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Culture - Cinéma

Pour Philippe Audi-Dor, un film comme un bulletin dans l’urne

« Beyrouth face au monstre » est un court-métrage de dix minutes réalisé par le cinéaste Philippe Audi-Dor. Un témoignage de mort, mais surtout de vie et d’espérance, déjà en ligne.

Pour Philippe Audi-Dor, un film comme un bulletin dans l’urne

Philippe Audi-Dor a pris cette photo du port de Beyrouth avant l’explosion du 4 août 2020. Photo DR

Sa maman est libanaise et son père est français. Si Philippe Audi-Dor n’a pas la nationalité libanaise, vu que les femmes au Liban ne peuvent la transmettre à leurs enfants, du sang libanais coule assurément dans ses veines et ceci lui donne cette double identité dont il est plus que fier. Comme il ne peut prendre la voie des urnes au Liban, il a choisi de faire porter sa voix à travers Beyrouth face au monstre, un film court qui en dit long sur son implication dans la marche du pays.

C’est la première fois que l’auteur de Wasp (2015) et de Ruby Red (2019) réalise un documentaire. « D’habitude, je n’aime pas entrer dans l’intimité des gens, dit-il comme pour s’excuser. Mais cette fois, c’était autre chose. » Après l’explosion du 4 août 2020 qui a dévasté Beyrouth, Philippe Audi-Dor n’hésite pas une seconde avant de prendre l’avion pour le Liban. Et là, il tombe par hasard sur des photos prises de son balcon à Achrafieh les années précédentes.

Fasciné par Beyrouth, Philippe Audi-Dor n’a de cesse de la photographier dans coins et recoins. Photo DR

Des pierres et des hommes

Lors de ses fréquentes escales beyrouthines pour rendre visite à sa mère rentrée au bercail depuis quelque temps, il aime regarder la ville et la photographier. Captivé par sa lumière si particulière, cette lumière qui persiste même en un point lumineux évanescent après le coucher du soleil. Il filme donc cette ville avec ses immeubles, leur promiscuité, leurs larges fenêtres, leurs toits modernes ou en briques. Il aime cette ville qui grouille de vie, où l’on devine la chaleur, la convivialité, derrière les vitres et même derrière les portes closes. C’est donc ces photos de l’avant-explosion qui lui inspirent son film. Il n’est plus l’observateur distant qui prend des photos de Beyrouth, mais bien l’être qui est venu aider ses amis, ses parents, après l’explosion. C’est au cours de discussions avec des résidents du quartier d’Achrafieh qu’il lui vient à l’esprit d’assembler les photos, d’en faire un montage comme si on voyait défiler une longue journée, de l’aube jusqu’au crépuscule avec en voix off les témoignages de dix personnes de tous âges qui ont vécu de près ou de loin le 4 août. « Cela s’est fait de façon organique. J’ai retrouvé dans ces images quelque chose de nostalgique mais aussi de très fort, puisqu’on y voit le hangar du port. Je me suis alors demandé ce que sont devenues ces familles qui habitaient ces maisons. Que leur est-il arrivé ? Je voulais parler d’elles surtout en Europe, parce qu’on avait tendance à oublier cette énorme catastrophe humaine. » Et de poursuivre : « Il ne fallait surtout pas tomber dans le piège du sensationnel. L’important, c’est de ne pas faire du misérabilisme – bien que cela plaise à l’étranger –, mais d’éclairer sur les blessures encore béantes et sur les citoyens qui ont vécu ce traumatisme et qui veulent continuer à aller de l’avant. » Dans Beyrouth face au monstre, le monstre est invisible. Il est tapi dans chaque maison, prêt à se réveiller à tout instant. Tout au long des 10 minutes du film, pas de photos de destructions, « désormais galvaudées », mais seulement des mots assemblés à des photos qui défilent et qui traduisent le chagrin et une puissante volonté commune d’aller de l’avant. Ce n’est qu’à la fin du film que le spectateur voit l’énorme champignon qui a englouti la ville. Dans un silence morbide. « Je l’ai voulu ainsi, comme un trait d’union entre les images et les témoignages, affirme Philippe Audi-Dor. Et finalement, ce que j’ai ressenti auprès de toutes ces personnes que j’ai rencontrées, c’est que mis à part les questions qu’elles soulèvent d’une façon récurrente, “partir ou rester ?”, comment oublier la culpabilité d’être en vie ? Il n’en demeure pas moins qu’elles désirent fortement profiter de l’instant avec ceux et celles qu’elles chérissent, car elles savent qu’à tout moment dans ce pays on risque de les perdre. En octobre 2020, il y avait une force qui émanait de ce désir d’être ensemble. »

Généralement, le chemin traditionnel d’un film est de l’envoyer à des festivals et de trouver des lignes de distribution, mais ceci prend du temps. Le jeune metteur en scène a donc décidé de le mettre en ligne pour attirer l’intérêt, qu’il ait le plus de visibilité possible et qu’il trouve un public. On peut ainsi le voir sur YouTube ou le site internet de Philippe Audi-Dor. Une autre façon d’entendre la voix du réalisateur empêché, par une loi obsolète, de glisser dans les urnes.

https://www.philippeaudidor.com/beirut-facing-the-monster/


Sa maman est libanaise et son père est français. Si Philippe Audi-Dor n’a pas la nationalité libanaise, vu que les femmes au Liban ne peuvent la transmettre à leurs enfants, du sang libanais coule assurément dans ses veines et ceci lui donne cette double identité dont il est plus que fier. Comme il ne peut prendre la voie des urnes au Liban, il a choisi de faire porter sa voix à travers...

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