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Société - Crise au Liban

"Sauvez-nous !" : des chauffeurs en colère bloquent de nombreuses routes du pays

La participation des grévistes reste malgré tout faible. La circulation aussi.

Des camionneurs et des chauffeurs de bus bloquant la corniche maritime à Saïda, au Liban-sud, le 13 janvier 2022. Photo Mahmoud ZAYYAT / AFP

Dépréciation de la livre libanaise, hyperinflation, détérioration des conditions de vie et de travail, classe politique "corrompue et criminelle" : des chauffeurs routiers ont manifesté jeudi matin à travers le territoire, répondant à l'appel  à une "journée de colère" lancé par le syndicat de transporteurs routiers afin de faire pression sur les autorités dans un pays en plein effondrement. Ce syndicat est toutefois réputé proche du président du Parlement, Nabih Berry.

"Sauvez-nous"
Dès le matin, les principaux axes routiers du pays étaient bloqués par une poignée de conducteurs en colère, alors que la circulation routière était très faible.

A Beyrouth, la circulation a notamment été bloquée au niveau de la place des Martyrs dans le centre-ville, où une dispute a éclaté entre des automobilistes et des chauffeurs. Un motard en civil a même brandi son arme contre les grévistes sur place, avant d'être embarqué par la police, selon des images de la chaîne al-Jadeed. La rue Hamra et le croisement de Sodeco, ont eux aussi été investis par les manifestants. De même sur la voie rapide du "Ring", où des grévistes ont empêché un chauffeur de taxi de poursuivre son chemin, visiblement irrités par le fait qu'il ne respectait pas la grève. La route de l'aéroport, le rond-point de Dora, à l'entrée nord de la capitale, et le croisement de Galerie Semaan, dans la banlieue-sud, étaient également fermés.

Plus au nord, les chauffeurs routiers bloquaient également le couloir est de l'autoroute de Zouk Mosbeh après le tunnel de Nahr el-Kalb.

Des chauffeurs de bus et de taxis bloquant l'autoroute de Nahr el-Kalb à l'aide de leurs véhicules. Photo Michel Sayegh

A Saïda, au Liban-Sud, des contestataires ont partiellement coupé la circulation au niveau de la route maritime et la place de l'Etoile, ainsi qu'à l'entrée nord du pont dit al-Awali, à l'aide de leurs voitures. La route de Saïda-Jezzine a également été fermée à l'aide de bennes à ordure brûlées. L'armée libanaise ainsi que les Forces de sécurité intérieure (FSI) étaient déployées sur les lieux, rapporte notre correspondant dans la région Mountasser Abdallah. "Nous ne pouvons plus supporter la situation (...). Nous ne possédons plus rien (...) Sauvez-nous !", a crié un manifestant, dans des propos à L'Orient-Le Jour. 

La route de Saïda-Jezzine coupée par des chauffeurs routiers à l'aide de bennes à ordures brûlées, le 13 janvier 2022. Photo fournie par notre correspondant Mountasser Abdallah

Dans le nord du pays, plusieurs routes ont également été coupées, notamment le rond-point de Aabde-Bebine, le pont de Bared dans la localité de Mhamara, ce qui a isolé le Akkar, rapporte notre correspondant dans la région Michel Hallak. Des manifestants ont également coupé la circulation au niveau de la route de Denniyé en mettant le feu à des ordures. Les autoroutes de Chekka, Palma, Beddaoui ont également été bloqués dans les deux sens. "Nous en avons marre de vous", a lancé un manifestant à Tripoli, accusant la classe politique de "criminalité" et de "corruption". Le président du syndicat des chauffeurs de bus, Chadi el-Sayyed, a appelé les partis libanais à "se réunir immédiatement " pour venir en aide "au Liban, aux travailleurs, aux pauvres et aux employés", déplorant le fait que leurs salaires se soient effondrés du fait de la dépréciation de la monnaie nationale. Il a également confié à L'Orient-Le Jour que la mobilisation du syndicat se poursuivra jusqu'à ce que "leurs revendications soient exécutées". 

Les routes de Dahr el-Baydar, Tarchich, Ferzel, ainsi que l'entrée sud de Baalbeck ont également été bloquées, rapporte notre correspondante dans la région Sarah Abdallah. La route de Doris-Baalbeck a également bloquée dans les deux sens à l'aide de pneus. 

L'entrée Doris-Baalbeck bloquée à l'aide de pneus par des chauffeurs routiers, le 13 janvier 2022. Photo fournie par notre correspondante Sarah Abdallah

Participation timide
"Aujourd'hui, c'est le début de la colère", a confié le président du syndicat des transporteurs routiers, Bassam Tleiss à la radio "Voix du Liban", assurant que celui-ci prendra d'autres mesures par la suite, sans préciser leur nature. Cette mobilisation est "contre le gouvernement qui n'a pas tenu ses promesses de soutenir le secteur des transports routiers", a lancé M. Tleiss, proche de Nabih Berry.

"Nous espérons que ce qui s'est passé est un message au gouvernement, car en ce qui nous concerne, nous avons un accord pour soutenir le secteur des transports qui est pour nous sacré, a déclaré M. Tleiss lors d'une conférence de presse à 15h. Ce qui a été décidé à la table du Premier ministre Nagib Mikati est sacré et on ne peut faire de retour en arrière". "Augmenter les tarifs de transport, usera les citoyens et le secteur, a-t-il ajouté. Notre bataille se poursuit avec le gouvernement, pour mettre en œuvre l'accord , et s'il doit être amendé, qu'il le soit conformément aux nouveaux tarifs" .

Le président de la Confédération générale des travailleurs libanais (CGTL), Béchara Asmar, lui aussi considéré comme proche du pouvoir, a pour sa part salué "la grande participation à la grève à travers le territoire libanais", appelant le reste des citoyens à descendre dans la rue afin de protester contre les chambres noires qui font hausser le taux de change du dollar", rapporte la chaîne locale MTV. Mais de manière générale, sur le terrain, la participation restait timide.

Lire aussi

Mardi noir : prix des carburants en hausse, dépréciation record de la livre, pain en rupture de stock, colère dans la rue

Cette journée de colère intervient au moment où la livre libanaise connaît des records de dépréciation, frôlant les 34.000 LL contre le dollar il y a quelques jours, sans que les autorités ne fassent rien pour freiner son effondrement. La chute vertigineuse de la monnaie nationale a considérablement amoindri le pouvoir d'achat des Libanais et fait flamber les prix dans le pays, la facture de nombreux produits étant totalement ou partiellement payée en dollars.

Le président Michel Aoun et le ministre de l'Intérieur Bassam Maoulaoui se sont réunis jeudi après-midi à Baabda et ont examiné les mouvements de protestation qui ont eu lieu plus tôt dans la journée."La situation sécuritaire est sous contrôle et les services de sécurité accompagnent les contestataires, a déclaré M. Maoulaoui. La coopération entre les différents services était bonne", a-t-il ajouté.

Hausse des prix des carburants
Dans ce contexte de crise, et pour la deuxième fois en une semaine, les prix des carburants ont enregistré une nouvelle hausse. Selon le dernier barème publié jeudi matin par le ministère de l'Energie, les 20 litres d'essence à 95 octane, qui coûtaient 374.800 LL, se vendent dorénavant à 377.800 livres, soit une hausse de 3.000 LL. Le prix du bidon d'essence à 98 octane a augmenté de 3.000 livres aussi, passant de 387.600 LL à 390.600 LL. Les 20 litres de diesel (utilisé pour les véhicules, et non celui consommé par les générateurs électriques, qui est lui facturé en dollars) qui coûtaient 393.400 LL, se vendent dorénavant à 410.000 livres, après une majoration de 16.600 LL. Quant à la bonbonne de gaz, elle se vend dès aujourd'hui à 359.500 LL contre 345.500 livres mardi, soit une hausse de 14.000 LL. 

Cette nouvelle hausse des prix complique encore plus la donne pour les Libanais dont 74% vivent désormais sous le seuil de pauvreté selon des chiffres des Nations unies, alors que le salaire minimum est toujours plafonné à 675.000 LL.


Dépréciation de la livre libanaise, hyperinflation, détérioration des conditions de vie et de travail, classe politique "corrompue et criminelle" : des chauffeurs routiers ont manifesté jeudi matin à travers le territoire, répondant à l'appel  à une "journée de colère" lancé par le syndicat de transporteurs routiers afin de faire pression sur les autorités dans un pays en plein...

commentaires (5)

Ce que le Hezbollah et Amal veulent le désordre figli di buona donna

Eleni Caridopoulou

20 h 04, le 13 janvier 2022

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Commentaires (5)

  • Ce que le Hezbollah et Amal veulent le désordre figli di buona donna

    Eleni Caridopoulou

    20 h 04, le 13 janvier 2022

  • La révolution ne viendra ni de la diaspora ni des intellectuels, elle viendra de la rue; alors yalla, prenez votre destin en main.

    PPZZ58

    15 h 45, le 13 janvier 2022

  • Mais pourquoi vous et pas nous, simples citoyens. Nous allons tous crever comme vous. Telle est la volonté du Hezbollah et de ses alliés tels que le CPL ou Talal Arslane etc… Vive le régime fort sans oublier le gendre encore plus fort

    Choqué par Censure OLJ

    13 h 57, le 13 janvier 2022

  • Un fiasco total pour des contestataires marionnettes qui appartiennent aux dirigeants.

    Antoine Sabbagha

    13 h 46, le 13 janvier 2022

  • Et comme par hasard tous les pilleurs fossoyeurs ses seront réveiller pour faire la lumière sur le hold-up du siècle prétendant la vertu et la blancheur de leurs leaders alors que les libanais savent que c’est uniquement pour gagner des voix ou empêcher les élections. Ils misent sur la naïveté du peuple mais ça c’était avant. Le peuple s’est bouché les oreilles depuis des mois pour se faire leur propre opinion concernant ces malotrus qui ne manquent pas d’air ni de subterfuges pour redorer leur blason mais manquent certainement de conscience et de patriotisme pour le plus grand désarroi des libanais qui ne savent plus faire pour échapper à cette nébuleuse mafieuse qui les tient en otage.

    Sissi zayyat

    11 h 01, le 13 janvier 2022

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