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Culture - Théâtre

Faut-il aller voir la pièce « Sitt el-Dounia » ?

Savez-vous qui sont les grandes muettes dans l’histoire du Liban ? Ce sont les femmes, oui, les femmes. Et ce sont deux hommes qui nous le rappellent, Hicham Jaber et Ziad Itani, dans un seul en scène qui vous habite longtemps après avoir quitté votre siège...

Faut-il aller voir la pièce « Sitt el-Dounia » ?

Dans ce huis clos, Ziad Itani offre une interprétation juste d’une femme blessée et tourmentée et donne la voix à celles qui n’en ont pas. Photos M.G.H.

Autant le dire tout de suite. Le metteur en scène et dramaturge Hicham Jaber et l’acteur et dramaturge Ziad Itani n’ont rien inventé. Le genre performance solo d’une femme qui remonte le cours de sa vie, les annales du théâtre en regorgent. Maintenant que nous sommes d’accord sur le fait que Sitt el-Dounia est une proposition théâtrale sans grande originalité, attardons-nous sur cet exercice de style qui ne manque pourtant pas d’attraits, surtout dans son argument de base où un acteur des plus poilus interprète (avec conviction, ma foi) une Beyrouthine vieillissante. Un procédé qui n’a plus grand-chose d’élisabéthain, bien entendu, qui devient ici cependant l’occasion de célébrer le côté burlesque du travestissement mais aussi et surtout de brouiller les pistes en mélangeant les genres et proposer ainsi une réflexion sur l’imparité entre hommes et femmes.

Entre deux « nafas » de narguilé

En déshabillé de satin doré au décolleté plongeant dévoilant son torse velu, une robe de chambre en dentelle rouge sur les épaules, une perruque blonde à frange recouvrant sa calvitie rampante, Ziad Itani traverse la scène intimiste du Metro al-Madina à petits pas de Geisha serrée dans son kimono. Ce soir, il est Amira, femme d’un certain âge qui remonte le cours de sa vie par petits sauts vers le passé. Avec un accent beyrouthin à couper au couteau, usant d’expressions idiomatiques propres aux habitants des quartiers de Moussaytbeh et Basta (typiquement sunnites), elle évoque son enfance puis les différentes étapes de sa vie et du bon vieux temps où Beyrouth était justement appelée Sitt el-Dounia. « Ah, c’était la belle époque », soupire-t-elle entre deux souvenirs racontés et entre deux « nafas » de narguilé. Mais voilà : les épisodes ressuscités ne sont pas de tout bonheur. Car la vie d’Amira est loin de ressembler à celle d’une princesse gâtée. Amira en a bavé dans sa vie, surtout depuis qu’elle a eu ses règles. Il fallait alors lui trouver un mari. « Il t’emmènera en promenade, t’achètera de nouveaux habits et une nouvelle chambre à coucher », lui dit-on pour « enjoliver » l’idée du mariage. La fille de 13 ans deviendra la femme d’un homme de l’âge de son père. Ou plutôt sa femme de ménage à lui et à toute sa famille. Ni chambre à coucher neuve, ni vêtements, ni promenade dans ce contrat qui lui brise les rêves et les os. Son deuxième mariage ne se passera pas mieux, elle tombe sur un El Chapo libanais qui revend de la drogue à toutes les milices du pays. La guerre fait rage dans les rues de la ville, son mari est en prison et elle se retrouve à « aider » son père. Elle devient son chauffeur, sa secrétaire, son valet à tout faire...

Pour mémoire

Chanter la rue avec Hicham Jaber

Tout en poursuivant son récit, on l’aura compris, Amira donne la parole à celles qui ne l’ont pas. À ces Libanaises de tous bords, confessions et milieux aux droits bafoués dans un société patriarcale figée dans ses coutumes archaïques. Dans ce huis clos, Ziad Itani offre une interprétation juste d’une femme blessée et tourmentée.

Auteur et génial explorateur de la comédie humaine, Hicham Jaber déploie à travers Amira une galerie de portraits tragiques et tendres. Le texte tend pourtant à se perdre un peu dans l’anecdotique, les histoires s’étirant parfois indûment. Le spectateur se trouvera à des moments anxieux de relier des séquences apparemment sans rapport et de déchiffrer un propos qu’il suppose crypté mais qui ne l’est sans doute pas tellement. Mais en dépit de ses défauts, Sitt el-Dounia reste une pièce à voir. Oui, allez-y ce soir, car elle brise de nombreux silences. Et vous ne verrez plus les grandes muettes du Liban du même œil…

Au Metro al-Madina, Hamra.

Billets chez Antoine Ticketing.


Autant le dire tout de suite. Le metteur en scène et dramaturge Hicham Jaber et l’acteur et dramaturge Ziad Itani n’ont rien inventé. Le genre performance solo d’une femme qui remonte le cours de sa vie, les annales du théâtre en regorgent. Maintenant que nous sommes d’accord sur le fait que Sitt el-Dounia est une proposition théâtrale sans grande originalité, attardons-nous sur...

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