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Économie - Focus

Circulaire n° 151 : décryptage des raisons et conséquences du relèvement du taux à 8 000 LL/lollar

De nombreux commentateurs ont fait part de leurs craintes de voir le taux dollar/livre, en hausse depuis plusieurs semaines, s’envoler vers des sommets toujours plus affolants dans la foulée de la publication de cette circulaire.

Circulaire n° 151 : décryptage des raisons et conséquences du relèvement du taux à 8 000 LL/lollar

Photo João Sousa.

Prenant une nouvelle fois tout le monde de court, la Banque du Liban (BDL) a décidé jeudi de modifier le taux de retrait des « dollars bancaires », appelés « dollars libanais » ou « lollars » dans le débat public.

La nouvelle circulaire (intermédiaire n° 601) permet désormais aux déposants, dont les comptes en devise sont frappés par des restrictions unilatéralement mises en place par les banques depuis 2019, d’en retirer une partie chaque mois au taux de 8 000 livres libanaises pour un dollar au lieu de 3 900 livres jusqu’à présent. La BDL a également fixé à 3 000 dollars par mois le plafond de retrait autorisé à ces conditions, une modalité que les banques pouvaient librement fixer jusqu’ici.

Entrant en vigueur dès sa publication, la nouvelle circulaire remplace et annule la circulaire intermédiaire n° 596 du 29 septembre 2021 qui prévoyait de prolonger jusqu’au 31 janvier 2022 le mécanisme initialement mis en place par la circulaire principale n° 151 du 21 avril 2020. C’est la 4e fois que la BDL prolonge la durée de ce dispositif, devenu partie intégrante d’un paysage bancaire libanais en crise de confiance et de liquidités en devise depuis plus de deux ans. Pour ne citer que ces deux dimensions de la crise.

Communiqué de la BDL

La circulaire n° 601 sera ainsi valable jusqu’au 30 juin 2022 selon la BDL, qui a en prime publié un bref communiqué dans lequel elle justifie sa décision. Elle y explique avoir pris cette mesure « en attendant qu’un plan du gouvernement tenant compte des demandes du Fonds monétaire international (FMI) (…) et qui permette d’unifier les taux de change » soit élaboré, en vue d’entamer le redressement économique du pays et le rétablissement de la confiance dans son système financier. La banque centrale juge également que sa mesure va permettre de limiter la décote subie par les déposants, à un moment où le taux dollar/livre atteint près de 25 000 livres pour un dollar sur le marché parallèle.

Contacté, l’expert financier Nicolas Chikhani considère que la BDL a adopté cette mesure pour « donner de l’oxygène » aux agents économiques qui, face à la dépréciation de la livre et au maintien des restrictions bancaires, « ne parviennent plus à subvenir à leurs besoins ». Il ajoute que « la trop grande différence » existant entre le taux de la circulaire n° 151 d’un côté, celui du marché parallèle ou celui de la plateforme Sayrafa, de l’autre, a également dû peser dans la balance. Lancée par la BDL, cette dernière est une plateforme où sont en principe enregistrées les opérations de change réalisées via les agents agréés, les banques et la société de transfert d’argent OMT. Son taux, mis à jour chaque soir, était jeudi soir de 20 500 livres pour un dollar.

Le directeur du département de recherche de Byblos Bank Nassib Ghobril pense pour sa part que la BDL a modifié la circulaire n° 151 un mois et demi avant l’échéance prévue pour couper l’herbe sous le pied à une classe politique pouvant être tentée de revendiquer une hausse du taux de retrait pour des motifs « populistes » à l’approche des élections législatives qui devraient se dérouler au printemps. De fait, la décision de la BDL de relever ce taux surprend d’autant plus que celle-ci n’avait pas donné suite à une demande dans ce sens formulée en septembre par la commission parlementaire des Finances et du Budget. Cette instance, présidée par le député Ibrahim Kanaan, avait plus précisément demandé à la BDL d’étudier la question pour voir si ce relèvement était faisable, au regard de son impact potentiel sur l’augmentation de la masse monétaire, l’inflation et le taux dollar/livre sur le marché des changes. Contacté dans l’heure qui a suivi la publication du texte, Ibrahim Kanaan s’est dit « surpris » par la décision.

Impact sur le taux

Dans le débat public, de nombreux commentateurs ont fait part de leurs craintes de voir le taux dollar/livre, en hausse depuis plusieurs semaines, s’envoler vers des sommets toujours plus affolants dans la foulée de la publication de la circulaire. Certains d’entre eux ont rapporté que des agents avaient cessé de vendre des dollars jeudi, sans en spécifier les raisons. D’autres commentateurs se sont demandé comment les différents acteurs qui ont choisi de calculer leurs prix en tenant compte du taux de 3 900 livres pour un dollar (comme les universités) vont réagir à cette nouvelle donne.

Pour Nicolas Chikhani, « ce qui a changé depuis le début de la crise, c’est que le marché est devenu très réactif, qu’il anticipe les changements et majore le taux en amont pour limiter les risques de ruée sur le dollar ». L’expert financier anticipe ainsi une nouvelle phase de dévaluation sans s’avancer sur son ampleur. De fait, le taux du marché a passé la barre des 25 000 livres pour un dollar après l’annonce de la publication de la circulaire, qui a pourtant été publiée après l’horaire de fermeture des agences bancaires.

Nassib Ghobril écarte pour sa part le risque d’un décrochage trop important de la livre à court terme en mettant en avant le plafond de 3 000 dollars par mois fixé par la circulaire, celui-ci étant, selon lui, censé compenser l’impact de la hausse du taux de retrait sur la masse monétaire en circulation. En effet, l’agrégat M1, qui inclut les billets et pièces en livre en circulation ainsi que les comptes en livre à vue, a atteint 53 323 milliards de livres à fin septembre (selon les derniers chiffres disponibles), en hausse de 356,06 % (selon nos calculs) par rapport à la même période en 2019. Mais il n’a pas écarté l’éventualité que certains commerçants puissent augmenter leurs prix, en réaction à la circulaire de la BDL. Le taux d’inflation annuelle est d’ailleurs depuis plus d’un an à trois chiffres, et culminait à 173,57 % à fin octobre selon l’Administration centrale de la statistique (ACS).

Une des inconnues qui risquent cependant de rendre les déposants fébriles concerne d’ailleurs la façon dont les banques réagiront à la fixation de ce plafond. En effet, depuis que la BDL a commencé à resserrer cette année les modalités auxquelles les banques peuvent se fournir en liquidités en ponctionnant leurs propres comptes à vue enregistrés à la banque centrale, ces dernières ont diminué les plafonds de retrait en livre et ceux de conversion de « lollars », poussant de nombreux acteurs – particuliers et entreprises – à se ruer chez les changeurs pour convertir une partie des dollars frais qu’ils avaient mis de côté.

Pour rappel, les « dollars libanais » coexistent avec les « dollars frais », qui correspondent à ceux déposés en espèces ou transférés depuis l’étranger sur des comptes spécifiques après le début de la mise en place des restrictions. La disponibilité des dollars frais est en principe garantie par la circulaire n° 150 du 9 avril 2020. La parité officielle de 1 507,5 livres est encore maintenue pour un nombre très restreint d’opérations. Enfin, le dispositif de la circulaire n° 151 n’est pas le seul ouvert par la BDL pour permettre aux déposants de retirer une partie de leurs devises bloquées dans les banques. La circulaire n° 158, adoptée en juin et entrée en vigueur au cours de l’été, autorise en effet des retraits mensuels de 400 dollars frais et l’équivalent au taux de 12 000 livres pour un dollar, suivant évidemment certaines conditions.

Ces dispositifs (n° 151 et 158) sont présentés comme des moyens pour les Libanais lésés de limiter l’impact de la dépréciation sur leur pouvoir d’achat. Les détracteurs de la BDL considèrent qu’ils représentent surtout un moyen détourné pour les banques, en l’absence de contrôle formel des capitaux, de « lirifier » de force les dépôts en dollars soumis aux restrictions bancaire et ainsi liquider le maximum d’engagements en devise des banques, les pertes liées à la dépréciation étant alors inscrites au bilan de la BDL.

Contexte de la 151

Qu’il s’agisse ou non d’une coïncidence, la BDL a publié cette nouvelle circulaire alors qu’une délégation du FMI, que le Liban a commencé à démarcher en 2020 pour obtenir une assistance financière, est justement en visite à Beyrouth cette semaine. Sa publication interpelle d’autant plus qu’elle survient alors qu’une mouture très contestée d’une proposition de loi instaurant un contrôle des capitaux a été catégoriquement rejetée lundi par les commissions mixtes, deux jours après avoir été déposée par le député Nicolas Nahas.

Or ce dernier avait participé aux discussions entre le Premier ministre, Nagib Mikati, et les membres de l’équipe chargée de discuter avec le FMI, parmi lesquels figurent le gouverneur de la BDL, Riad Salamé, et un ancien cadre de l’institution, Youssef Khalil, nommé ministre des Finances par Nagib Mikati. Les discussions avaient porté sur les étapes préliminaires que le Liban devait franchir avant d’entamer les négociations à proprement parler, à savoir le chiffrage des pertes du pays et l’approche pour les répartir entre l’État, les banques et la BDL. Ces dernières accusent l’État d’avoir aggravé la situation déjà fragile dans laquelle le pays se trouvait en faisant défaut sur les eurobonds (titres de dette en devise) en mars 2020.

L’intervention de la BDL sur le taux de retrait des dollars bancaires n’est enfin pas sans rappeler le contexte dans lequel la circulaire n° 151 avait été adoptée. La livre, déjà en baisse, affichait un taux de 3 000 livres sur le marché des changes. Ce taux approximatif avait été utilisé par le gouvernement de Hassane Diab et le cabinet Lazard pour chiffrer les pertes du pays. Mais suite à la publication de la circulaire n° 151, le taux avait commencé à dévisser au-delà des niveaux affichés jusque-là. La conjonction de ces deux événements avait alors poussé Hassane Diab à reprocher à Riad Salamé de ne pas avoir « coordonné avec l’exécutif », l’accusant ainsi d’avoir manipulé les taux pour fausser le travail du gouvernement. 


Prenant une nouvelle fois tout le monde de court, la Banque du Liban (BDL) a décidé jeudi de modifier le taux de retrait des « dollars bancaires », appelés « dollars libanais » ou « lollars » dans le débat public.La nouvelle circulaire (intermédiaire n° 601) permet désormais aux déposants, dont les comptes en devise sont frappés par des restrictions unilatéralement mises en place...

commentaires (3)

Que peut on espérer d’un pays qui a confié ses finances à un joueur de dés avec l’argent du peuple pour s’enrichir personnellement après avoir arrosé toute la mafia qui lui a ordonné de les servir et de se servir après eux simulant des tractations financières foireuses qui fait perdre des centaines de milliards à leur pays? Ils ne tarissent pas d’ingéniosités crapuleuses pour garder leur mains sur le pactole et continuent de dépouiller le peuple de l’argent qu’il a caché sous son matelas ou celui qu’il reçoit de la diaspora en faisant croire à tout le monde qu’ils se soucient du bien être de la population qui elle applaudit à chacune de leurs décision pour mieux les ruiner. Salame que certains font croire qu’ils veulent sa peau continue de gouverner la banque centrale, cette banque qu’il a pris pour son compte personnel et personne ne trouve à redire sauf du bout des lèvres, de peur que leur demande ne soit enfin entendu et qu’on découvre que ceux là mêmes qui s’époumonent pour le remplacer sont les premiers acteurs du hold up qu’il a organisé. Le pot aux roses sera découvert et cela n’épargnera aucun de ces voleurs toujours au pouvoir. Alors on continue de faire semblant et on encaisse ses décisions qui sont des ordres venus de la caste politique toujours aussi folkloriques les unes que les autres sans broncher mais avec leur bénédiction de tous. Ils ne vont pas nous faire croire que Salame employé par l’état est difficile à licencier, personne ne croit à cette hérésie.

Sissi zayyat

11 h 33, le 10 décembre 2021

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Commentaires (3)

  • Que peut on espérer d’un pays qui a confié ses finances à un joueur de dés avec l’argent du peuple pour s’enrichir personnellement après avoir arrosé toute la mafia qui lui a ordonné de les servir et de se servir après eux simulant des tractations financières foireuses qui fait perdre des centaines de milliards à leur pays? Ils ne tarissent pas d’ingéniosités crapuleuses pour garder leur mains sur le pactole et continuent de dépouiller le peuple de l’argent qu’il a caché sous son matelas ou celui qu’il reçoit de la diaspora en faisant croire à tout le monde qu’ils se soucient du bien être de la population qui elle applaudit à chacune de leurs décision pour mieux les ruiner. Salame que certains font croire qu’ils veulent sa peau continue de gouverner la banque centrale, cette banque qu’il a pris pour son compte personnel et personne ne trouve à redire sauf du bout des lèvres, de peur que leur demande ne soit enfin entendu et qu’on découvre que ceux là mêmes qui s’époumonent pour le remplacer sont les premiers acteurs du hold up qu’il a organisé. Le pot aux roses sera découvert et cela n’épargnera aucun de ces voleurs toujours au pouvoir. Alors on continue de faire semblant et on encaisse ses décisions qui sont des ordres venus de la caste politique toujours aussi folkloriques les unes que les autres sans broncher mais avec leur bénédiction de tous. Ils ne vont pas nous faire croire que Salame employé par l’état est difficile à licencier, personne ne croit à cette hérésie.

    Sissi zayyat

    11 h 33, le 10 décembre 2021

  • LES VOLEURS TOUJOURS AU TRAVAIL POUR DEVALISER COMPLETEMENT LES ECONOMIES DES GENS PAR DES STRATAGEMES MAFIEUX. LE LOLLARD DEVRAIT ETRE DOLLAR ET AU COURS DU MARCHE. LA DIFFERENCE ENTRE 25000.- ET 8000.- C,EST LE VOL DES ECONOMIES DES GENS. VOLEURS, MAFIEUX, COSA NOSTRA, ALIS BABAS C,EST PEU POUR VOUS DECRIRE.

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

    11 h 08, le 10 décembre 2021

  • Non!la BDL ou Riad Salame,ne trouvant plus des moutons qui vendent leur $ a 3900 livres,veulent des brebis qui le vendent a 8000! Il y en a qui sont contents, au lieu de 15 pr cent ils retrouvent leur économies a 30 pour cent!

    Nassar Jamal

    07 h 07, le 10 décembre 2021

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