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Petite phrase, effet tsunami...

C’est bien vrai que dans ce pays cher à nos cœurs qu’est la France, il n’en faut pas beaucoup pour susciter des controverses passionnées sur l’arène politique, les plateaux des radios et télévisions, les colonnes des journaux et même dans la rue. On peut parfaitement y voir le produit d’une longue tradition démocratique, un signe de vigilance intellectuelle, de disposition naturelle à l’argumentation, même quand c’est la baisse de qualité de la baguette nationale qui se trouve, à l’occasion, débattue.


Ce n’était pas rien, cependant, cette triviale déclaration de guerre faite jeudi par Emmanuel Macron aux réfractaires au vaccin. Elle a vite fait de rejoindre d’ailleurs le recueil des saillies célèbres, royales, présidentielles ou autres, soigneusement répertoriées dans la mémoire collective des Français. Comme par hasard l’a suivie, sur-le-champ, le grand nettoyage des quartiers peu sûrs que s’engage à entreprendre, kärcher en main, la candidate de la droite à l’élection présidentielle, Valérie Pécresse.


Mais revenons à la vedette incontestée du moment, à ce gros mot lâché par le président, qui persistait et signait hier, sans trop faire cas des critiques que lui a values sa verve. Il faut tout de même reconnaître qu’à force d’en user et en abuser, le mot emmerder a rétréci comme peau de chagrin. Car si tout vocable scatologique reste évidemment impropre dans la bouche d’un chef d’État, ce verbe est depuis longtemps entré au dictionnaire pour désormais signifier embêter, tanner, harceler, harasser, raser : tous désagréments promis aux réfractaires au vaccin contre le Covid, qui seront interdits de restaurant, de café, de théâtre, de ciné et autres lieux de loisir.


Sévèrement tancé pour son écart de langage, Macron est fort toutefois de l’urgence de la situation sanitaire et du soutien de la loi, puisque l’Assemblée a adopté en première lecture l’institution du passe vaccinal ; il a surtout, pour lui, le simple bon sens. La contagion a atteint en effet un niveau record en France, les hôpitaux menacent d’être débordés, le personnel soignant est au bord de la fronde et les blocs de réanimation sont engorgés de malades dont la majorité se trouve formée de personnes non vaccinées, ce qui contraint de nombreux autres patients à prendre leur mal en patience. Face à tout cela, le président avait beau jeu d’écarter, fût-ce cavalièrement, l’argument de la liberté individuelle brandi par les antivax. Et cela d’autant qu’entre autres et considérables ravages, le maudit virus a profondément bouleversé les sociétés les plus traditionnellement libérales en rendant impératifs confinements, couvre-feux, tests et autres restrictions à la liberté de choisir…


Davantage peut-être que sa détermination à emmerder les antivax, ce qui ne passe pas très bien dans les propos d’Emmanuel Macron c’est finalement leur évidente connotation et destination électorales. Plus que le mot qui a fait scandale, c’est l’envie de passer à l’acte qui sonne comme un édit royal ou, pire encore, un caprice d’enfant gâté ; c’est d’ailleurs la même envie qu’il formule à nouveau, dès lors qu’on lui demande s’il compte briguer un second bail au palais de l’Élysée. Sécurité sanitaire ici ; et en face sécurité tout court, dans les cités échappant au contrôle de la force publique : voilà déclinés à quelques heures d’intervalle deux thèmes de campagne majeurs, rivaux, et vraisemblablement voués à marquer la prochaine élection présidentielle.


Il est abusif de comparer Emmanuel Macron à Donald Trump comme s’y sont complus nombre de ses critiques, sur place comme à l’étranger. Le Français a encore beaucoup à faire avant d’en arriver là ; et si cela peut revêtir pour lui la moindre importance, ce ne sont pas les Libanais qui vont lui faire reproche d’une verdeur de langage seyant mal à un homme d’État.


Sur ce plan ils ont été amplement servis. Ils sont blindés, les Libanais.

Issa GORAIEB

[email protected]


C’est bien vrai que dans ce pays cher à nos cœurs qu’est la France, il n’en faut pas beaucoup pour susciter des controverses passionnées sur l’arène politique, les plateaux des radios et télévisions, les colonnes des journaux et même dans la rue. On peut parfaitement y voir le produit d’une longue tradition démocratique, un signe de vigilance intellectuelle, de disposition...