Une réunion du nouveau Parlement élu le 15 mai dernier. Ali Fawaz/Compte Twitter du Parlement
Une échéance peut en cacher une autre. Alors que les regards sont actuellement braqués sur les consultations parlementaires contraignantes prévues jeudi pour la désignation d’un nouveau président du Conseil, l’enjeu véritable reste l’élection d’un nouveau président, en principe entre le 31 août et le 31 octobre, date de l’expiration du mandat de Michel Aoun. Les principales forces politiques du pays sont conscientes du fait que les deux échéances sont étroitement liées, car le rôle et la composition du nouveau gouvernement dépendront de l’élection présidentielle. Si celle-ci se tient à la date prévue et qu’un nouveau président s’installe au palais de Baabda à partir du 1er novembre, cela signifie que le gouvernement en préparation aura une courte durée de vie et n’aura par conséquent pour mission que la gestion des affaires en cours et urgentes, en attendant le nouveau mandat présidentiel et l’élan qu’il devrait donner aux institutions et au pays en général. Par contre, si l’élection présidentielle n’a pas lieu à la date prévue et si le pays se dirige vers une vacance à la tête de l’État, comme cela a été le cas après la fin du mandat prorogé d’Émile Lahoud (1998-2007) ou celui de Michel Sleiman (2008-2014), cela signifie que le gouvernement en place aura pour mission de combler cette vacance à durée indéterminée et de prendre en main les destinées du pays en attendant l’élection d’un nouveau président.
À chacun de ces deux cas de figure correspond un profil différent de Premier ministre et de gouvernement. Dans le premier cas, le scénario le plus logique serait de désigner le Premier ministre sortant Nagib Mikati qui, soit formerait un gouvernement qui ressemblerait fort à l’actuel, soit ne parviendrait pas à former un nouveau cabinet, se contentant de gérer avec l’actuelle équipe les affaires courantes du pays jusqu’à la présidentielle. Cette idée se justifie par le fait que pour un gouvernement à durée de vie limitée à trois ou quatre mois, cela ne vaudrait pas la peine de désigner de nouveaux ministres qui devraient prendre du temps pour se familiariser avec les dossiers en cours. De plus, si le président du Conseil désigné ne devait pas parvenir à former un gouvernement, il serait préférable qu’il n’y ait pas deux Premiers ministres, un démissionnaire et un autre désigné, car s’ils ne s’entendaient pas entre eux, cela poserait des problèmes de prérogatives, la Constitution n’ayant pas prévu un tel cas de figure.
Par contre, dans le second cas, les tractations pour la formation du gouvernement seraient totalement différentes, car l’enjeu serait bien plus important. Même les parties qui jusqu’à présent affirment ne pas vouloir participer à un gouvernement d’unité nationale pourraient changer d’avis. En effet, sans élection présidentielle, le pays entrerait dans une période de vacance présidentielle à un moment particulièrement critique et confus dans la région et dans le monde. Cette vacance pourrait aboutir à une conférence de dialogue pour le Liban sous parrainage international, à laquelle les différentes parties voudraient participer. Pour cela, il vaudrait donc mieux être au gouvernement qui serait plus politique que l’actuel, contrairement à la volonté de Nagib Mikati qui préfère un cabinet de technocrates. On se souvient par exemple que le gouvernement présidé par Tammam Salam, qui était entré en fonction en février 2014, avait pris onze mois pour être formé parce que les parties politiques en présence pressentaient que le pays allait entrer dans une longue période de vacance présidentielle, et elles voulaient donc y participer. Ce gouvernement était resté en place jusqu’en octobre 2016. Lequel des deux scénarios est privilégié actuellement ? Il n’y a pas pour le moment de réponse claire et définitive. Les partisans du premier scénario affirment que si les échéances constitutionnelles ne devaient pas être respectées, les élections législatives auraient été reportées. Il y avait de nombreuses raisons qui auraient pu justifier un tel report, toutes très convaincantes et plausibles. Pourtant, les élections ont eu lieu à la date prévue, en dépit du prix de l’essence, de la pénurie de courant, et du manque de personnel et de moyens pour le gérer. Pour eux, il n’y a donc aucune raison pour que l’élection présidentielle n’ait pas lieu à la date prévue, surtout qu’en cette période délicate, le Liban est au bord de l’effondrement, ses institutions publiques sont fragilisées et qu’il faut à tout prix stopper le processus pour ne pas créer un chaos qui aura des conséquences sur l’ensemble de la région. Justement, cet argument est à double tranchant, car les partisans du second scénario sont convaincus que l’échéance présidentielle arrive à un mauvais moment, alors que les contours de la prochaine étape dans la région et dans le monde sont encore imprécis. Selon eux, comme l’élection présidentielle au Liban est rarement une échéance purement interne, il vaudrait donc mieux attendre d’y voir plus clair pour élire un président qui soit en harmonie avec la nouvelle équation régionale et internationale attendue. Si celle-ci tarde à se définir, il sera toujours temps de revenir aux choix traditionnels. Pour cette raison, la tendance serait à l’attente et, par conséquent, à la vacance présidentielle, le temps de voir si la région se dirige vers une explosion ou vers des ententes de longue durée, et quelle sera la place de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de la Turquie et même de la Syrie sur l’échiquier régional, sans parler de la Russie et des États-Unis, au cours de la période à venir. D’ailleurs, les prochaines semaines s’annoncent mouvementées avec la visite du prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane en Turquie, la tournée du président américain Joe Biden dans la région, les développements dans le dossier des ressources gazières et pétrolières entre le Liban et Israël... Autant d’événements qui auront des répercussions sur la situation intérieure au Liban et qui permettront sans doute d’y voir plus clair au sujet de l’échéance présidentielle et gouvernementale.



Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Regardez ce qui se passe en Iraq et vous aurez une idee de ce qui se passera chz nous au Liban! Pas de gouvernement, ni de President de la Republique..... Une absence, un neant rien..... Une republique (plutot un lopin de terre) tournant a vide!
18 h 54, le 18 juin 2022