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Campus - ÉDUCATION

À la faculté d’information de l’UL, la culture au cœur du curriculum

À la faculté d’information de l’Université libanaise, la journaliste Ivana Marchalian s’engage dans l’enseignement au nom de la culture, pour que ses étudiants élargissent leurs horizons et développent leurs capacités de réflexion.

À la faculté d’information de l’UL, la culture au cœur du curriculum

La Dr Ivana Marchalian, auteure du livre « Je soussigné Mahmoud Darwich », un entretien inédit que lui a accordé le poète palestinien en 1991. Photo Rodrigue Najarian

C’est principalement à travers les trois matières dispensées par la journaliste Ivana Marchalian, en 1re, 2e et 3e années, que les étudiants de la faculté d’information de l’Université libanaise (UL) apprennent à mieux connaître le monde de la culture, qu’elle soit locale ou internationale, englobant la littérature, les arts plastiques, les arts de la scène, l’architecture ou encore la musique, la photographie et le cinéma.

Durant l’année préparatoire, elle plonge ainsi les étudiants dans cette thématique, à travers son cours d’histoire de l’art. En 2e année, elle enchaîne avec culture et sociétés, pour ensuite leur prodiguer les bases de la critique littéraire et artistique en 3e année. « Dans ces trois cours, je mets en lumière la relation entre les médias et la culture, afin d’aboutir au journalisme culturel que je souhaite valoriser », affirme-t-elle.

Dans son cours culture et sociétés, Ivana Marchalian aborde les aspects qui contribuent à l’évolution de la société et explique les différentes notions de culture. Elle y étaye aussi le rôle que jouent, dans la société, les personnes appartenant au monde de la culture. Un rôle d’autant plus intense au Liban, ces personnes étant mues par leur volonté de persévérer malgré le contexte de crise. Pour la journaliste, ce sont justement les nombreuses manifestations culturelles à travers le pays qui font qu’il tient encore debout. « Quelque part, au plus profond d’elles-mêmes, ces personnes ressentent leur part de responsabilité dans la reconstruction du pays tel que nous le connaissons », estime-t-elle. « Au Liban, la culture est capable de nous donner une force étrange où le rêve tient une grande part (…) Et c’est grâce à la culture que les sociétés ne tombent pas », remarque Ivana Marchalian avec assurance.

La culture, une planche de salut en temps de crise

Dans cette perspective, « le journaliste joue le rôle d’intermédiaire, entre les personnes issues du monde de la culture et le public », avance-t-elle. Il s’agit « de présenter un fait ancré dans l’actualité, tout en lui donnant une dimension future », explique-t-elle. Ivana Marchalian ajoute également qu’une analyse journalistique constructive permet de réfléchir sur des problématiques qui se poseraient dans l’avenir.

Avec l’accessibilité à l’information et la multiplication des fausses nouvelles, la journaliste rappelle, en outre, que le rôle de l’enseignant est d’apprendre aux étudiants à bien distinguer les vraies informations des fausses, à sélectionner ce qui a de la valeur et à respecter l’éthique journalistique. « Ce n’est plus l’information en elle-même qui est importante mais ce qu’on va en faire », remarque-t-elle.

« La culture donne les moyens à l’étudiant de réfléchir », estime-t-elle et permet au journaliste, quelle que soit sa spécialisation, de bâtir sa pensée, d’élargir son horizon, et lui apprend par conséquent à mieux réfléchir à ses sujets pour y poser un regard plus ouvert, mêlant diverses disciplines. Au lieu de se pencher sur des sujets de variété et de divertissement qui exposent des potins de stars ou de parler d’une œuvre artistique dans un style élogieux, les diplômés couvriront plutôt des sujets culturels, à travers un regard analytique et critique.

Écrire l’histoire d’une façon indirecte

Au-delà de la partie théorique de ses cours, l’enseignante donne aux étudiants la possibilité d’inviter des intervenants, qu’ils s’agissent d’artistes, d’écrivains, de journalistes, de galeristes ou autre. Les jeunes préparent leurs questions, présentent leur invité et l’interrogent. Ivana Marchalian leur demande également d’effectuer des projets liés à des musées ou des galeries, les poussant à se rendre sur le terrain. Elle essaie en outre de leur débrouiller des stages dans des structures artistiques et culturelles, afin qu’ils comprennent leur fonctionnement. « J’incite les étudiants à nourrir leur cerveau, à être curieux des événements qui se déroulent dans le pays, à étoffer leur bagage culturel en dehors de l’université aussi, à lire les pages culturelles de plusieurs quotidiens et à comparer les différentes façons de traiter un même sujet », souligne la journaliste, également auteure du livre Je soussigné Mahmoud Darwich. Un ouvrage relatant un entretien inédit que lui a accordé le poète palestinien en 1991, d’abord publié en arabe chez Dar el-Saki et accompagné du manuscrit de l’entretien rédigé à la main par le poète, puis traduit en français par Hana Jaber et publié chez Actes Sud, Sindbad et L’Orient des livres, en 2015. La publication de cet ouvrage est un souhait de Mahmoud Darwich qui demanda à Ivana Marchalian, en 2005, de publier leur entrevue dans un livre qu’elle introduira. Se basant sur leurs rencontres à Paris, la journaliste écrit une soixantaine de pages tournant autour de la vie de Mahmoud Darwich dans la capitale française. Elle publiera ce livre 5 ans après sa mort, respectant son souhait. Ivana Marchalian se lance dans le journalisme à l’âge de 20 ans. « Si j’ai choisi d’enseigner à l’université, c’est pour partager l’expérience que j’ai acquise en rencontrant des gens exceptionnels, des piliers de la littérature arabe. » Pour elle, il est essentiel de partager avec ses étudiants ses 25 années de journaliste culturelle. « Je leur raconte combien le journaliste des pages culturelles peut bénéficier des artistes et écrivains qui l’entourent et qui, un jour, ne seront plus là. Notre devoir en tant que journalistes, c’est de raconter une part d’eux aux générations futures. La mission principale que je me suis fixée en tant qu’enseignante, c’est d’aider les étudiants à réaliser que leur profession leur permet d’écrire l’histoire d’une façon indirecte. »

La culture devrait être au cœur de l’éducation

« Avec la crise économique qui perdure, la plupart pensent que la culture est secondaire. Or ce n’est pas vrai », lance encore Ivana Marchalian qui veut lui redonner ses lettres de noblesse, en encourageant ses étudiants à s’impliquer dans cette voie. « Je perçois la culture au sommet de la pyramide, toutes les autres thématiques en découlent », poursuit-elle. « Nous devons avoir peur lorsqu’on ne donne plus à la personne libanaise cultivée une place à la télé, ou d’une façon générale dans la société, et non pas lorsqu’un président est élu ou un autre déchu. Nous devons avoir peur lorsque nos écoles négligent la culture pour se concentrer sur les matières exigées par le programme », prévient-elle. Pour elle, cela va sans dire que la culture doit être au cœur de l’éducation dans les établissements scolaires et universitaires.

Aujourd’hui, alors que l’éducation et la culture sont menacées par la crise politique et économique du pays, Ivana Marchalian confie que l’ensemble du corps enseignant de la faculté d’information essaie de combler ce manque. « Je suis convaincue que chaque personne est en mesure de donner et d’agir, indépendamment de sa situation et du contexte. » D’ailleurs, malgré la situation difficile dans laquelle se retrouve l’UL, les enseignants collaborent afin de prodiguer aux étudiants un bagage culturel complet. « Ils sont en train d’intégrer ainsi, dans leurs cours, des notions relatives à la culture, qu’elle soit artistique, économique ou autre », note-t-elle. Une façon d’enseigner qui, au final, traduit la volonté des professeurs à rester fidèles à leurs convictions, pour donner le meilleur à leurs étudiants.


C’est principalement à travers les trois matières dispensées par la journaliste Ivana Marchalian, en 1re, 2e et 3e années, que les étudiants de la faculté d’information de l’Université libanaise (UL) apprennent à mieux connaître le monde de la culture, qu’elle soit locale ou internationale, englobant la littérature, les arts plastiques, les arts de la scène, l’architecture...

commentaires (1)

"« Ils sont en train d’intégrer ainsi, dans leurs cours, des notions relatives à la culture, qu’elle soit artistique, économique ou autre », note-t-elle. " Il le faut absolument! Sinon on continuerait à entendre les présentateurs et présentatrices de télévison, diplômé(e)s de cette faculté, nous parler de "bourj Evil". Je n'invente rien, je l'ai entendu plusieurs fois...

Georges MELKI

13 h 35, le 30 novembre 2022

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Commentaires (1)

  • "« Ils sont en train d’intégrer ainsi, dans leurs cours, des notions relatives à la culture, qu’elle soit artistique, économique ou autre », note-t-elle. " Il le faut absolument! Sinon on continuerait à entendre les présentateurs et présentatrices de télévison, diplômé(e)s de cette faculté, nous parler de "bourj Evil". Je n'invente rien, je l'ai entendu plusieurs fois...

    Georges MELKI

    13 h 35, le 30 novembre 2022

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