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Nos lecteurs ont la parole

Le peuple libanais est-il « vraiment » victime de la classe corrompue ?

Le peuple libanais est-il « vraiment » victime de la classe corrompue ?

Photo Marc Fayad

Ô peuple du Liban...

Je m’adresse à vous avec ces paroles que vous avez entendues de la part de beaucoup de ceux qui ont détourné l’espoir de ce peuple dans le but de prendre leurs places comme dirigeants politiques.

Depuis le 17 octobre 2019, les voix condamnant cette classe politique corrompue s’élèvent avec de multiples slogans « Kelloun... », « Badna n7essib », « Falyaskot 7ekm el-azaar »... Mais à quoi bon ces slogans s’ils restent des mots résonnant dans les rues sans avoir de réelle profondeur dans l’esprit des révolutionnaires, à quoi bon les dire alors qu’on exclut un des politiciens sous le prétexte qu’il n’est pas comme les autres soit par peur, soit à cause de l’attachement confessionnel aveugle résultant de ce que ces chefs politiques ont planté en nous de haine pour l’autre, faisant de la différence un désaccord et une malédiction pour servir leur agenda politique au lieu d’une bénédiction pour construire un pays harmonieux en bénéficiant des différences.

Dans ce cas, peut-on dire que le peuple libanais est victime de la classe corrompue, ou que le peuple se fait victime alors qu’il est conscient de ce qu’il fait ? Par conséquent, en tant qu’activiste et journaliste, je voudrais vous demander, avec l’approche des élections législatives ayant lieu dans quelques mois, n’est-il pas temps de changer le destin de notre pays en changeant le choix des représentants de la nation, dont les visages n’ont pas changé depuis 45 ans sans faire aucun progrès significatif ?

Le Liban connaît des crises qui n’ont pas beaucoup varié au cours des âges, mais la détresse économique, financière, vitale et sociale que nous vivons aujourd’hui n’a pas eu de similaire, même pendant les guerres sanglantes.

Le Liban se noie, son peuple meurt de faim ou aux portes des hôpitaux, ses enfants ne mangent pas, ses adultes sont sans aucune sécurité sociale qui leur garantisse une vie décente après avoir servi leur pays. Ses jeunes sont privés de rêver dans un pays où rêver est devenu un luxe qui n’est permis qu’à quelques-uns, leur éducation est en jeu, et s’ils ont des diplômes, ils n’ont pas d’emploi.

Le pays produit des jeunes avec un avenir prometteur pour les exporter à l’étranger. Mais qui subit amèrement les conséquences ? Ce sont sûrement les parents : ils élèvent leurs enfant, peinent toute leur vie et leur progéniture finit par voyager à l’étranger, pendant qu’ils vivent avec le chagrin, attendant les vacances, espérant que leurs enfants viennent leur rendre visite pour quelques jours si les conditions le permettent. Quant à la pauvreté et les enfants dans les rues, c’est devenu une réalité...

Mais pour qui ? Pour qui souffre-t-on durement et vit-on dans le chagrin, la détresse et la peur du lendemain, s’il y a un lendemain ? Pour qui ?

Pour un chef politique ? Eh bien, peut-être certains diront « fida flén », mais ces mots ne suffisent plus à justifier ni ignorance ni paresse à affronter la réalité et à se dresser contre l’humiliation.

La pauvreté au Liban a considérablement augmenté au cours de l’année écoulée, affectant désormais environ 74 % de la population totale. Et en tenant compte de dimensions autres que le revenu, telles que l’accès à la santé, à l’éducation et aux services publics, le taux s’élève à 82 % de la population qui vit dans une pauvreté multidimensionnelle, frappant la classe moyenne à ses racines. Selon les mises à jour de l’Escwa, le taux de pauvreté multidimensionnelle au Liban a presque doublé, passant de 42 % en 2019 à 82 % en 2021.

Cette pauvreté n’est pas venue du néant, elle est le résultat de la détérioration des composants fondamentaux de la vie, comme le confirme ces chiffres choquants. En un an, les prix de l’électricité, du gaz et d’autres combustibles ont augmenté de 87 %, et les prix des aliments et des boissons de 208 %. De même, les prix des transports, de la santé et de l’éducation se sont également amplifiés.

Et selon le Programme alimentaire mondial (PAM), l’inflation alimentaire a augmenté jusqu’à 557 % au Liban depuis octobre 2019 : nous parlons d’une personne ou d’une famille sur cinq qui lutte pour mettre de la nourriture sur la table. De nombreux parents choisissent régulièrement de sauter des repas pour nourrir leurs enfants, tandis que certaines comptent sur la bonne volonté des boulangeries voisines pour leur envoyer du pain gratuitement de temps en temps afin de faire face à la crise.

En termes de composition démographique, plus de 90 % des Libanais détenteurs d’autres nationalités ont migré. Le Liban est ainsi témoin de la troisième vague de migration majeure, considérée la plus grande en comparaison avec la première connue pendant la Première Guerre mondiale et la deuxième pendant la guerre civile libanaise.

Sur le plan économique, il n’y a pas d’économie pour en parler, depuis la crise qui a frappé le Liban fin 2019, la livre libanaise a perdu environ 90 % de sa valeur. Des milliers d’institutions et petites entreprises ont fermé leurs portes, laissant des milliers de Libanais au chômage.

Voulez-vous que je continue de parler encore plus des malheurs qui ne se terminent pas ? Qui est responsable de ce que nous vivons aujourd’hui ? Moi ? Vous ? Peut-être que cette classe politique corrompue est dénuée de conscience et de sentiments, mais qu’en est-il de vous, de nous ? Êtes-vous dans un coma profond dans lequel vous ne ressentez pas les tragédies que vous vivez au quotidien, ou vous avez perdu votre dignité et vous avez accepté de vous adapter à la situation et de garder le silence face à l’humiliation que les politiciens vous obligent à vivre ?

Le Liban est devenu une grande prison, ceux qui ont les moyens s’enfuient, et ceux qui ne peuvent pa restent ici et se noient.

Mais la grande question reste : est-ce que ce que vous vivez aujourd’hui correspond aux promesses fictives qu’ils ont faites lors des élections de 2018, souvenez-vous lorsqu’ils ont rempli les rues de grandes banderoles avec de larges slogans pour exhorter les masses à les élire de nouveau en les manipulant et les persuadant qu’ils sont le bon choix de représentants, en achetant la conscience de beaucoup avec quelques dollars ou avec un peu d’asphalte devant les maisons, ou en trouvant un emploi pour certains au chômage ou en achetant des voix avec quelque 10 000 livres libanaises dans des quartiers dévastés par la pauvreté et la misère. Nous ne devons pas accepter de vivre dans ces conditions ni d’avoir besoin de la pitié de certains hommes de guerre et de sang, mais nous devons vivre dans la dignité sans tendre la main à qui que ce soit.Les représentants, les ministres et les politiciens sont des employés chez nous et non pas l’inverse. Ils doivent toujours nous servir et servir le Liban, et non pas seulement pendant les campagnes électorales injustes, déformées et corrompues.

Cette conscience qu’ils ont achetée et cette voix dans les urnes électorales n’est pas un vote supplémentaire, mais la cause de l’enfer que nous vivons aujourd’hui, après avoir promulgué une loi électorale qui correspond à leur taille et confirme leur réélection.

Ne vous plaignez pas après avoir été la raison de ce que vous vivez. Votre choix est tout ce que vous possédez aujourd’hui si vous n’avez pas participé aux élections précédentes. Et si vous faites partie de la raison de la reproduction de cette classe corrompue, ne croyez-vous pas qu’ils sont inaptes à vous représenter et qu’ils ne représentent que leurs intérêts à vos dépens, aux dépens de votre famille, de vos enfants, et de l’avenir de votre pays ?

Il est temps pour vous de vous réveiller de ce coma, il est temps d’améliorer votre choix et de changer votre orientation électorale, afin qu’elle ne vise pas à préserver la secte et le chef politique, mais à préserver le Liban et à construire un pays dont les générations futures vont être fières.

Soyez sûrs qu’ils utiliseront leurs stratégies les plus féroces pour vous convaincre ou vous intimider ou vous manipuler afin de vous forcer volontairement ou involontairement à les élire, mais maintenant que vous êtes conscient de ce qui vous attend, n’en soyez plus les victimes. Votre destin et celui du Liban sont entre vos mains.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Ô peuple du Liban...Je m’adresse à vous avec ces paroles que vous avez entendues de la part de beaucoup de ceux qui ont détourné l’espoir de ce peuple dans le but de prendre leurs places comme dirigeants politiques. Depuis le 17 octobre 2019, les voix condamnant cette classe politique corrompue s’élèvent avec de multiples slogans « Kelloun... », « Badna n7essib », « Falyaskot 7ekm el-azaar »... Mais à quoi bon ces slogans s’ils restent des mots résonnant dans les rues sans avoir de réelle profondeur dans l’esprit des révolutionnaires, à quoi bon les dire alors qu’on exclut un des politiciens sous le prétexte qu’il n’est pas comme les autres soit par peur, soit à cause de l’attachement confessionnel aveugle résultant de ce que ces chefs politiques ont planté en nous de...
commentaires (1)

s'il est vrai que les citoyens libanais sont eux aussi responsables de leur decheance , ils ont au moins pour eux une explication super valable, objective et REELLE : les citoyens sont des etres humains, qui ne peuvent / ne doivent pas etre laisses libres de tout faire a leur gre, ILS DOIVENT AVOIR PEUR DE LA LOI. OR, depuis 1988, annee generatrice de notre situation actuelle c'est la loi de la jungle qui sevit. resultante indubitable, irreversible, attendue.

Gaby SIOUFI

15 h 29, le 08 décembre 2021

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Commentaires (1)

  • s'il est vrai que les citoyens libanais sont eux aussi responsables de leur decheance , ils ont au moins pour eux une explication super valable, objective et REELLE : les citoyens sont des etres humains, qui ne peuvent / ne doivent pas etre laisses libres de tout faire a leur gre, ILS DOIVENT AVOIR PEUR DE LA LOI. OR, depuis 1988, annee generatrice de notre situation actuelle c'est la loi de la jungle qui sevit. resultante indubitable, irreversible, attendue.

    Gaby SIOUFI

    15 h 29, le 08 décembre 2021

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