrouthi et le télé-crochet qui fait d’elle une vedette se retrouvent démunis face aux ravages du début de la guerre civile. L’émission s’arrête et ne reprendra que quelques années plus tard, mais les ambitions télévisuelles évoluent et s’adaptent à un Liban faisant désespérément face au chaos. Les années 1980, ses paillettes et ses extravagances influencées par Joan Collins et la série Dynastie ne correspondent plus à ce que représente Sonia Beyrouthi. Ce n’est qu’une décennie plus tard qu’elle fera son retour sous les feux des projecteurs avec une émission offrant une tribune aux anciennes gloires du paysage culturel libanais. Mais face aux jeunes figures télévisuelles et artistiques et au renouveau de la scène médiatique post-guerre civile, Sonia Beyrouthi ne rencontre pas le succès escompté.

À contre-courant

Car elle est avant tout une journaliste aguerrie qui ne craint rien. Dans les rédactions de divers journaux, elle doit faire face à la misogynie des hommes qui composaient presque entièrement les équipes : « Au départ, je les ai quelque peu déçus car je ne connaissais rien à la cuisine, à la mode, au maquillage et aux couvertures aguichantes… » confiait-elle à L’Orient-Le Jour en 1987. Contrairement à ses consœurs, elle dénonce ses mésaventures et assume fièrement ses positions féministes, aujourd’hui banalisées mais autrefois sévèrement méprisées.

Un style androgyne, des cheveux courts, une cigarette au bec et une voix rauque. Photo tirée des réseaux sociaux

« Il serait souhaitable que la femme soit consciente qu’elle est un être complet et qu’elle n’a pas besoin qu’on la dirige. Elle a le droit de choisir en toute liberté son métier, l’homme de sa vie, le mariage ou pas, les enfants ou pas », disait-elle également à L’OLJ. Ses combats pour la protection de l’enfance et le droit de la femme libanaise à transmettre la nationalité à ses enfants, elle les poursuivra dans les locaux du Moustaqbal où elle est nommée cheffe de la section femmes. Autrice de nombreux ouvrages, elle ne cesse de dénoncer le régime confessionnel dont est « victime » le Liban, notamment dans Les mouvements du confessionnalisme, paru en 2009.

Témoignages

Sa nièce, la journaliste et reporter Larissa Aoun, se souvient des moments agréables passés auprès de cette âme généreuse et bienveillante et du rôle qu’a pu jouer sa tante au début de sa carrière : « Elle a non seulement encouragé les femmes, elle pensait que peu importe le milieu professionnel, la place de la femme était naturelle. C’était une “révolutionnaire” diplomate, une personne qui avait ses idées et ses convictions mais qui les faisait passer de manière subtile. » En plus du soutien inconditionnel qui lui a été donné, Larissa Aoun se souvient aussi des visites de sa tante chez l’écrivaine Emily Nasrallah : « Elle était entourée de poètes et d’intellectuelles. »

Sonia Beyrouthi en 1979, un visage inoubliable. Photo d’archives L’OLJ

Souvent considérée comme élitiste, Sonia Beyrouthi a touché un public pourtant populaire qui se retrouve dans la voix grave et chaleureuse d’une journaliste cherchant à faire de ses combats des débats. L’animateur Zaven Kouyoumdjian partage avec émotion le souvenir de ses discussions avec cette grande figure de la télévision : « Sa toute dernière interview était avec moi en 2021, nous confie-t-il. C’était un entretien fait sur quatre jours au cours duquel elle m’a offert cent copies de ses derniers livres que j’ai ensuite distribuées à mes élèves à l’université et mes auditeurs à la radio. Dans tous les hommages qu’on lui a rendus, on parle d’elle comme d’une amie, comme de quelqu’un qu’on a tous connu de près. »

« Dans mon plus jeune âge, je n’ai pas tenu de journal. Cependant, j’ai consigné des idées et des réflexions. J’ai perdu ces feuilles. Sans peine. Sans regret… » Sonia Beyrouthi est partie discrètement. Probablement sans regret. Celle qui avait une présence aussi intense que ses silences quitte un Liban assombri par les crises, bien loin de l’âge d’or auquel elle a contribué.


Ce 16 janvier, le Liban apprenait le décès de la journaliste et présentatrice Sonia Beyrouthi. Figure emblématique de la télévision et voix symbolique de l’âge d’or de Télé-Liban, nombreuses sont les personnalités qui lui ont rendu un vibrant hommage, parmi lesquelles une génération de journalistes respectueux de son travail et de ses engagements. Véritable pionnière, Sonia...

commentaires (3)

Triste nouvelle. Sonia Beyrouthi était une pionnière et un exemple à suivre. Un être authentique et inspirant. Merci Sonia Beyrouthi pour toutes vos contributions au pays. Merci! Que votre âme repose en paix. ??????

Rana Khalife

19 h 36, le 18 janvier 2023

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Commentaires (3)

  • Triste nouvelle. Sonia Beyrouthi était une pionnière et un exemple à suivre. Un être authentique et inspirant. Merci Sonia Beyrouthi pour toutes vos contributions au pays. Merci! Que votre âme repose en paix. ??????

    Rana Khalife

    19 h 36, le 18 janvier 2023

  • On t aime et on t aimera toujours! Que tes vœux soient exécutés sur Terre,pour nous. Ciao,Sonia !

    Marie Claude EL-HAGE

    19 h 21, le 18 janvier 2023

  • Quelle femme impressionante. Dieu ait son ame; condoleances a sa famille et au peuple Libanais!

    Sabri

    17 h 51, le 18 janvier 2023

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