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Économie - Décryptage

Youssef Khalil tire les leçons d’un an à la tête du ministère des Finances

Contacté par « L’Orient-Le Jour », le ministre sortant admet le ton démissionnaire de son discours mais garde le fond de sa pensée en suspens, du moins « jusqu’à la semaine prochaine ».

Youssef Khalil tire les leçons d’un an à la tête du ministère des Finances

Le ministre sortant des Finances Youssef Khalil pendant sa conférence de presse, hier. Mohammad Azakir/Reuters

Cela aurait pu être un discours de démission s’il n’était pas déjà de facto démissionnaire depuis les élections législatives de mai dernier. Le ministre sortant des Finances Youssef Khalil s’est offert une tribune hier, lors d’une conférence de presse dans ses bureaux annoncée le matin même, afin de faire le point sur son parcours à la tête des finances du pays en grave crise depuis trois ans. Un moment qu’il semble avoir voulu sur le ton de la confidence, revenant sur son enfance, son parcours et ses convictions, tout en tirant les leçons pour la suite et l’avenir du pays.

À moins que cet instant privilégié ne fût en réalité le seul moyen qu’ait trouvé Youssef Khalil pour s’exprimer en toute liberté sur certains dossiers qui ont traîné (et traînent encore) en longueur entre les mains des responsables, jusqu’à présent incapables de se mettre d’accord sur des réformes afin de relancer l’économie nationale, et alors que le Liban est comme « un patient qui a besoin d’une opération à cœur ouvert, alors qu’il souffre d’hémorragie et de malnutrition », a-t-il illustré.

Car nul n’est sans se rappeler le camouflet que lui avait infligé le président de la Chambre Nabih Berry il y a quelques semaines lors d’une séance législative, lorsque ce dernier a enjoint à Youssef Khalil d’arrêter son allocution, à peine entamée, pour laisser le Premier ministre désigné Nagib Mikati s’exprimer à sa place. Un incident perçu comme une humiliation, renforçant les rumeurs du remplacement de Youssef Khalil, pourtant issu du camp de Nabih Berry et suivant la volonté de ce dernier. Si le nom de l’ancien député Yassine Jaber a circulé pour le remplacer, rien n’a encore filtré quant à un remaniement de l’équipe ministérielle des Finances, dont l’aval est nécessaire sur la quasi-totalité des dossiers névralgiques.

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Mais alors que l’élection présidentielle tâtonne, à dix jours de la fin du mandat de Michel Aoun, les concertations politiques pour former un gouvernement semblent s’intensifier dans les coulisses afin d’éviter au Liban de se retrouver dans un double vide institutionnel le 1er novembre. En attendant, Youssef Khalil a en tout cas choisi hier de se faire entendre sur « ses réussites et ses échecs », tout en faisant passer quelques messages à ses collègues et collaborateurs dans les hautes sphères de l’État.

Rappelant sa passion pour la boxe, « un sport réglementé par des lois et une éthique, contrairement à ce qui prévaut dans notre vie politique », Youssef Khalil a souligné qu’il « ne se transformerait pas (pour autant) en punching-ball », assurant cependant qu’il resterait en fonctions jusqu’au prochain gouvernement et qu’il laissera derrière lui un ministère « en meilleur état » que lors de sa nomination en septembre 2021, « grâce aux réformes macroéconomiques » que son équipe a pu récemment mettre en place.

Budget, dollar douanier, parité

En guise de réformes, Youssef Khalil est revenu sur le vote du budget 2022 qui a eu lieu fin septembre. « Mieux vaut tard que jamais », a-t-il déclaré. Car cette loi « correspondait aux critères locaux et internationaux » lorsqu’elle a été soumise à la commission des Finances et du Budget « en avril », tandis que son adoption au Parlement n’a été réalisée qu’en septembre. Un délai qui a contraint le ministère à y effectuer « des corrections continues jusqu’aux dernières heures », sur fond d’une dépréciation aggravée de la livre libanaise. Une critique recevable bien que le mois d’avril représente déjà un retard de plus de six mois, la loi de finances devant être soumise au Parlement au maximum le 15 octobre de l’année précédente pour être votée en décembre ou janvier suivant, même si le Liban est un habitué des retards de vote de budget hors des délais constitutionnels.

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Le ministre sortant est également revenu sur le taux du dollar douanier que les autorités veulent établir à 15 000 livres au lieu de la parité officielle toujours en vigueur à 1 507,5 livres, et alors que la valeur réelle de la livre sur le marché libre a passé la barre des 40 000 livres le dollar depuis une semaine. Dans ce cadre, Youssef Khalil a pointé du doigt « la cupidité de ceux qui importent et qui paient leur taxe au taux officiel alors qu’ils revendent au taux du marché ». Qualifiant ces transactions d’« enrichissement illégal », il a aussi précisé que ce taux avait été choisi afin d’« augmenter les recettes de l’État, de réduire le déficit budgétaire, de faire baisser l’endettement public, d’améliorer la balance commerciale et de redynamiser la production locale ». Le ministre sortant a ensuite appelé à faire de même entre le taux dollar/livre officiel et celui sur le marché.

FMI, banques, électricité, ressources offshore et… sectarisme

Un état des lieux de mauvais augure, bien que Youssef Khalil l’assure : le Liban peut sortir de la crise. À condition toutefois de « redynamiser l’économie et de restaurer la confiance », précise-t-il. Prenant exemple de la saison touristique de cet été, le ministre a constaté que « près de 5 milliards de dollars » sont entrés au Liban « sans que cela ne se répercute sur les actifs des banques à cause du manque de confiance » dans ce secteur, au centre de la crise financière du pays. Pour la restaurer, Youssef Khalil évoque plusieurs points.

D’abord, le besoin de recevoir l’aide du Fonds monétaire international, tout en soulignant qu’elle ne serait pas à elle seule suffisante pour relancer l’économie nationale. L’assistance financière du FMI est dans les tiroirs du Liban depuis avril dernier, suivant un accord préliminaire à hauteur de 3 milliards de dollars déboursés sur quatre ans à condition que des réformes soient mises en place. Parmi celles évoquées hier par le ministre, la nécessité de restructurer le secteur bancaire « en encourageant les fusions et les acquisitions entre les banques », notant que les banques devront mettre la main à la poche afin de supporter une partie des pertes que le pays doit absorber, estimées à plus de 73 milliards de dollars.

Ensuite, Youssef Khalil a mentionné la réforme du secteur de l’électricité (autre prérequis du FMI) en fonction de laquelle les tarifs doivent être revus à la hausse, avant d’aborder le sujet des ressources d’hydrocarbures offshore. Leur exploration devrait commencer en 2023, après l’accord récemment conclu entre le Liban et Israël sur la démarcation de leur frontière maritime et qui doit être signé dans les prochains jours. À ce niveau, il a souligné « l’importance de préserver une part conséquente de ces richesses aux générations futures grâce à la mise en place d’un fonds souverain » afin de les investir dans des projets « viables » et d’éviter le « mal hollandais » (le fait de se reposer sur la rente des ressources naturelles sans développer les autres secteurs).

Le ministre sortant s’est également opposé à la vente des actifs de l’État pour rembourser une partie des pertes, ceux-ci « revenant au peuple libanais ». Toutefois, concernant leur gestion, « rien n’empêche que certaines de ces ressources soient gérées par le privé » avec la mise en place de garde-fous pour s’assurer « de ne pas tomber dans le piège du clientélisme », a-t-il martelé. Enfin, toujours en ce qui concerne l’État, Youssef Khalil dresse un constat cinglant : « Nous devons être conscients que l’institution publique a besoin d’une réforme, d’une évaluation, d’une modernisation et d’une transformation profondes », explicitant par là un besoin de revoir à la baisse le nombre de fonctionnaires « embauchés sans raison depuis des années ».

Partant ainsi en croisade contre le sectarisme, source des échecs et contretemps rencontrés lors de cette année à la tête du ministère des Finances selon lui, Youssef Khalil a conclu son discours en se disant défait par « un système politique menotté par le confessionnalisme qui contrôle toutes les décisions ». Contacté par L’Orient-Le Jour, le ministre sortant admet le ton démissionnaire de son discours mais garde le fond de sa pensée en suspens, du moins « jusqu’à la semaine prochaine »…

Cela aurait pu être un discours de démission s’il n’était pas déjà de facto démissionnaire depuis les élections législatives de mai dernier. Le ministre sortant des Finances Youssef Khalil s’est offert une tribune hier, lors d’une conférence de presse dans ses bureaux annoncée le matin même, afin de faire le point sur son parcours à la tête des finances du pays en grave crise...
commentaires (3)

"Youssef Khalil tire les leçons d’un an à la tête du ministère des Finances".... bon, voilà que ses cours de spécialisation dans notre jardin de sinistres, sont terminés et en espérant qu'il fera mieux la prochaine fois si jamais le pays est toujours là, emmenez donc le prochain élève...

Wlek Sanferlou

23 h 50, le 23 octobre 2022

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Commentaires (3)

  • "Youssef Khalil tire les leçons d’un an à la tête du ministère des Finances".... bon, voilà que ses cours de spécialisation dans notre jardin de sinistres, sont terminés et en espérant qu'il fera mieux la prochaine fois si jamais le pays est toujours là, emmenez donc le prochain élève...

    Wlek Sanferlou

    23 h 50, le 23 octobre 2022

  • Quelqu’un devrait une fois pour toutes fermer le bec de l’oiseau assis sur le perchoir. Depuis trop longtemps.. Ça arrivera, malgré sa popularité auprès des tshirts noirs…

    LeRougeEtLeNoir

    13 h 23, le 22 octobre 2022

  • Does this mean that Mikati will form a new government? Parliament needs to deny confidence to the new Mikati government that aims to perpetuate the rule of the March 8 coalition for years and months to come until they can elect a President who is favorable to them.

    Mireille Kang

    00 h 19, le 22 octobre 2022

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