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Économie - Crise au Liban

Le volume des échanges sur Sayrafa a plus que quadruplé lundi

Le taux sur le marché parallèle est toujours sous la barre des 30 000 livres pour un dollar. 

Le volume des échanges sur Sayrafa a plus que quadruplé lundi

Assez tranquille dans les bureaux de change, l’ambiance était aussi relativement calme dans la plupart des agences bancaires lundi. Photo P.H.B.

Après la folle journée de vendredi où, dans un Liban en crise, la monnaie nationale s’est appréciée en deux heures face au dollar de presque autant qu’elle avait décroché depuis les élections législatives du 15 mai, le premier jour de cette semaine a été marqué par une hausse particulièrement forte de 366,7 % du volume des échanges sur la plateforme Sayrafa.

En ce qui concerne le taux de change, il est resté calé à quelques encablures de la barre symbolique des 30 000 livres pour un dollar, plus précisément aux environs de 27 500 livres en moyenne lundi soir pour un dollar, selon les différentes applications non agréées le relayant. Un niveau voisin de celui auquel il s’est stabilisé pendant le week-end, toujours selon ces mêmes sites, qui tiennent compte aussi bien des bureaux agréés que des revendeurs du marché noir. Le taux appliqué par les sociétés de transfert d’argent, autorisées depuis février dernier par la Banque du Liban à effectuer des opérations de change, était, lui, fixé à 27 000 livres pour un dollar en fin de journée.

Le taux de la plateforme Sayrafa, que la banque centrale opère, était, lui, fixé à 24 500 livres pour un dollar lundi, contre 24 600 livres lors de la précédente mise à jour vendredi soir. Ce taux est systématiquement inférieur à celui du marché. Il était resté stable de mardi soir à vendredi dernier, alors que la livre avait franchi la barre des 37 000 livres pour un dollar en fin de semaine.

C’est au niveau du volume des échanges sur la plateforme Sayrafa qu’une activité notable était enregistrée lundi avec une augmentation de 366,7 %, pour un total de 196 millions de dollars, par rapport au niveau enregistré vendredi (42 millions de dollars). Le taux de Sayrafa est utilisé notamment pour les opérations de retraits de dollars à partir de comptes en livres, autorisés par la circulaire n° 161 de la BDL, ou encore pour échanger les livres des importateurs d’essence contre les dollars nécessaires pour payer leurs fournisseurs – ce qu’il reste du mécanisme de subvention sur le carburant institué par la circulaire n° 530 du 30 septembre 2019. Pour la circulaire n° 161, lancée en décembre et valable jusqu’à fin juillet, les banques récupèrent elles-mêmes les dollars demandés par leurs clients au taux de Sayrafa.Cette circulaire, lancée à quelques mois des élections législatives, a été considérée par de nombreux observateurs comme un cadeau électoral qui a permis notamment de diminuer le taux sur le marché parallèle en janvier. Depuis mi-2019, la BDL a arrêté de défendre la livre sur le marché, en raison notamment du déficit grandissant de la balance des paiements, poussant alors les banques à instaurer des restrictions bancaires illégales sur les comptes de leurs clients.

Pas d’incidents
Assez tranquille dans les bureaux de change, l’ambiance était assez calme dans les agences bancaires à qui la BDL avait adressé deux injonctions vendredi : effectuer les opérations de change impliquant le taux de la plateforme Sayrafa dans un délai de 24 heures, et rester ouvertes jusqu’à 18 heures afin de permettre aux clients d’acheter des dollars à ce même taux et de payer les salaires des fonctionnaires à ce taux. La publication de ces deux annonces avait coïncidé avec une appréciation spectaculaire de la livre vendredi en fin de journée, sans qu’il ne soit toutefois possible de vérifier le véritable degré de corrélation entre les deux, au regard de l’opacité du marché des changes.

Selon deux sources au sein de deux grandes banques, « il n’y a pas eu de pression ni d’incidents aux abords des agences », malgré le fait que ce soit la fin du mois, période à laquelle de nombreux employés du privé et fonctionnaires encaissent leurs rémunérations. « Les salaires des secteurs privé et public sont retirés en dollars selon les limites en vigueur », a précisé l’une des sources.

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Si une partie des banques applique les modalités de la circulaire n° 161 à la lettre, d’autres semblent avoir pris certaines libertés, d’après des informations relayées par des déposants sur les groupes de messagerie instantanée. Une banque aurait par exemple décidé « de bloquer » 20 % des montants en livres que le client souhaite convertir au taux de Sayrafa et de prélever une commission de 2,5 % sur l’ensemble des montants convertis en dollars. Ces 20 % ne pourront plus être retirés en espèces, mais pourront servir à effectuer des paiements par carte – un mode de règlement qui est minoritaire dans un pays dominé par « l’économie du cash ». Une autre aurait pris une commission de 1 % sur le montant en livres et de 6 ‰ sur le montant en dollars. Une troisième aurait prélevé une commission de 3 % sur les montants convertis et immobilisé 10 % des livres déposées. Les plafonds sont également différents d’une enseigne à l’autre, de 500 dollars pouvant être convertis sur le mois en cours pour l’une d’entre elles, à 3 000 dollars pour l’autre.

Chèques inférieurs à 15 000 dollars
En parallèle, l’Association des banques du Liban (ABL) a publié lundi un communiqué dans lequel elle recommande aux établissements bancaires de n’accepter de leurs clients que les chèques dont la valeur est inférieure à 15 000 dollars, et ce à condition que ces déposants ne demandent pas de les encaisser au guichet ou de transférer ces sommes vers l’étranger. Autre exigence imposée : que ces dépôts de chèques s’inscrivent dans la continuité de l’activité habituelle qu’enregistrent les comptes des clients concernés. L’ABL recommande aussi d’accepter les chèques au profit des professionnels libéraux ou des retraités qui reçoivent leurs pensions de cette façon.

Depuis l’enclenchement de la crise et les différentes conditions de retraits, la valeur réelle des chèques se trouve bien en deçà de celle indiquée sur ce moyen de paiement. Selon les informations qui circulent dans les milieux initiés, le taux d’escompte pour la valeur des chèques en dollar tourne autour de 86 à 86,5 % (la personne récupère entre 13 et 13,5 % de la valeur du chèque en espèces), contre 28,5 % pour ceux en livres (le bénéficiaire récupère 71,5 % de la valeur du chèque).

Enfin, la BDL semble avoir également remédié aux retards de traitement des demandes des importateurs de carburant, et plus précisément ceux d’essence, selon l’association regroupant la dizaine de sociétés concernées (l’APIC). La filière avait en effet reproché à de nombreuses reprises aux banques et à la banque centrale de retarder ou fragmenter l’exécution des opérations de conversion en dollars des montants en livres soumis par ses acteurs pour régler les importations d’essence – dont les prix en livres sont calculés en fonction du taux de Sayrafa.


Après la folle journée de vendredi où, dans un Liban en crise, la monnaie nationale s’est appréciée en deux heures face au dollar de presque autant qu’elle avait décroché depuis les élections législatives du 15 mai, le premier jour de cette semaine a été marqué par une hausse particulièrement forte de 366,7 % du volume des échanges sur la plateforme Sayrafa.
En ce qui concerne...

commentaires (5)

MR. Salamé, La vie est longue, je te rappelle que tu es un tronc; et que chaque tronc a des branches!!! Et que chaque branche a des feuilles!!! Au Liban tu es faussement blindé! Ailleurs ? À un de ces quatre ailleurs!

Samir Tabet

22 h 08, le 31 mai 2022

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Commentaires (5)

  • MR. Salamé, La vie est longue, je te rappelle que tu es un tronc; et que chaque tronc a des branches!!! Et que chaque branche a des feuilles!!! Au Liban tu es faussement blindé! Ailleurs ? À un de ces quatre ailleurs!

    Samir Tabet

    22 h 08, le 31 mai 2022

  • les banquiers ne se sont pas suffis a faire perdre les sous de leurs clients par betise, p[ar incompetence &/ou par escroquerie, mais ils continuent a faire de leur mieux pour "sucer" ce qu'il reste d'economies de leurs clients, se sucrer par des commissions , des depots "forces" , et autres escroqueries sans que la BDL n'intervienne, evidemment pas par l'ABL, capo di capi , parrain de ces bonnes gens.

    Gaby SIOUFI

    10 h 15, le 31 mai 2022

  • Pour que cette plateforme soit crédible, il faudrait tout d'abord que la Banque centrale unifie les différents cours de change qui restent tous légalement en vigueur, ce qui ne s'est jamais vu dans aucun pays au monde . Tant que cela n'a pas été fait, le reste n'est que de la poudre aux yeux. D'après mes sources, seules les personnes ayant le bras long peuvent se procurer des dollars au cours fixé sur cette plateforme. Et puis le montant des transactions quotidiennes tel qu'annoncé semble tout à fait fantaisiste. Plateforme de pacotille pour un système bancaire de pacotille dans un État de pacotille!

    Georges Airut

    02 h 45, le 31 mai 2022

  • La plateforme "SAYRAFA" est tout simplement un instrument de propagande aux mains de la Banque du Liban. Les chiffres des transactions soi-disant opérées ur cette plateforme n'ont aucune crédibilité.

    Georges Airut

    02 h 39, le 31 mai 2022

  • Quel gabegie, et c’est comme cela qu’un pays peut fonctionner ?

    TrucMuche

    00 h 02, le 31 mai 2022

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