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Économie - Crise

Carburants : vers une levée totale des subventions ?

Les prix sont repartis à la hausse hier, après que la Banque du Liban a réduit à 70 % le ratio de dollars qu’elle fournit pour les importations d’essence.

Carburants : vers une levée totale des subventions ?

Des files d’attente aux abords de certaines stations-service ont été constatées hier, notamment au sud du pays et dans la Békaa. João Sousa/Photo d’archives

Comme un rappel de la terrible pénurie d’essence qui a touché le Liban l’an dernier, des files de voitures attendant aux stations-service se sont formées dans plusieurs régions, en particulier dans le sud du pays et dans la Békaa, les importateurs ayant rationné les quantités de carburant livrées. Des scènes similaires s’étaient déroulées la veille au soir, au troisième jour d’un week-end prolongé par le congé de l’Assomption.

L’origine de ce nouvel épisode de rationnement de la distribution serait une nouvelle fois liée à la Banque du Liban qui vient, selon les filières de distribution, de réduire pour la seconde fois en moins d’un mois le ratio de dollars échangés sur base du taux dollar/livre de la plateforme Sayrafa (26 200 livres lundi), contre des livres fournies par les importateurs d’essence. Fixé à 100 % du montant des factures en mars, il avait été ramené à 85 % fin juillet avant la baisse d’hier, qui le place à 70 %. Cette modification des modalités de mise en œuvre du mécanisme de subvention enjoint donc aux acteurs du secteur de débourser dorénavant 30 % des montants requis au taux du marché réel, qui oscille autour de 32 000 livres pour un dollar.

L’impact de cette décision s’est immédiatement fait ressentir hier lorsque le ministère de l’Énergie et de l’Eau a publié son barème. Le prix du bidon de 20 litres d’essence à 95 et 98 octane a ainsi augmenté de 16 000 livres, passant respectivement à 568 000 et 580 000 livres. Celui du diesel a augmenté de 26 000 livres pour atteindre 663 000 livres, tandis que le kilolitre de mazout utilisé par les générateurs privés est lui passé à 975 dollars, après une baisse de 3 dollars. Enfin, le prix de la bonbonne de gaz vaut désormais 321 000 livres, après une hausse de 9 000 livres. Cette nouvelle tarification a d’ailleurs été saluée hier par le syndicat des importateurs de gaz, soulignant reporter une « grève générale » qu’il avait évoquée dimanche si « le prix de la bonbonne n’était pas ajusté au taux du marché ». Chose faite donc, selon lui.

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En tout cas, pour Georges Brax, porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service, le message est clair : « Une levée totale des subventions sur le carburant devrait arriver prochainement », a-t-il ainsi déclaré à L’Orient-Le Jour sans pouvoir davantage s’avancer sur un calendrier. Commentant également les nouveaux tarifs des carburants, le syndicaliste a indiqué que le dollar valait 32 100 livres au moment où le secteur avait validé ses dernières importations, contre 30 775 livres la semaine dernière.

Le retour des files d’attente

Sur le terrain, des files d’automobilistes ont donc fait leur réapparition, surtout dans les régions excentrées par rapport à l’axe côtier allant de Beyrouth à Jbeil, comme à Saïda (Liban-Sud), devant les stations-service encore ouvertes, selon notre correspondant Mountasser Abdallah. Un propriétaire d’une station-service a confirmé que les importateurs rationnent la quantité de carburant livrée, ce qui risque d’engendrer des pénuries sur le marché à court terme. À Rachaya, dans la Békaa, des automobilistes se sont également rués vers les pompes dès les premières heures du matin, selon notre correspondante Sarah Abdallah.

Cette situation se répète une nouvelle fois dans un Liban en crise où cette dernière année le prix des 20 litres d’essence à 95 octane a augmenté d’environ 1 500 %, selon le centre de recherche libanais Information International. Un chiffre qui reflète l’ampleur de cette crise sans précédent, qui a quasiment anéanti le pouvoir d’achat des habitants et bouleversé leur mode de vie. Les frais de transport pèsent ainsi énormément sur le portefeuille des Libanais. Le décret de majoration des indemnités de transport quotidiennes dans le secteur privé, de 65 000 livres à 95 000 livres, a été signé vendredi dernier par le chef de l’État Michel Aoun, le Premier ministre sortant Nagib Mikati et le ministre sortant du Travail Moustapha Bayram. Valant environ 3 dollars au taux du marché actuel, cette indemnité n’aura sans nul doute pas l’effet d’apaisement escompté pour le budget des travailleurs.

La BDL fustigée

En plus des accusations de retard portées durant le week-end par les importateurs de gaz, d’autres sont venues s’ajouter hier, notamment de la part du secrétaire du syndicat des propriétaires de stations-service Hassan Jaafar. Dans un communiqué, celui-ci a déclaré que « la BDL n’a pas mis en place un mécanisme clair pour ouvrir les crédits nécessaires aux compagnies d’importation de pétrole afin de faire venir de nouvelles cargaisons ».

Il a expliqué le retard dans les livraisons d’essence par l’accumulation du week-end et de la fête de l’Assomption lundi, jour chômé au Liban, soit trois jours d’arrêt des livraisons, réduisant considérablement les stocks des distributeurs. S’ajoutent à cela, selon lui, l’incapacité des stations-service à remplir leurs réservoirs en avance, en raison de la réduction de leur capital, conséquence des pertes cumulées, le prix élevé de l’essence et la hausse continue du dollar sur le marché parallèle. Ainsi, les stocks ne sont pas suffisants pour plusieurs jours consécutifs sans approvisionnement, a-t-il déclaré.

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Enfin, Hassan Jaafar a appelé la Banque du Liban « à mettre en place un mécanisme spécifique et rapide afin d’ouvrir les crédits pour l’essence afin que les distributeurs ne soient pas obligés de fermer à cause de l’épuisement des stocks ». Un phénomène qui « exacerbera les queues dans le reste des stations », a-t-il mis en garde sans souligner qu’il était généralement dû au fait que certains distributeurs préféraient stocker le carburant pour le revendre lorsque les prix auront davantage augmenté, comme cela s’est vu par le passé de l’aveu même de certains professionnels.

Comme un rappel de la terrible pénurie d’essence qui a touché le Liban l’an dernier, des files de voitures attendant aux stations-service se sont formées dans plusieurs régions, en particulier dans le sud du pays et dans la Békaa, les importateurs ayant rationné les quantités de carburant livrées. Des scènes similaires s’étaient déroulées la veille au soir, au troisième jour...
commentaires (2)

Les prix du pétrole ont chuté de 10% en une semaine dans le monde, mais au Liban ça augmente à cause des subventions... c'est du pur Siob Sed Nibor (Robin Des Bois à l'envers, qui lui au moins volait les riches pour donner aux pauvres...)

Gros Gnon

09 h 53, le 17 août 2022

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Commentaires (2)

  • Les prix du pétrole ont chuté de 10% en une semaine dans le monde, mais au Liban ça augmente à cause des subventions... c'est du pur Siob Sed Nibor (Robin Des Bois à l'envers, qui lui au moins volait les riches pour donner aux pauvres...)

    Gros Gnon

    09 h 53, le 17 août 2022

  • tous des voleurs acharnés.

    Marie Claude

    07 h 52, le 17 août 2022

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