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Nos lecteurs ont la parole

Pour se sauver, le Liban sauvera le monde

Je voudrais être tel Zorro, qui, masqué, armé d’une cape et d’une épée, rétablit ordre et justice. Si cela pouvait être aussi simple, si un peu d’héroïsme suffisait à sauver un pays qui coule...

Mais, le Liban ne serait-il pas la pointe de l’iceberg des maux dont souffre le monde ?

Aujourd’hui nous manquons d’eau, de farine, d’électricité, de fuel, de mazout. Mais un jour les États-Unis, l’Europe, la Russie et la Chine connaîtront ce sort, lorsque les matières premières se feront rares ; et alors les conséquences seront beaucoup plus graves, amplifiées à l’échelle du monde entier.

Ainsi, le Liban n’est peut-être pas le Petit Poucet du monde sur lequel une malédiction divine serait tombée, mais, au contraire, un terrain fertile d’expérimentation post-mondialisé. Aujourd’hui, le Liban est le dernier des derniers, mais demain peut-être que le pays du Cèdre retrouvera sa gloire d’antan.

Notre modèle de développement, en tant que planète Terre, est insoutenable ; nous épuisons les ressources que la nature nous a fournies, nous empoisonnons les sols, les rivières et les mers, nous respirons un air vicié, nous consommons toute une panoplie de produits toxiques dans notre alimentation. Sous couvert de toujours plus de richesse, d’abondance et de bonheur, nous allons tout perdre. Mieux vaudrait se contenter de pain, d’olives et de câpres, nourriture du berger et du pêcheur, avant que le dérèglement climatique ne nous ôte même ces pauvres mets de la bouche. Voici la leçon que le Liban a à offrir au monde : si nous ne changeons pas immédiatement et drastiquement de modèle de développement, le sort du Liban (en pire) touchera tous les grands pays du monde. Et alors, que fera-t-on, d’où importerons-nous nos chaussures, notre plastique, et nos voitures ?

Une réaction urgente, imminente, immédiate est demandée. Et nous autres, au Liban, sommes aux premières loges de ce bouleversement, aux places d’honneur du grand théâtre du monde, sans avoir rien demandé. On s’en serait bien passé. Mais nous ne choisissons pas notre destin ; c’est le destin qui, lui, nous choisit. Il ne s’agit plus de factions partisanes, de couleurs de l’arc-en-ciel qui s’opposent, d’un bloc contre un autre. Toutes ces choses-là font partie du passé. Le présent, le futur, n’existeront qu’avec l’entraide et l’entente, la modestie et la simplicité, la foi. La voie de la liberté est simple et ancestrale. Regardons tout autour de nous, que voyons-nous ? De la terre, des montagnes, des plaines, des vallées, encore de la terre. La terre est notre salut, la planter et la cultiver, notre acte de rédemption. Quoi de plus pénible, et quoi de plus gratifiant, que le travail de la terre ? Le métier le plus ancien du monde, le plus modeste et le plus noble à la fois car à la portée de tous, sans patrons ni employés, car il faut faire les choses par soi-même pour vraiment y goûter. L’argent altère tout, comme ces vers qui gâtent les fruits et en font pourrir le cœur. Un acte est noble, une voie est bénie, si elle est empruntée sans espoir de rétribution ;

et, ensuite, s’il y a abondance, tant mieux. Mais entre-temps il y aura un dur chemin à faire, creuser du matin jusqu’au soir un champ plein de rochers.

Tout autour de nous, il y a des milliers de parkings inutilisés, de routes trop larges, de terrasses et de toitures vides, de champs en friche, de forêts abandonnées aux ronces. Retroussons-nous les manches et commençons à cultiver tout cet espace, redonnons âme et vie à ces lieux, écrivons leur histoire. Bien entendu, il faut planter sans utiliser des insecticides, pesticides, et même sans engrais chimiques, et sans acheter de graines à part la première fois. Il faut cultiver notre pays et nos montagnes selon les principes ancestraux de nos aïeux, combinés avec les principes ancestraux d’autres cultures, pour arriver à des jardins qui ressemblent à des forêts productives, où les fruits, les légumes et les champignons se côtoient. Les feuilles d’arbre sont utilisées pour faire du terreau, le bois pour cuire ses repas, chaque chose a son utilité, son harmonie, sa beauté.

Le plus grand acte de rébellion et de patriotisme n’est pas de manifester, ou de crier, ou de s’exiler, ou de se laisser corrompre ; l’acte le plus noble qui soit est de planter, d’apprendre à tout réutiliser, à construire, à bricoler, et de tout produire soi-même. Avec toute cette étendue de mer qui baigne nos côtes, chaque famille pourrait produire son propre sel ; en laisser s’évaporer de l’eau de mer dans des bocaux sur une terrasse ou un balcon au soleil. Et pourtant on importe encore du sel, aggravant la balance déficitaire des importations. Et c’est promis, le sel que vous produirez vous-même aura un goût bien meilleur que celui que vous achetez. Et il en va de même pour chaque chose.

Affranchissons-nous de cet État, de ces politiciens, que nous maudissons chaque jour. Affranchissons-nous, et vous affranchirez le Liban de l’échiquier mondial. Et alors, les étrangers ne nous regarderont plus avec une pitié mêlée de condescendance semblant vouloir dire « pauvres de vous, vous venez d’un tout petit pays très corrompu sans aucune perspective », mais avec admiration et respect, parce que nous serons redevenus la Suisse de l’Orient de par nos valeurs, notre courage, notre détermination et notre inventivité à tout produire nous-mêmes sans plus dépendre ni de l’Occident, ni de la Chine, ni de quiconque. Et pour cela, il faut accepter de se serrer la ceinture et de faire quelques sacrifices, plus de nouveaux téléphones et de matériel électronique et électroménager, plus de nouvelles voitures, plus de nouveaux vêtements (sauf ceux qu’on confectionne soi-même), plus de voyages (sauf ceux que l’on fait à pied, à vélo ou encore à dos d’âne).

Certains se diront, mais qui est ce fou qui écrit ce texte ? Il veut nous faire vivre comme au Moyen Âge. Non, nous avons appris des choses depuis ; nous devons utiliser nos connaissances, notre éducation, en les orientant à des fins meilleures. Par exemple, on a de véritables cimetières de téléphones portables et d’appareils électroniques à la maison : rien n’interdit de bricoler pour les refaire marcher car ce sont des choses qui ont déjà eu leur impact, sur la planète et sur la dette du Liban ; ce qui est par contre fortement découragé, c’est d’en acheter de nouveaux. De même, le recyclage des bouteilles et des sacs en plastique est souhaitable, car ces récipients forment d’excellents pots pour planter, et ce sont des objets déjà produits qui autrement finiraient dans la nature.

En conclusion, voici le message que le Liban pourrait faire passer au monde entier. Un autre modèle de développement s’éloignant du consumérisme et se basant sur le respect profond de l’être humain et de la nature est possible. Un modèle de paix, où l’on réapprend à vivre lentement, en écoutant avec soin ce que la terre et la nature ont à nous dire. Pierre après pierre, graine après graine, nous construirons un pont entre la Terre et ce monde rêvé de perfection. Et nous libanais, sommes ceux qui poserons la première pierre de ce pont magique.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.

Je voudrais être tel Zorro, qui, masqué, armé d’une cape et d’une épée, rétablit ordre et justice. Si cela pouvait être aussi simple, si un peu d’héroïsme suffisait à sauver un pays qui coule... Mais, le Liban ne serait-il pas la pointe de l’iceberg des maux dont souffre le monde ? Aujourd’hui nous manquons d’eau, de farine, d’électricité, de fuel, de mazout. Mais un jour les États-Unis, l’Europe, la Russie et la Chine connaîtront ce sort, lorsque les matières premières se feront rares ; et alors les conséquences seront beaucoup plus graves, amplifiées à l’échelle du monde entier.Ainsi, le Liban n’est peut-être pas le Petit Poucet du monde sur lequel une malédiction divine serait tombée, mais, au contraire, un terrain fertile d’expérimentation post-mondialisé. Aujourd’hui, le Liban est le...
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