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En vœux-tu, en voilà !

Santé, bonheur, prospérité : en ces trois mots se trouve résumé tout le merveilleux qu’en ce début d’an nouveau, les usages, mais aussi le bon goût, commandent de prédire à son entourage, proche et moins proche.


Il est certes révolu le temps des belles cartes coloriées, saupoudrées de cristaux de neige synthétique, que l’on échangeait par courrier postal à travers les océans, et que l’on se plaisait à aligner religieusement, tels d’affectueux petits soldats, sur les tables basses et les dressoirs. De nos jours, c’est votre téléphone mobile qui a du mal à absorber et digérer tous ces feux d’artifice s’alliant aux classiques bougies pour vous mettre le cœur en fête. Toutes ces délicates et électroniques attentions, il vous faut d’ailleurs y répondre, et voilà qui va encore faire râler les paresseux et les grincheux.


Alors, charmante tradition que ces vœux annuels, ou rien que vaines et irréalistes simagrées frisant la corvée ? Assez paradoxalement, au vu des problèmes proprement vitaux qui les assaillent, il devrait être interdit aux Libanais de se poser même la question, d’hésiter, de douter. Pour un nombre croissant d’entre nous, santé, bonheur et prospérité sont pourtant devenus une véritable gageure, un Graal souvent inaccessible. Se débattant lui aussi dans la crise, l’hôpital n’est plus à la portée du commun des mortels et nombre d’assureurs contre la maladie ont unilatéralement rogné sur l’éventail de leur couverture sanitaire. Les avoirs des citoyens demeurent criminellement confisqués par les banques. Et si la légendaire résilience de notre peuple témoigne effectivement de son attachement viscéral à la vie, elle ne fait que traduire en réalité une farouche rage de vivre ; mais elle ne saurait, pour autant, faire illusion de pur bonheur…


Pour ces mêmes raisons pourtant, nous sommes en droit de geindre certes, mais non de nous résigner. Non de reléguer au musée l’image d’un pays qui fut heureux. Et encore moins de renoncer à l’idéal d’un lendemain meilleur. Plus éloquents, plus profonds, plus sensés et sincères que les mirifiques harangues auxquelles se livrent à cette date les chefs d’État, sont ainsi ces vœux que Jacques Brel adressait en 1968 à son public. L’illustre artiste lui souhaitait tout simplement… de souhaiter : de rêver à ne pas en finir, avec l’envie furieuse de réaliser quelques-uns de ces rêves.


Transposé ici, ce type de souhaits implique bien davantage que notre petite personne et revêt une portée résolument nationale. C’est là un credo d’espérance et de résistance face à l’adversité. Ne songer à brandir ce dernier qu’une seule fois l’an, en s’en remettant strictement au calendrier, serait faire comme ces incorrigibles preneurs de bonnes résolutions qui attendent le 1er janvier pour décider de perdre du poids ou d’arrêter de fumer.


C’est en fait tous les jours que doit être entonné l’hymne de vie. Une mention particulière devrait même aller à cet épouvantable 4 août, date à laquelle fut ravagée et cruellement saignée la moitié de la capitale. Rien en effet ne sera réglé quant au fond dans notre pays si la justice n’y est pas rétablie : si la vérité, toute la vérité, n’est pas faite sur la monstrueuse explosion dans le port de Beyrouth, site où se sont trouvées réunies, en un criant scandale, toutes les infamies dont souffre le Liban.


En attendant le jour béni où parlera enfin le port, continuons donc, envers et contre tout, de nous la souhaiter bonne.

Issa GORAIEB

[email protected]


Santé, bonheur, prospérité : en ces trois mots se trouve résumé tout le merveilleux qu’en ce début d’an nouveau, les usages, mais aussi le bon goût, commandent de prédire à son entourage, proche et moins proche. Il est certes révolu le temps des belles cartes coloriées, saupoudrées de cristaux de neige synthétique, que l’on échangeait par courrier postal à travers les...