Le président sortant de la Ligue maronite, Nehmetallah Abi Nasr. Photo d’archives ANI
Les élites maronites sont invitées le 19 mars prochain, dans un mois, à élire un nouveau président et un conseil exécutif de la Ligue maronite. Au total 17 personnes, qui seront aux commandes de cette instance fondée en 1952 d’un commun accord entre les leaders maronites de l’époque et Bkerké, pour être en quelque sorte « la conscience nationale des maronites », dont le rôle s’accroît avec les inquiétudes qui pèsent sur l’avenir du Liban et des chrétiens en particulier. C’est ce soir que le nombre d’électeurs sera connu, puisqu’il s’agit du dernier délai de paiement des cotisations.
On sait que trois grandes listes sont dans la course, avec trois présidents potentiels : l’ambassadeur Khalil Karam, qui est considéré comme favori, l’homme d’affaires Ghassan Khoury et l’avocat Paul Youssef Kanaan. Deux urnes sont mises à la disposition des électeurs : la première pour choisir le président et le vice-président, et la seconde pour les 15 membres du conseil exécutif. Les résultats devraient être annoncés à la fin de la journée après le dépouillement des votes, et l’actuel président et ancien député Nehmetallah Abi Nasr devra alors céder la place à son successeur.
Ces élections sont en général très suivies par Bkerké, par la présidence de la République et par toutes les personnalités qui occupent des fonctions chrétiennes de première catégorie dans l’appareil de l’État.
Cette année, les enjeux sont encore plus importants en raison des chiffres inquiétants de l’émigration, surtout au sein de la communauté chrétienne, ainsi qu’à cause du sentiment de plus en plus répandu que le Liban et l’ensemble de la région traversent une période transitoire, ce qui suscite à la fois un mélange d’espoir et d’inquiétude en raison de nombreuses incertitudes.
En principe, les trois candidats en lice pour la succession d’Abi Nasr ont le même objectif qui s’inscrit dans la tradition de la mission de la Ligue maronite. Celui-ci s’articule essentiellement autour de deux points : la préservation de la présence chrétienne, et en particulier maronite, au Liban en général et au sein de l’État, et la protection de la diversité libanaise qui est l’une des particularités de ce pays. Chacun des candidats a un projet précis pour préserver ces deux considérations, tributaire de son propre profil.
L’ambassadeur Khalil Karam, qui est actuellement vice-président de la Ligue et son secrétaire général, a occupé le poste de représentant du Liban à l’Unesco, et avant cela il a été chargé d’affaires du Liban au Vatican, ainsi que représentant du Liban auprès de l’Organisation internationale de la francophonie. Indépendant, il se situe à égale distance de toutes les parties internes. Il a noué d’excellentes relations avec le Vatican et avec les organisations internationales, notamment celles de la francophonie, mais il a surtout de très bonnes relations avec Bkerké. Tout au long de son parcours, Khalil Karam a défendu l’idée que la présence chrétienne et maronite en particulier au Liban est une question stratégique qu’il faut à tout prix préserver, non dans un esprit de domination, mais dans un souci d’établir un partenariat équitable. Selon lui, la mission de la Ligue maronite est de veiller à l’instauration d’un tel partenariat, avec le souci de développer la présence chrétienne sur les plans national, social et économique. Il faut aussi à ses yeux appuyer les fonctions maronites (et chrétiennes en général) au sein de l’État, pour préserver cette diversité qui est le signe distinctif du Liban. Khalil Karam accorde aussi une importance particulière au renforcement des liens entre les expatriés et les Libanais résidents sur le territoire, ainsi qu’au secteur de l’enseignement qui joue un rôle important dans le rayonnement des Libanais et des chrétiens en particulier au Liban et à l’étranger. Tout en se plaçant sous l’ombrelle de Bkerké et de ses constantes, il estime que la Ligue maronite doit rester en dehors des tiraillements politiques, même si, selon lui, la diversité politique est un signe de vitalité et peut être un enrichissement démocratique. Il espère aussi que lorsque les résultats seront annoncés ce soir, chaque candidat les acceptera et que la Ligue maronite pourra remplir son rôle en ces circonstances difficiles dans un esprit de coopération entre tous ses membres.
La deuxième personnalité qui postule pour le poste de président de la Ligue maronite est l’homme d’affaires Ghassan Khoury, originaire de Bickfaya, qui est aussi membre du Conseil maronite général. Il avait déjà postulé pour ce poste en 2019 à la tête d’une liste face à Nehmetallah Abi Nasr. Il avait même déposé un recours en invalidation contre ces élections, mais il avait perdu le procès. Aujourd’hui, il mène de nouveau la bataille, avec des figures maronites connues comme Charbel Estéfane et Mtanios Halabi, en misant sur l’aspect social du rôle de la Ligue maronite, surtout en cette période de crise économique.
Le troisième postulant est Paul Youssef Kanaan, frère du député Ibrahim Kanaan. Cet avocat a fondé un mouvement sous l’appellation de « Maronites du Liban », dont il a démissionné pour mener la bataille de la présidence de la Ligue maronite. Il est très actif sur le plan social et médiatique et il a formé une liste de figures maronites considérées comme indépendantes. Paul Kanaan affirme aussi être indépendant et il insiste sur sa proximité avec le leader défunt du Bloc national Raymond Eddé, tout en affichant une affection particulière pour feu l’ancien patriarche maronite Nasrallah Boutros Sfeir. Il est aussi très connu dans les milieux sociaux et politiques.
Ce qu’il faut encore savoir sur les élections de la Ligue maronite, c’est qu’elles ne correspondent pas aux critères qui régissent les élections législatives. Le facteur régional a un rôle important dans la formation des listes, ainsi que l’aspect professionnel, au niveau de l’électorat et des candidatures. Comme il s’agit dans les deux cas d’élites de la communauté, les électeurs et les candidats sont ainsi des avocats, des médecins, des ingénieurs, des journalistes, bref des personnalités influentes dans leurs milieux respectifs. Enfin, Bkerké a une influence morale, mais n’intervient pas dans le déroulement du scrutin.


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15 h 15, le 19 février 2022