« Seul Dieu peut répondre. » Avec ces mots se termine le film monumental de Martin Scorcese Silence. L’intrigue du film tourne autour d’une problématique qui reste sans issue : devant une situation de souffrance inexprimable et intolérable, est-il permis oui ou non de renoncer à ce qui est devenu partie intégrante de l’être humain ? D’une certaine manière, cela rejoint la question que je soulève dans ces lignes. Bien qu’il n’ait pas de valeur juridique, le serment d’Hippocrate façonne non seulement la déontologie médicale mais aussi l’être même du médecin qui comprend sa profession comme « vocation » et non seulement comme un simple métier rentable. Soulignons simplement quelques phrases phares de ce serment : « J’interviendrai pour les (personnes) protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité… Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire… Je ferai tout pour soulager les souffrances… ».
Essayons maintenant de réfléchir sur ces propos sublimes dans le contexte libanais actuel. Le Liban est frappé par des crises multiples, économique, politique et sanitaire, qui ne cessent de s’amplifier. Selon la Banque mondiale, cette situation est peut-être l’une des plus graves que le monde ait connues depuis le milieu du XIXe siècle (rapport publié le 1er juin 2021). Cette situation tragique met beaucoup de Libanais sinon tous devant une équation très difficile : l’acceptation de la misère ou l’émigration. Alors qu’est-ce qu’un médecin doit faire ? N’a-t-il pas le droit de chercher son bien-être ? La question se complique davantage quand il s’agit d’un médecin marié avec des enfants : doit-il partir vers de nouveaux horizons où il pourrait assurer une vie digne pour sa famille ? Ou bien doit-il rester et souffrir avec les souffrants en essayant de les soulager autant que possible et contribuer ainsi à consolider la résilience de ses concitoyens ?
Lorsqu’on se donne le temps de creuser profondément dans ces choix, on peut toucher du doigt l’impasse et sentir la souffrance intérieure qui en résulte. Mais, après tout, ne faut-il pas confronter frontalement cet abîme sans essayer de le détourner ou l’ignorer pour pouvoir prendre une décision responsable ?
Voyons de près les éléments constitutifs de l’impasse : d’abord le bien-être du médecin, ensuite le bien-être de sa famille (s’il est marié) et, enfin, le soutien d’un peuple frappé de plein fouet par la pauvreté et la misère dans un pays dévasté par de multiples crises.
Le bien-être du médecin, comme celui de toute autre personne, dépend de plusieurs facteurs garantissant la santé physique, mentale, spirituelle et sociale. Comme toute autre personne, le médecin a besoin d’un environnement sain lui permettant d’avoir de bonnes conditions de vie, de pouvoir se reposer et se ressourcer. Alors, si la situation actuelle du pays ébranle toutes les conditions pour le bien-être personnel, toutes les conditions d’une vie digne, faut-il rester ou partir ?
Regardons maintenant du côté de la famille. Comment faire si les conditions d’une vie digne ont presque totalement disparu ? Si l’incertitude plane sur l’avenir du pays? Un médecin préfère-t-il rester et mener une vie familiale ayant un niveau de vie moins que minimal, ou bien partir dans un pays où sont réunies toutes les conditions garantissant une vie décente et stable pour sa famille ?
Finalement, regardons notre cher pays, regardons les gens qui ont décidé de rester par amour pour le pays ou par manque de moyens pour partir. Regardons le secteur de la santé : il souffre de l’exode massif de médecins et d’infirmiers. Faut-il prendre ses valises et partir ou bien rester aux côtés des Libanais qui souffrent énormément ? Faut-il se résigner face à une situation qui va de mal en pire ou bien lutter avec les gens qui n’ont pas perdue espoir pour construire un pays digne de l’homme ?
Que dirions-nous pour conclure ? Si Dieu seul peut répondre à la problématique soulevée dans le film de Scorcese, Il peut certainement donner la lumière pour que chacun suive son cœur. Aucune autre recette n’est possible !
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"Seul Dieu peut répondre" ! Je suis certain que vous aurez trouvé la bonne réponse, quelle qu'elle soit. Bien confraternellement
17 h 24, le 03 février 2022