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De guerres et de guéguerres

Qui osera encore se plaindre du marasme de crise que connaît, à l’instar des autres secteurs économiques, l’industrie libanaise ?


C’est en effet un florissant état de ses ateliers high-tech que présentait mercredi Hassan Nasrallah, encore qu’il ne s’agit pas tout à fait, là, de production à 100 % locale. On y modernise ainsi la première génération de missiles iraniens, qui gagnent grandement en précision, mais ça c’est déjà de l’histoire ancienne. Car on fabrique maintenant à tour de bras – les acquéreurs sont d’ailleurs priés de faire la queue – des drones, ces petites merveilles capables d’assurer, sans le moindre risque pour leurs opérateurs, des missions de reconnaissance aérienne ou même des attaques aux explosifs.


En l’espace de 24 heures, deux de ces engins viennent d’être lancés sur Israël qui a annoncé avoir détruit l’un d’eux alors que le second regagnait sa base, selon un communiqué du Hezbollah. Activer son système de défense Dôme de fer et mobiliser son aviation : laquelle, au demeurant, ne tardait pas à faire une bruyante irruption dans le ciel de Beyrouth. À quels coûteux dérapages, à quelle divine victoire peut mener ce petit jeu ? À titre de simple rappel, la conflagration de 2006 s’était soldée par plus de 1 200 morts libanais, pour la plupart des civils, et 160 israéliens : en majorité des militaires, ceux-là…


Comme on pouvait s’y attendre, l’exposé sur les performances des usines de la milice n’a suscité aucun commentaire officiel. Autant, sinon davantage, qu’Israël, c’est pourtant l’État libanais que visait, en réalité, le défi. C’est bien à l’État, autorités politiques et militaires confondues, que l’on signifie qui, dans ce pays, détient les clés de la paix ou de la guerre. Mieux encore, qui est en position de téléguider la République et ses institutions avec autant de dextérité et d’efficacité qu’il ne le fait de ses drones. Qui peut même se permettre de faire reproche à l’armée régulière de ses rapports, jugés par trop amicaux, avec son fournisseur d’armement américain. Qui, en revanche, peut faire montre d’une souplesse insoupçonnée en cautionnant les concessions offertes par la présidence de la République dans les pourparlers sur la délimitation de la frontière maritime avec l’État hébreu. Qui enfin, et sans même avoir à lever le petit doigt, peut s’offrir le luxe de contempler, en riant dans sa barbe, le naufrage d’un système libanais promis à une remise en forme à l’iranienne, et que l’on voit en proie à de vaines guéguerres politiciennes alors que le pays poursuit sa plongée dans l’abîme.


Plus d’une de ces petites guerres est initiée par un régime quasiment parvenu en bout de course. Qu’il s’agisse de législatives, d’élection présidentielle, ou encore de nominations de hauts fonctionnaires, le camp du chef de l’État est soucieux de garder ses arrières, même s’il n’a pas renoncé à ses espérances de continuité. De toutes ces joutes de fin de mandat, la plus théâtrale est cependant celle engagée, chevelure en bataille, par la procureure du Mont-Liban, contre le gouverneur de la Banque du Liban.


Non point, bien sûr, que ce dernier soit au-dessus de tout soupçon, objet qu’il est de poursuites judiciaires, tant étrangères que locales. Mais Riad Salamé se trouve être aussi le principal consignataire de tous les abus et irrégularités commis, dans leurs divers départements, par les responsables, actuels ou anciens ; il détient, dans ses registres, la trace de toutes ces infamies, notamment celles qui ont sévi dans le secteur de l’électricité. Pour cette raison, il est défendu bec et ongles par certains de ces dirigeants; pour la même raison, plus d’un de ses détracteurs serait bien attrapé si le premier banquier de la République devait tout déballer. Dès lors, la chasse au gouverneur, marquée ces derniers jours par une hallucinante confrontation entre polices rivales, se réduit, jusqu’à nouvel ordre, à un pitoyable baroud, dit d’honneur.


Tous ces combats d’arrière-garde pour un fort hypothétique avenir, à quoi s’ajoutent les survols israéliens d’hier, ce n’est tout de même pas la guerre. C’est plutôt en Ukraine que celle-ci menace d’éclater à tout moment ; mais qu’importe, c’est là, malgré tout, que nos expatriés qui y vivent préfèrent rester. De tous les hauts faits dont peut se vanter un État failli, voilà bien le plus terriblement éloquent.


Issa Goraieb

igor@lorientlejour.com

Qui osera encore se plaindre du marasme de crise que connaît, à l’instar des autres secteurs économiques, l’industrie libanaise ? C’est en effet un florissant état de ses ateliers high-tech que présentait mercredi Hassan Nasrallah, encore qu’il ne s’agit pas tout à fait, là, de production à 100 % locale. On y modernise ainsi la première génération de missiles iraniens, qui gagnent grandement en précision, mais ça c’est déjà de l’histoire ancienne. Car on fabrique maintenant à tour de bras – les acquéreurs sont d’ailleurs priés de faire la queue – des drones, ces petites merveilles capables d’assurer, sans le moindre risque pour leurs opérateurs, des missions de reconnaissance aérienne ou même des attaques aux explosifs. En l’espace de 24 heures, deux de ces engins viennent d’être...