Le recteur de l’USJ avec deux de ses frères et leurs familles. Photo Michel Sayegh
C’est un émouvant moment de proximité et de complicité que la communauté éducative de l’Université Saint-Joseph, les proches et ses nombreux amis ont vécu, mardi, à l’occasion de la cérémonie de remise de l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur au Pr. Salim Daccache, s.j., recteur de l’Université Saint-Joseph, « pour le rôle moteur dans le maintien et le développement d’établissements d’enseignement scolaire et universitaire francophones au Liban, ainsi que l’engagement en faveur du dialogue interreligieux et d’un État libanais non confessionnel ».
Au portrait intellectuel du P. Daccache (depuis le tendre âge où il préféra un livre à des sucreries), brossé par l’ambassadrice Anne Grillo, dans la tradition bien établie de cette cérémonie, le professeur Salim Daccache s.j. a répondu par un discours dont la partie la plus prenante a été celle où il a énuméré la longue liste de ceux qui ont fait de lui l’homme, l’éducateur et le citoyen que la Légion d’honneur offre en modèle.
« Dans ce concert de gratitude, a-t-il dit, (…) mes premières pensées émues et fières vont particulièrement à mes regrettés parents, Mahboubé et Gériès, qui nous ont inculqués, à moi l’aîné et à mes trois frères, les valeurs du travail bien fait, de la considération des biens, petits et grands, de l’honnêteté, du respect d’autrui, de l’amour du pays, de la modestie, de la fidélité comme foi dans le transcendant, et la confiance en soi et en autrui. »
Élevé à la dure
« Ces valeurs solides m’ont formé à la dure et m’ont guidé vers la Compagnie de Jésus où j’ai grandi grâce à l’affection et à l’accompagnement de plusieurs de mes compagnons, maîtres et pères, que ce soit à Beyrouth ou à Paris (…). Avec intelligence, ils ont su canaliser mon énergie tout en favorisant ma curiosité, mon esprit d’entreprise et ma créativité. » « Auparavant, au collège primaire de la Sainte-Famille à Bouar et au séminaire secondaire de Ghazir, mon hommage s’adresse aujourd’hui encore une fois à celle qui m’a appris les rudiments des langues arabe et française, la regrettée Lucie Boueiri, mon institutrice, devenue sœur Lucie, ainsi que la composition des bouts de phrase en arabe et en français, le calcul de base, en disant à ma mère, fière de son enfant (je la cite en guise de boutade): « Il est plus rapide que le vent du Nord. » Mme Formose Neaïmé dans les classes du primaire supérieur me donna le goût de la lecture et de la narration, me rappelant sa bienveillance et ses corrections modèles dans le genre. Ensuite, à Ghazir, comment ne pas penser à des maîtres comme Naïm Saadé puis Farid Mourad qui tenait le français pour «la dame souveraine des langues».C’est une réelle ouverture qui s’est amorcée vers les valeurs humanistes et universelles qui m’ont mené à être élu plusieurs fois rédacteur en chef du journal mural de la division des moyens et des grands élèves. C’est dans les classes du haut complémentaire que nous avions commencé, avec un groupe restreint d’élèves à faire le mur du séminaire, non point pour des aventures auxquelles vous pourriez penser), mais pour nous acheter au kiosque/barbier du coin les journaux politiques, y compris L’Orient d’Alfred Naccache et Le Soir de Dikran Tosbath. »
Le Pr Salim Daccache, chevalier de la Légion d’honneur. Photo Michel Sayegh
Notre fierté à tous
« Justement, cette médaille de la Légion d’honneur qui fait aujourd’hui notre fierté à toutes et à tous, je la dédie aux maîtres, aux camarades, aux combattants d’hier qui m’ont façonné durant les années 1960 à Ghazir et 1970 à l’USJ à Beyrouth, sans compter les deux années combien fructueuses en sciences politiques que j’ai suivies à l’Université libanaise. Ce sont elles qui m’ont équipé et ont permis, à mon passage au journal Lissan el-hal, où j’ai fait mes premières armes de journaliste, de m’ouvrir au monde des idées universelles, y compris à l’arabisme nassérien et au marxisme, et surtout à connaître le partenaire avec qui je vis mon appartenance à la même nation.
Dans ce travail sans relâche, ma devise a toujours été celle que Thomas d’Aquin a résumée en ces termes : « Il est plus beau d’éclairer que de briller seulement ; de même est-il plus beau de transmettre aux autres ce qu’on a contemplé que de contempler seulement. »
Pour conclure, le recteur de l’USJ a redit combien ses engagements et ses missions, en plus de ses violons d’Ingres, la photographie, les musiques classique, religieuse et orientale, l’étude des mystiques orientaux, la traduction, « ont tous eu un point commun : changer le regard sur l’autre, donc sur soi-même comme un autre, être à l’aise avec sa propre personne et en même temps anxieux pour être à la hauteur des attentes ». Dans un combat permanent pour, comme dit le poète René Char cité en finale par le Pr Daccache, rattraper son « retard sur la vie ».


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