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Politique - Présidentielle

Le vote blanc du Hezbollah, entre tactique et fuite en avant

« Nous apportons les dernières retouches au futur gouvernement », affirme Abbas Ibrahim à « L’OLJ ».

Le vote blanc du Hezbollah, entre tactique et fuite en avant

Les députés du Hezbollah pendant la séance plénière du jeudi 29 septembre dérnier. Photo Hassan Ibrahim/Parlement

Au cours de la première séance parlementaire consacrée à l’élection d’un président, le Hezbollah a choisi de rester sur terrain neutre face à un camp adverse qui a opté pour la confrontation. Au total, ce sont 63 députés majoritairement issus du bloc mené par le parti chiite qui ont suivi l’ordre de voter blanc. La démarche prouve une fois de plus que la formation pro-iranienne est capable de souder les rangs de son camp dans les moments critiques. Elle prouve aussi que le Hezbollah est conscient de son incapacité à imposer un candidat parmi ses deux alliés. Le parti a donc soigneusement évité de proposer la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié, préférant le mettre à l’abri du risque d’être grillé lors d’une séance qui ne mènera à rien. Surtout qu’il lui manque l’aval du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, jusque-là réticent à appuyer son principal rival dans la course à Baabda. C’est comme si le Hezbollah annonçait, à travers ses bulletins blancs, une vacance inévitable à la tête de l’État. D’où l’urgence à ses yeux de débloquer le processus gouvernemental, sachant que la clé là aussi est entre les mains de... Gebran Bassil.

Eclairage

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« Nous ne sommes pas encore prêts »

Le Hezbollah l’a compris. Au sein du nouveau Parlement issu des législatives de mai dernier, aucun camp ne peut prétendre détenir à lui seul la majorité. Le secrétaire général du parti Hassan Nasrallah l’avait d’ailleurs avoué à demi-mot il y a deux semaines en se prononçant en faveur d’un compromis élargi autour du futur chef de l’État. « Un tel accord serait une très bonne chose. Mais ce qui est sûr à ce stade, c’est que nous ne sommes pas encore prêts à l’élection du président », reconnaît dans une déclaration à L’Orient-Le Jour Hussein Khalil, conseiller politique de Hassan Nasrallah. « Nous sommes en concertation avec nos alliés. Et c’est à l’issue de ces contacts que nous dirons notre dernier mot », ajoute le haut responsable chiite. « À ce stade, le Hezbollah ne voudrait certainement pas dévoiler toutes ses cartes, surtout qu’il est conscient que lors de la séance de jeudi, Sleiman Frangié n’allait pas obtenir les voix requises pour son élection (86 sur 128 au premier tour) », estime Kassem Kassir, analyste proche du parti chiite.

L'éditorial de Issa GORAIEB

Du noir sous tout ce blanc

Entre Frangié et Bassil

Une autre interprétation du choix du Hezbollah voudrait que ce dernier soit tiraillé entre ses deux alliés présidentiables. Car pour mener le chef des Marada – son favori non déclaré et allié du président du Parlement Nabih Berry – à Baabda, le parti a besoin d’un Gebran Bassil (et ses 19 députés), lequel se dit non candidat, mais qui refuse de faciliter la tâche au leader de Zghorta. « Même Hassan Nasrallah ne pourra pas me convaincre de voter Frangié », avait tonné le leader du parti orange dans une interview accordée la semaine dernière à notre confrère an-Nahar, s’affirmant de nouveau comme un des principaux faiseurs de président. « Que personne n’essaie de nous faire fléchir. Nous n’avons pas lutté pendant des décennies (pour la bonne représentativité des chrétiens à la présidence de la République) pour finir par élire Sleiman Frangié », tranche pour sa part Eddy Maalouf, ancien député CPL du Metn. Il fait référence à la faiblesse du poids parlementaire du chef des Marada qui n’a pu faire élire que son fils Tony lors des dernières législatives. C’est pour contrer cette logique que le Hezbollah pourrait avoir d’autres calculs, notamment présenter, le moment opportun, Sleiman Frangié comme un candidat de consensus qui pourrait obtenir l’aval des principaux protagonistes. Très marqué 8 Mars, l’intéressé œuvrerait lui-même dans cet objectif. « Je ne suis pas le candidat du Hezbollah », avait-il lâché dans une interview récemment accordée à la chaîne MTV.

En attendant, le parti chiite ne semble pas lâcher prise face à l’intransigeance du CPL. « Nous poursuivrons le dialogue avec nos alliés en vue de parvenir à un terrain d’entente », dit Hussein Khalil. Ce dernier n’exclut même pas de prendre une troisième voie. « Il n’est pas vrai que nous nous trouvons au pied du mur car nous pourrons bien soutenir un troisième allié », suppute-t-il. « Le Hezbollah n’est pas embarrassé face à Sleiman Frangié et Gebran Bassil, son problème actuellement est ailleurs, estime de son côté Fayçal Abdel Sater, analyste gravitant dans la galaxie du parti pro-iranien. Il craint le vide total à la tête de l’exécutif et veut voir le gouvernement formé le plus rapidement possible. »

Focus

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Quid du gouvernement ?

La source de cette peur ? Les menaces du président Michel Aoun - qui refuse de remettre le pouvoir à un cabinet sortant - de rester à Baabda après le 31 octobre si son successeur n’est pas élu. Pour convaincre donc Gebran Bassil de lâcher du lest sur le dossier présidentiel, le Hezbollah va donc devoir mener un forcing pour que les demandes de son allié au sujet du cabinet soient satisfaites. Selon notre chroniqueur politique Mounir Rabih, M. Bassil exige que la future équipe adopte une série de nominations administratives et judiciaires, notamment le limogeage du gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, bête noire de Baabda. Dans certains milieux proches du Hezbollah, on croit savoir en outre que c’est la demande du chef du CPL de remplacer trois ministres chrétiens qui aurait remis les compteurs à zéro. En début de semaine, tout prêtait à croire en effet que la mise en place du cabinet était imminente. Le Premier ministre désigné Nagib Mikati était attendu à Baabda à son retour de New York pour une réunion avec Michel Aoun. Coup de théâtre : c’est le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, qui s’est finalement chargé de cette initiative. L’homme des missions difficiles est entré en scène pour aplanir les obstacles apparus subitement. Commentant pour L’OLJ sa médiation entre Baabda et le Sérail, Abbas Ibrahim se veut très optimiste. « Je fais la navette quotidiennement entre le président et le Premier ministre. Et nous sommes actuellement en train d’apporter les dernières retouches à la future équipe », affirme-t-il. « Nous sommes dans la dernière ligne droite. Attendez-vous à un gouvernement dans les prochains jours », confirme Hussein Khalil.


Au cours de la première séance parlementaire consacrée à l’élection d’un président, le Hezbollah a choisi de rester sur terrain neutre face à un camp adverse qui a opté pour la confrontation. Au total, ce sont 63 députés majoritairement issus du bloc mené par le parti chiite qui ont suivi l’ordre de voter blanc. La démarche prouve une fois de plus que la formation pro-iranienne...

commentaires (11)

Il est triste que notre pays est tributaire d’un barbue avec turban. Où est le Liban phare de Moyen Orient?! Merci M. le Président d’avoir fortifié le pouvoir de Hassouna pendant 6 ans de grande M.

Georges S.

18 h 30, le 01 octobre 2022

Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • Il est triste que notre pays est tributaire d’un barbue avec turban. Où est le Liban phare de Moyen Orient?! Merci M. le Président d’avoir fortifié le pouvoir de Hassouna pendant 6 ans de grande M.

    Georges S.

    18 h 30, le 01 octobre 2022

  • L'objectif est de trouver un présidentiable qui assure le statu quo. On ne veut rien changer à ce qui marche. Mais je me posais une question, existe-t-il une position claire concernant le "candidat" du Hezbollah? Je ne le pense pas à moins que l'auteur de l'article ait des sources très solides. De plus, le raisonnement ne tient pas car selon les données mises en exergue personne n'aurait eu les 86 voix nécessaires. Il est bien regrettable que le Hezbollah n'ait pas plus de députés, cela éviterait d'avoir des députés bidons qui ne sont que des petits suiveurs incapables de s'exprimer sérieusement sur bon nombre de sujets

    Georges Olivier

    18 h 02, le 01 octobre 2022

  • Hé ho où est passé mon commentaire?

    Sissi zayyat

    14 h 59, le 01 octobre 2022

  • Le premier vote était pour que Berri clame ouvertement qu'il a accompli sa mission mais ne bloque pas. Tout en tatant le terrain pour découvrir le candidat de (des) oppositions. Le 2e round, il était prévu que les députés du duo chiite sorte de l'hémicycle pour ne pas atteindre le quorum. Ca s'arrêtera là côté présidence 1. Maintenant ils vont accélérer la présidence 3 et mettre en sourdine la présidence 1 , le temps de trouver une personne qui soit "compatible hezbollah" et "opposition". A suivre.... La démocratie au Liban c'est franchement bizarre :) voire même un bazar.

    radiosatellite.co

    14 h 07, le 01 octobre 2022

  • LES ANIERS QUI GERENT DES ETABLES SE SONT ABSTENUS DE BRAIRE POUR NE PAS SE REVELER. LES AUTRES SE SONT EXPRIMES LIBREMENT DANS LA CAVERNE QUAND MEME ALIBABIQUE ETOILEE. ELLE DOIT ETRE RENOVEE. CHANGEMENT COMPLET.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    14 h 00, le 01 octobre 2022

  • Comment peut-on faire confiance a nos politiciens lorsqu’ils font preuve de peu d’intégrité et de patriotisme? Par ailleurs y en-a-t-il un qui ait propose un plan de travail pour le futur mandat? D’une part des canailles qui manquent de gouvernance et de competence vis vis a vis du peuple libanais et de l'interêt du pays, et d’autre, des novices idéalistes timorés qui n’arrivent pas a se mettre d’accord et a s’unir. Ils ont deja manque le coche lors de l’election du chef du parlement et du vice- président. L’heure n'est plus aux théories intellectuelles…

    CW

    08 h 52, le 01 octobre 2022

  • "… « Même Hassan Nasrallah ne pourra pas me convaincre de voter Frangié », avait tonné le leader du parti orange …" - C’est faux. Ses mots exacts étaient: "même HN ne pourra pas me FORCER à voter Frangié". Grosse nuance. Car ça sous entend qu’il pourrait le convaincre, voire l’acheter…

    Gros Gnon

    07 h 55, le 01 octobre 2022

  • Il y en a un qui porte une cravate. Traitre! Pion des "ambassades"! Tfeh! LOL

    Gros Gnon

    07 h 49, le 01 octobre 2022

  • Bassil ou frangieh, deux candidats viscéralement liés et totalement dépendants du hezbollah. Triste constat , notamment pour ceux qui ont bâti leur propagande sur le récupération des droits des chrétiens. En somme c’est le hezbollah qui décidera qui logera à baabda et qui au sérail. Belle perspective pour les Libanais.

    Goraieb Nada

    07 h 41, le 01 octobre 2022

  • République bananière dirigée par des chimpanzés tous soumis à la volonté d’un illuminé caché à 40 mètres sous terre qui menace de destruction ce qui reste du pays tout en restant bien planqué à l’abri

    Liberté de penser et d’écrire

    07 h 03, le 01 octobre 2022

  • Hassouna a d’autres chats à fouettés avec les mollahs d’Iran qui sont dans la merde

    Eleni Caridopoulou

    00 h 37, le 01 octobre 2022

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