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Nos Lecteurs ont la Parole

D’un combat joyeux...

Loin de nous, l’envie de tout maîtriser, ceci nous priverait de l’essentiel. Ce désir totalisant relève d’ailleurs de l’utopie, d’un banal réflexe sécuritaire... Ce que nous pourrions faire, du moins, c’est de nous préparer... Comment ?... Peut-être en observant les êtres blessés qui partagent notre sort. L’escrimeur qui bondit vers son adversaire en effectuant des entrechats semble incarner la pure grâce, la pure gratuité ! Pourtant, que d’heures consacrées à l’entraînement, à l’exercice, qui font de lui un athlète si adroit. Sa légèreté, sa liberté naissent d’un travail assidu. Sur le terrain de la vie quotidienne, le même travail et la même préparation sont requis. Baisser les bras, se résigner équivaudrait à mourir L’homme demeure un être inachevé pour qui tout reste à conquérir. Une fois la peur assumée, cette exigence fascine. En elle, réside assurément une des plus belles grandeurs de l’homme, même si son prix paraît démesuré, par trop oppressant.

Devant la grande inconnue de l’avenir, il s’agit de sculpter (comme un sportif sculpte son corps) l’existence pour assumer la totalité de notre condition... Les expériences les plus malheureuses, comme d’ailleurs les instants de jubilation, deviennent, il le faut, une opportunité pour devenir meilleur. Il ne s’agit pas ici de justifier la douleur ni les moments creux qui torturent et souvent isolent. Suggérons seulement de les mettre à profit pour qu’ils ne prennent pas le dessus. La tâche est rude, l’exercice périlleux, mais vital.

Souhaitons diriger notre regard vers ceux que Schopenhauer nomme les « socii malorum », vers les compagnons d’infortune, nos compagnons d’épreuve : telle vieille femme croisée au détour de la rue, tel clochard qui scandalise les badauds, tel paralysé, tel « paumé » qui nous installe dans la pitié... Tous ces individus cherchent à tenir debout, à « aller droit », à trouver leur équilibre, une dynamique, un état d’esprit qui permettent la survie.

Pascal, à la suite d’Aristote, pense que derrière chaque acte posé par l’homme se trouve la recherche volontaire du bonheur. Présente derrière la gifle comme derrière la caresse, elle anime tout homme et constitue le but de toutes ses actions. Celui qui se meurtrit croit, honnêtement peut-être, améliorer son sort. Même s’il emprunte une autre voie, condamnable parfois, il partage avec nous la même aspiration, celle du bonheur.

Souvent, ce combat joyeux, voleur de temps et d’énergie, semble trop ardu, trop exigeant. Devant un si grand labeur, où trouver force et ressources, sur quoi fonder la volonté de résister ?

La question contient, déjà, une amorce de réponse. Il s’agit bien de la volonté que l’on entretient comme une flamme. Par une bien curieuse dialectique, le manque peut ainsi devenir une source, un élan vers plus de bonheur. Nous sachant démunis, on va tout mettre en œuvre pour s’en sortir. La blessure appelle donc son joyeux contraire.

L’art de tenir debout, de maintenir le cap, suppose précisément un horizon plus heureux vers lequel se diriger. Ce qui mine cette progression, ce n’est pas la souffrance, ni l’échec, mais le désespoir. Cesser d’espérer, c’est s’avouer vaincu sans même relever le défi, c’est rendre vain chacun de nos efforts. La formation de la personnalité exige, comme singulier point de départ, un dépouillement radical : se (re)connaître vulnérable, perfectible, prendre conscience d’évoluer en terres incertaines, essayer de savoir pourquoi l’on combat joyeusement...


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


Loin de nous, l’envie de tout maîtriser, ceci nous priverait de l’essentiel. Ce désir totalisant relève d’ailleurs de l’utopie, d’un banal réflexe sécuritaire... Ce que nous pourrions faire, du moins, c’est de nous préparer... Comment ?... Peut-être en observant les êtres blessés qui partagent notre sort. L’escrimeur qui bondit vers son adversaire en effectuant des...

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