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Environnement - Forêts au Liban

La justice se saisit de l’abattage d’une centaine d’arbres à Mayfouk

L’affaire a provoqué un vif émoi après le tweet de la députée Najat Aoun Saliba. Mais selon Ghayas Yazbeck, président de la commission parlementaire de l'Environnement, ce cas n’est que la partie visible de l’iceberg.

La justice se saisit de l’abattage d’une centaine d’arbres à Mayfouk

Le reste d'un tronc, là où un arbre a été abattu sur les terrains du couvent Mar Challita à Mayfouk. Une centaine d'arbres auraient disparu ces derniers mois. Photo DR

Les multiples photos envoyées à L’Orient-Le Jour par la municipalité de Mayfouk (caza de Jbeil) montrent des troncs coupés à la base, souvent recouverts d’herbes folles, dans des endroits trop discrets pour être facilement repérés. Le bruit court depuis quelques jours déjà qu’une centaine d’arbres ont été coupés dans un terrain appartenant au couvent Mar Challita de Kattara (un quartier de Mayfouk). Selon les photos, il ne s’agirait pas que de pins sauvages, comme le veut la rumeur, mais aussi de chênes, dont le bois est particulièrement prisé pour le chauffage en hiver.

De sources concordantes, on apprend (une fois n’est pas coutume) que des procès-verbaux ont été dressés contre les contrevenants à la demande de l’avocat général chargé des affaires d’environnement au Mont-Liban. Comme souvent, l’abattage d’arbres survient suite à l’obtention d’un permis d’élagage, délivré par le ministère de l’Agriculture, dont l’exécution n’est pas surveillée.

Le président du conseil municipal de Mayfouk, Hadi Hachache, révèle à L’OLJ que cette affaire n’a rien de nouveau, et que cela fait un an qu’une telle activité dure dans ce terrain, ce qui a poussé la municipalité à porter plainte plus d’une fois. Toutefois, le tweet d’une députée de l’opposition, Najat Aoun Saliba, qui a dénoncé un « crime écologique » dans la région, a accéléré le processus de poursuites, selon lui. Le juge Sami Lichaa a ainsi demandé que des agents de sécurité inspectent le site en question, qui y ont trouvé les traces de l’abattage d’une centaine d’arbres. Le bureau de Jbeil du ministère de l’Agriculture a aussitôt suivi et effectué une patrouille dans les environs. « En réalité, plus de 250 arbres ont disparu depuis un an », déplore M. Hachache.

« Des arbres aux cimes cassées »

Confirmant à notre journal les mesures prises à l’encontre des contrevenants, le ministre de l’Agriculture Abbas Hajj Hassan assure que les procès-verbaux ont été adressés aux abatteurs d’arbres, et non aux propriétaires du terrain. Toutefois, M. Hachache souligne que la municipalité a porté plainte une première fois le 9 août 2021 contre l’ancien supérieur du couvent, qui vient d’être remplacé il y a vingt jours à peine. « L’ancien supérieur avait été interrogé puis relaxé il y a un an, suite à notre plainte, raconte-t-il. Et l’abattage avait recommencé cet été sous prétexte du besoin d’élagage en vue de dégager la route du couvent, depuis juillet et jusqu’à récemment, ce qui a nécessité une nouvelle plainte. Le nouveau supérieur, le père Naji Salloum, que nous avons rencontré après sa nomination, a promis que cette activité s’arrêterait. »

Interrogé sur les bruits autour de cette affaire, le père Salloum estime qu’ils sont « grandement exagérés ». « Les arbres abattus récemment sont des pins dont la cime a été cassée par la neige, donc qui sont condamnés », dit-il. Une version contredite par le président de la municipalité. Sur la plainte qui avait été déposée il y a un an contre son prédécesseur, il reste vague. « Je ne suis là que depuis 20 jours, j’ai cru comprendre qu’en ce moment-là, des camionnettes chargées de troncs d’arbres avaient été surprises par la municipalité », dit-il.

Dans une camionnette, des troncs d'arbres abattus saisis par la municipalité de Mayfouk, en août 2021. Photo DR

Précisant que les activités dans le bois sont interrompues depuis au moins une semaine, l’ecclésiastique évoque cependant « un nouveau permis d’élagage qui devrait être délivré à l’intention du couvent incessamment, parce que ce grand bois a besoin d’être nettoyé, ce qui n’a pas été fait depuis des années et ce qui multiplie les risques d’incendies ». Pourquoi insister à poursuivre le travail alors que l’activité précédente a fait scandale ? « J’ai déjà demandé aux garde-forestiers de superviser le travail, d’indiquer clairement les arbres condamnés, s’il y en a, sinon de surveiller le travail de nettoyage, assure-t-il. Je ne permettrais aucune agression contre le bois. »

Des permis écrans

Le député du Batroun Ghayas Yazbeck, président de la commission parlementaire de l’Environnement, se félicite des mesures prises à l’encontre des contrevenants dans ce cas et du fait que l’affaire se trouve désormais devant la justice. Mais il reste réaliste : ce cas n’est « que la partie visible de l’iceberg ».

« Les permis d’élagage, octroyés en vue de débroussailler les forêts, une activité nécessaire si l’on veut empêcher les incendies de s’étendre, sont souvent utilisés pour abattre les arbres », déplore-t-il. La principale raison est la pénurie de personnel qualifié pour surveiller l’élagage en forêt : le décret qui devait nommer de nouveaux garde-forestiers est bloqué au niveau de la présidence de la République depuis des années pour « déséquilibre confessionnel entre les candidats aux postes », selon la raison officielle invoquée.

« Les permis ne sont pas respectés, et il est virtuellement impossible de surveiller l’ensemble du territoire avec aussi peu de moyens, poursuit le député. Et depuis la crise, les forces de l’ordre elles-mêmes ne sont plus en mesure de s’acquitter de leur mission. Sans compter qu’il se pratique un abattage d’arbres illicite, sans aucun permis de façade, et des incendies criminels qui contribuent au déboisement. Ces phénomènes prennent une ampleur inédite avec la crise. »

Que fait le ministère pour contrer ce phénomène grandissant d’abattage illégal des arbres ? « Nous savons que les permis d’élagage donnent lieu parfois à l’abattage pur et simple des arbres, reconnaît le ministre Hajj Hassan. Or le nombre de garde-forestiers est largement insuffisant, en raison du retard dans les nominations. Mais nous n’avons d’autre choix que de continuer à octroyer ces permis et à en élargir le spectre, afin d’aider les gens à faire face aux problèmes de chauffage l’hiver, tout en dégageant les forêts. Il convient cependant de protéger aussi les forêts, voilà pourquoi la loi nous donne la possibilité de travailler avec les municipalités qui peuvent, dans certains cas, affecter leur personnel à la place des garde-forestiers pour la surveillance. Nous comptons aussi beaucoup sur l’aide de l’armée dans la protection des espaces verts. »

Confier cette tâche aux municipalités ? Hadi Hachache ne pense pas du tout que c’est réaliste. « Les municipalités sont autant dans la dèche que les autres institutions étatiques. À Mayfouk, nous n’avons qu’un seul policier municipal, comment voulez-vous que nous puissions tout surveiller ? »

Des chênes chevelus mutilés dans le Akkar

Même les plus beaux sites du Liban, qu’ils soient classés réserves ou qui devraient l’être dans un futur proche, n’échappent pas à la folie de l’abattage sauvage d’arbres. Ainsi, des dizaines de chênes chevelus (Quercus cerris) ont été sauvagement mutilés dans la forêt qui porte leur nom, et qui est unique au Moyen-Orient, sur les hauteurs du Akkar.

Les chênes chevelus font partie des arbres protégés par la loi, à l’instar du cèdre. Or selon notre correspondant dans la région Michel Hallak, les habitants de Fneidek, localité limitrophe de la forêt, ont été stupéfaits de découvrir mercredi que des inconnus avaient ôté l’écorce de nombre de chênes durant la nuit. L’arbre ainsi privé de sa protection risque de mourir lentement, ce qui justifierait alors son abattage. Un peu plus loin, dans le site exceptionnel de Kammouaa, des sapins de Cilicie, également protégés par la loi, ont été purement et simplement abattus. Et il en va de même dans de nombreuses localités du Akkar, une région demeurée très verte, mais constamment en danger de déboisement. Les habitants en colère ont demandé aux ministères de l’Agriculture, de l’Environnement et de l’Intérieur de faire le nécessaire pour arrêter les contrevenants. Ils assurent que le son des scies devient prédominant dans leurs forêts méditerranéennes typiques, allant de la forêt des chênes chevelus de Kammouaa et ailleurs, connues pour leur biodiversité unique et leur importance écologique. Nombre de ces sites sont sur la liste de futures réserves naturelles du ministère de l’Environnement, mais n’ont jamais été classées.

Les multiples photos envoyées à L’Orient-Le Jour par la municipalité de Mayfouk (caza de Jbeil) montrent des troncs coupés à la base, souvent recouverts d’herbes folles, dans des endroits trop discrets pour être facilement repérés. Le bruit court depuis quelques jours déjà qu’une centaine d’arbres ont été coupés dans un terrain appartenant au couvent Mar Challita de Kattara...
commentaires (1)

Rien que par le titre de cet article on peut comprendre que les coupables ne sont affiliés à aucun parti politique…

Gros Gnon

20 h 09, le 07 septembre 2022

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Commentaires (1)

  • Rien que par le titre de cet article on peut comprendre que les coupables ne sont affiliés à aucun parti politique…

    Gros Gnon

    20 h 09, le 07 septembre 2022

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