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Bas morceaux

«Cordonnier, pas plus haut que le soulier », dit l’adage. Effectivement, y a qu’à observer l’insistance des croûtons qui gouvernent ce pays-virgule à se tricoter le poil intime autour de sujets qui ne mangent pas de pain, pendant que les gens normaux se crèvent la dalle, qui pour une lampée d’essence pour aller bosser, qui pour échanger sa monnaie de singe auprès d’un banquier mafieux, qui pour manger, se chauffer ou se laver.

La vie est chère ? Quelle idée !

Un concept tordu inventé par les pauvres pour apitoyer les riches. Holà, manants ! Attrapez ces bas morceaux et remerciez vos bons maîtres ! Sauf qu’il n’y a même plus de bas morceaux. Rien, nada, nib de nib. Et quand la faim tenaille, seuls les privilégiés peuvent encore ronger leur fer à repasser. Et s’il en reste, tourmentés par un petit creux, ils iront écouter le Sayed Barbu, qui se voit toujours en libérateur de la Palestine, de Bahreïn et du Yémen. C’est sûrement justifié : il est à peu près le seul à y croire.

Il suffit de parcourir les sites d’actu politique pour se rendre compte du ruissellement d’insignifiance dans le fatras du contenu. D’abord, rien que des titres en point d’interrogation façon « pousse-au-clic », sous prétexte de se faire référencer en ligne : une bonne poignée de « pourquoi », aussitôt suivie de trois ou quatre douzaines de « comment », sans compter la truellée de « combien » et de « que s’est-il passé ». Normal : Sundar Pichai, patron de Google, menace de se taillader les veines s’il devait rester dans l’ignorance de la date exacte du pelotage présumé entre le Tondu et le Basileus. Quant à l’internet mondial, il frémit à l’idée de deviner si oui ou non les navires de fuel qui font des ronds dans l’eau au large de Beyrouth seront finalement payés. Et si les Libanais réussiront enfin à arracher les 12 minutes supplémentaires de courant électrique que leur promet le ministre Walid Brushing depuis le début de l’année dernière, pour justifier le racket à la facture EDL qu’il mitonne.

Même la diarrhée numérique pompée des réseaux sociaux a trouvé preneur dans notre République de poche. Miracle des nouvelles technologies, les vieux birbes de la classe politique ne vocifèrent plus à la télé pour s’échanger leurs amabilités habituelles. Maintenant ils twittent. La plupart d’entre eux n’ont jamais été vus assis derrière un bureau, sont infoutus de rédiger un texte de loi, en revanche dès qu’il y a une ânerie à pondre, ils twittent. Et encore ! Le plus souvent, c’est un larbin qui s’y colle, après avoir avancé les pantoufles du Maître et servi le petit déjeuner.

Et voilà le travail ! L’un après l’autre, les journées s’effilochent dans la décrépitude générale. Les institutions tombent en lambeaux l’une après l’autre, laissant sur le carreau un pays dépenaillé dont l’ultime cache-sexe constitutionnel part en quenouilles. Le vide intégral donne le vertige et prend un tournant contagieux. Difficile de le raconter sans tomber dedans.

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«Cordonnier, pas plus haut que le soulier », dit l’adage. Effectivement, y a qu’à observer l’insistance des croûtons qui gouvernent ce pays-virgule à se tricoter le poil intime autour de sujets qui ne mangent pas de pain, pendant que les gens normaux se crèvent la dalle, qui pour une lampée d’essence pour aller bosser, qui pour échanger sa monnaie de singe auprès d’un...

commentaires (4)

Vous êtes génial ! Merci

Brunet Odile

10 h 27, le 18 janvier 2023

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Vous êtes génial ! Merci

    Brunet Odile

    10 h 27, le 18 janvier 2023

  • Comment faites-vous pour être toujours au top?! Bravo!

    Citoyen Lambda

    22 h 24, le 13 janvier 2023

  • Excellent ! Mais je ne ris jamais, je grince des dents en vous lisant. S’il y a une idée que je re-tiens de l’éditorial, c’est celle –ci : ‘’’Il suffit de parcourir les sites d’actu politique pour se rendre compte du ruissellement d’insignifiance dans le fatras du contenu’’’. J’ai longtemps pensé à cette pléthore de sites d’information où l’on se bouscule pour donner son avis, son analyse de l’actualité. D’ailleurs je me le reproche, je fais la même chose en commentant un commentaire. Bref, qu’est-ce qu’on entend, ou lit ? Des verbomoteurs qui n’ont rien à faire que de dire des inanités, un tel qui juge et condamne Poutine ou Trump au lieu de suivre l’adage en début, de s’occuper de ses oignons. J’ai un aveu à dire, j’ai introduit dans mon pro-gramme d’intelligence artificielle quelques mots de l’article, et le résultat est un poème qui le résume. Je verrai une autre fois ce qu’il en est, mais pour l’instant, il vaut mieux lustrer ses chaussures.

    Nabil

    13 h 55, le 13 janvier 2023

  • Magistral!

    Sissi zayyat

    10 h 20, le 13 janvier 2023

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