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Société - Reportage

« Désolés, nous sommes fermés ! » La réouverture des banques peine à se concrétiser

Devant les distributeurs automatiques de billets, les files d’attente sont longues, après la semaine de fermeture des banques.

« Désolés, nous sommes fermés ! » La réouverture des banques peine à se concrétiser

Devant la porte d’accès au distributeur automatique de billets de la Fransabank, rue Hamra, une attente désespérément longue. Photo A.-M.H.

« Désolé, nous sommes fermés. Nous limitons notre activité aujourd’hui au travail interne. Mais à partir de demain, nous l’espérons, nous pourrons accueillir la clientèle sur rendez-vous. » Le ton de l’employé de banque est déterminé. Son visage fermé. Entrouverte l’espace d’un instant, la porte de la Banque libano-française de Hamra est hâtivement refermée face à une poignée de clients qui espéraient accomplir des formalités bancaires, après une longue semaine de grève. Une grève consécutive à la vague de braquages menés vendredi 16 septembre par des déposants en colère contre les restrictions bancaires, dans un Liban en profonde crise. Les propos prononcés par l’employé invitent toutefois à la compréhension. « Nous sommes vraiment désolés de vous fermer la porte au nez », répète-t-il, gêné.

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La banque, le braqueur et le déposant

Ce lundi devait être une journée de réouverture des banques. Mais la majorité des agences ont gardé leurs rideaux métalliques baissés, dans l’ensemble du pays. Et lorsqu’elles ont ouvert, c’est au compte-gouttes et avec des conditions sécuritaires très strictes qu’elles ont accueilli une clientèle triée sur le volet. « Ici, à Sofil, nous sommes fermés, lance un gardien, tout sourire. Sur sept branches à Beyrouth, la Byblos Bank n’en a ouvert que deux. » En face, les guichets de la banque Audi semblent fonctionner normalement. Mais uniquement pour les entreprises et quelques happy few. « Je voulais déposer un chèque. On m’a empêché d’entrer sous prétexte que je n’avais pas pris rendez-vous », gronde un client débouté, sous couvert d’anonymat. « Ils ne reçoivent que les entreprises et la clientèle qui entretient des relations personnelles avec la direction », soutient-il avec ironie. « Et ce qui est encore plus révoltant, c’est que je ne peux le déposer dans aucun distributeur, et personne n’a répondu à mes sollicitations, ni par téléphone ni par e-mail. Je ne sais vraiment pas quoi faire », déplore-t-il. La direction de l’agence refuse de commenter. Les membres du dispositif sécuritaire eux se contentent de filtrer la clientèle et d’inviter ceux qui ne sont pas éligibles à prendre rendez-vous.

Portes closes ce lundi à la Banque libano-française. La réouverture sera peut-être pour mardi, sur rendez-vous. Photo A.-M.H.

Sans rendez-vous, interdit d’entrer

Même tableau, rond-point Saloumé, devant le siège central de la SGBL. « Seuls ceux qui ont rendez-vous peuvent entrer », répète inlassablement un agent à un client insistant. Inutile d’argumenter. Le ton se veut intimidant. Même à l’égard de la presse. « Que voulez-vous ? Il est interdit de prendre des photos. C’est une propriété privée », crache un cerbère qui masque de son corps imposant l’entrée de la banque. Rapidement, un autre agent tempère ses propos. « Tout se déroule dans le calme. Avant (la fermeture), quelque 150 personnes se pressaient tous les matins devant la porte. Aujourd’hui, plus besoin d’attendre, la clientèle est reçue sur rendez-vous. » « Ma formalité n’a duré que quelques minutes. J’avais pris rendez-vous bien avant les incidents », confirme un client, satisfait. Mais pour un autre, place Sassine, qui espérait libeller un chèque bancaire de la part de l’entreprise qu’il représente, les portes de la même banque resteront closes. « Je vais en référer à ma boîte », dit André, un peu perdu.

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Quelques jours avant la fin du mois, le secteur bancaire est toujours dans le flou. Après les directives, plus ou moins vagues, de l’Association des banques du Liban (ABL) au secteur, dimanche dernier, « une nouvelle réunion est attendue ce mardi (aujourd’hui) », révèle une directrice d’agence sous couvert d’anonymat. L’ordre de grève, toujours maintenu, « pourrait être levé » si des garanties sécuritaires sont données par les autorités libanaises. « Nous accomplissons du travail interne et n’avons accompli aucune transaction ce lundi. Mais nous n’avons jamais interrompu le dialogue avec nos clients », assure-t-elle. L’ABL avait annoncé dimanche que les services de base aux particuliers et aux entreprises seraient assurés via les distributeurs automatiques de billets. Elle avait aussi invité les clients ayant des requêtes urgentes à contacter le siège ou le service client. Elle avait aussi laissé la liberté aux banques de gérer leur réouverture.

Quel rôle pour les distributeurs automatiques ?

Dans l’attente d’un scénario plus clair, les distributeurs automatiques de billets fonctionnent à plein régime. La file d’attente est longue, devant les grilles fermées de la Fransabank, rue Hamra. Les déposants, dont une grande partie de membres des forces de l’ordre, cherchent à retirer en dollars et au taux de la plateforme Sayrafa l’aide mensuelle qui leur a été versée en livres libanaises. Une transaction qu’ils n’ont pas pu réaliser durant la semaine de grève. D’un peu moins de deux millions de livres, elle n’atteindra pas 100 dollars. Deux à trois personnes seulement sont autorisées à entrer en même temps dans le jardin privatif de l’immeuble où sont installés les distributeurs de cette agence, les seuls fonctionnels dans le quartier. « Cela fait une bonne heure que j’attends, et mon tour n’est pas près d’arriver », gronde Mohammad, un employé, fustigeant « l’inefficacité de (s)a banque ». « Lors de la grève du secteur bancaire qui a suivi les braquages, toutes les banques ont assuré les retraits au taux de Sayrafa par le biais des distributeurs de billets, sauf Fransabank », déplore ce jeune marié pour justifier ses propos. « Nous aurions dû profiter de cette maigre aide au début du mois. Nos salaires ne valent plus rien. Mais avec les incidents et les fermetures successives des banques, c’était mission impossible », confirme un soldat qui s’excuse de ne pas divulguer son nom. Fixée au taux officiel de 1 500 livres pour un dollar, la monnaie nationale a perdu plus de 95 % de sa valeur en trois ans. Mais les salaires des fonctionnaires, forces de l’ordre y compris, n’ont pas été ajustés.

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Malgré la colère sourde de déposants à fleur de peau, chacun attend sagement son tour. Aucune réaction non plus lorsque des resquilleurs, issus des forces de l’ordre aussi, tendent leur carte bancaire à travers la grille à des agents de sécurité, postés dans l’enceinte de l’immeuble, histoire d’aller plus vite. « Nous préférons que la clientèle attende sur le trottoir plutôt que devant les distributeurs », réagit laconiquement un agent, qui détourne le regard.

Aucun recours face à une agence fermée

Devant la Creditbank où la file est nettement moins longue, à quelques centaines de mètres plus loin, ce n’est pas tant l’attente que le taux de change qui met hors d’eux les militaires. « Je sens que j’ai été floué. Le taux de change est trop élevé. Regardez, je n’ai réussi à obtenir que 50 dollars pour un peu moins de deux millions de livres. J’aurais mieux fait de les retirer en libanais », se lamente un membre des Forces de sécurité intérieure, pestant de n’avoir « aucun recours parce que l’agence est fermée ».

Les scénarios varient d’une banque à une autre. Nombre de banques n’autorisent pas les retraits via Sayrafa sur leurs distributeurs automatiques de billets. C’est la raison pour laquelle de nombreux militaires sont restés sans ressources durant la semaine de grève écoulée, lorsqu’ils n’ont pas retiré leurs avoirs en monnaie locale. C’est probablement la raison pour laquelle un incident a éclaté à Saïda devant le siège de la BLOM, lorsqu’un membre des forces de l’ordre a tenté de pénétrer de force dans les locaux pour retirer son salaire.

« Désolé, nous sommes fermés. Nous limitons notre activité aujourd’hui au travail interne. Mais à partir de demain, nous l’espérons, nous pourrons accueillir la clientèle sur rendez-vous. » Le ton de l’employé de banque est déterminé. Son visage fermé. Entrouverte l’espace d’un instant, la porte de la Banque libano-française de Hamra est hâtivement refermée...
commentaires (2)

Je commence à me demander si les "braquages" d’il y a une dizaine de jours n’ont pas été mis en scène par les banques pour se donner un prétexte à accentuer encore leurs restrictions illégales…

Gros Gnon

09 h 26, le 27 septembre 2022

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Commentaires (2)

  • Je commence à me demander si les "braquages" d’il y a une dizaine de jours n’ont pas été mis en scène par les banques pour se donner un prétexte à accentuer encore leurs restrictions illégales…

    Gros Gnon

    09 h 26, le 27 septembre 2022

  • Les banquiers toujours aussi voleurs et inneficaces.

    Michel Trad

    00 h 06, le 27 septembre 2022

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