Saleh Bakri et Nadine Labaki, le couple star du film « Costa Brava » de Mounia Akl. Photo DR
Tourné dans des conditions difficiles (pandémie de Covid-19 puis explosions du 4 août), le film Costa Brava signé par Mounia Akl a finalement vu le jour. Il a fait le tour des festivals avant d’être choisi par le Liban pour concourir aux Oscars dans la section « Meilleur film étranger ». Son périple a commencé par le Festival de Venise où il a été sélectionné dans la section « Orizzonti Extra » pour poursuivre son parcours dans d’autres festivals internationaux où il a glané certains prix notamment à Toronto où il a reçu le prix Netpac et le prix du public au Festival de Londres. Aujourd’hui, il effectue une escale d’une semaine seulement à Beyrouth (Grand Cinemas ABC Verdun) avant de poursuivre sa tournée mondiale.
Film en demi-teinte, aigre-doux, coproduit à l’échelle internationale en 2021 et réalisé par Mounia Akl sur un scénario de Akl et de Clara Roquet, Costa Brava met en vedette Nadine Labaki, Saleh Bakri, Nadia Charbel, les sœurs Ceana et Geana Restom, ainsi que Liliane Chacar Khoury, Youmna Marwan et François Nour. C’est un film témoin d’une époque où le Liban a sombré moralement dans les méfaits de la corruption et physiquement dans les crises des déchets répétitives qui traduisent une certaine déliquescence dans les structures étatiques et sociales. Il est le miroir d’une société libanaise contemporaine en plein bouleversement, tiraillée par les circonstances pour le moins contradictoires.
La famille Badri, composée d’un père (interprété par Saleh Bakri), d’une mère (Nadine Labaki), de deux fillettes et de la grand-mère, choisit de fuir la pollution écrasante de la ville ainsi que le malaise social qui plane. Ils optent donc pour l’autosuffisance, afin d’être libres de toute contrainte étatique et de créer leurs propres structures vitales (eau, électricité…). Tout semble tranquille et calme pour les Badri, loin des odeurs nocives et putrides de Beyrouth. Jusqu’au jour où cet équilibre qu’ils semblent avoir créé d’un commun accord bascule. Le gouvernement décide d’installer un dépotoir d’ordures dans le terrain avoisinant à leur nouveau domicile. C’est alors que le feu qui couvait sous les cendres va se rallumer. Les fissures au sein de la famille qui semblaient être refermées redeviennent béantes, créant des tensions nouvelles. Les Badri se voient confrontés à un choix difficile : doivent-ils abandonner le microcosme de quiétude qu’ils se sont construits ou résister et défendre leurs convictions ? La fuite est-elle la solution au problème ? À l’image du pays, la vie de cette famille n’était pas un long fleuve tranquille.
Pour son premier long-métrage, Mounia Akl a su traduire grâce à la photo de Joe Saadé et à la subtile interprétation de deux stars, Saleh Bakri et Nadine Labaki, un drame qui va crescendo, dans une atmosphère de huis clos à la fois lourde et étouffante. Dans ce sujet métaphore, elle superpose le micro et le macro pour évoquer les conflits intimes des familles libanaises qui se noient dans le climat malsain d’un pays.



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