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Lifestyle - Architecture

Trois architectes libanais distingués à l’étranger

Lina Ghotmeh, Salma Samar Damlouji et Karim Nader font des étincelles en marquant des points à l’international.

Trois architectes libanais distingués à l’étranger

Lina Ghotmeh a reçu le prestigieux prix 2020 de la Shelling Architecture Foundation pour son Stone Garden. Photo Lina Ghotmeh

Lina Ghotmeh, étoile montante

Le Covid-19 avait eu raison l’an dernier des cérémonies de remise des récompenses, qui se sont vues reportées à cet automne. C’est donc tout récemment que la Franco-Libanaise Lina Ghotmeh a reçu le prestigieux prix 2020 de la Shelling Architecture Foundation, pour « le beau travail et la bonne maîtrise de son bâtiment Stone Garden » (dixit le jury). À cette occasion, l’architecte a déclaré que cette distinction « renforce l’engagement continu de notre atelier dans la qualité de l’architecture et celle de l’environnement de vie diversifié ». Stone Garden – Resilient Living a également fait l’objet d’une exposition à la 17e Biennale de Venise, dans la section New Households. Le bâtiment, qui a fait la une de nombreuses revues spécialisées, est situé à proximité du port industriel de Beyrouth. « Une masse sculptée, une traduction directe de la réglementation urbaine annonçant ainsi la naissance d’une nouvelle forme architecturale. Sa surface est revêtue d’une matière brute entièrement labourée à la main. De grandes baies se croisent, elles sont traduites par des volumes “éventrés” et deviennent des lieux de vie : d’agréables loggias, balcons “intérieurs”. Par leurs différentes échelles, elles font naître une singularité pour chaque logement et à chacun des niveaux. Les jardins grimpent la hauteur du ciel levantin laissant vivre une architecture qui se veut atemporelle », décrit la lauréate sur son site.

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Lina Ghotmeh consacrée « Femme aux réalisations exceptionnelles »

Après la double explosion du 4 août 2020, Stone Garden, contemporain par sa forme, éternel avec sa peau de terre, a perdu toutes ses fenêtres, mais sa structure de béton antisismique a tenu. Lina Ghotmeh, formée chez Jean Nouvel, a été à bonne école. Parmi les grandes réalisations de l’architecte, le musée national estonien et le musée d’histoire naturelle à Copenhague (Danemark). En cours de construction, les nouveaux Ateliers Cuir Hermès à Louviers, en France, ainsi que le projet Réalimenter Masséna (13e arrondissement) dans le cadre du concours Réinventer Paris lancé par la mairie de la capitale. Il est amusant de relever que les premiers lauréats de la fondation Erich Schelling auront été l’agence autrichienne Coop Himmelb (1992), et Zaha Hadid (1994) à une époque où ils n’avaient pas encore atteint une renommée mondiale. De même, la Japonaise Kazuyo Sejima l’a décroché en 2000, avant de remporter, en 2010, le prix Pritzker (aux côtés de son collègue Ryūe Nishizawa) puis le prix de l’Équerre d’argent pour le Louvre-Lens. On est tenté de faire des prédictions heureuses pour l’avenir de Lina Ghotmeh, « prometteuse des formes de demain »...

Salma Samar Damlouji vient de remporter le Holcim Silver Award pour la région Moyen-Orient-Afrique pour ses travaux au Yémen. Photo DR

L’intrépide Salma Samar Damlouji

Après avoir obtenu successivement Global Award for Sustainable Architecture en 2012 pour son action à Hadramaout (Yémen) et la médaille de la restauration dans le cadre du prix de l’Académie d’architecture en 2015, la Libano-Irakienne Salma Samar Damlouji décroche cette fois les Holcim Silver Awards 2020 pour la région Moyen-Orient-Afrique. Ce concours, le plus important au monde en matière de construction durable, récompense des projets architecturaux audacieux et novateurs. C’est le cas des travaux de reconstruction postguerre que l’architecte Damlouji a menés au Yémen, où, depuis 2015, une guerre civile a entraîné des dégâts majeurs dans tout le pays. Le patrimoine architectural a été touché par ce conflit et plusieurs sites importants ont été gravement endommagés et, dans certains cas, presque entièrement détruits.

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Un prix britannique récompense un projet lié au 4 août 2020

Déterminée à ressusciter des monuments culturels yéménites, l’architecte Salma Samar Damlouji, professeure à la chaire Binladen d’architecture islamique de l’Université américaine de Beyrouth et fondatrice de Daw’an Mud Brick Architecture Foundation (Hadramaout Architecture en briques de terre), a mené des travaux de restauration dans cette région. À savoir, trois sanctuaires soufis et deux mosquées, ainsi que le dôme d’al-Habib Abu Bakr à Shihr, qui date d’avant l’an 800 de l’Hégire, et le dôme de cheikh Yaacoub de Mukalla (XIIe siècle, 1158/553 de l’Hégire). Les bâtiments ont été restaurés et, dans certains cas, « reconstruits à l’identique selon les méthodes traditionnelles en terre crue. Les matériaux ont été produits localement sur place et à partir de l’environnement immédiat, ce qui élimine la consommation d’énergie du traitement et du transport », indique la lauréate à L’Orient-Le Jour. Le jury des Holcim Silver Awards 2020 a salué « l’ambition de cet objectif de restaurer l’intégrité et les croyances sociales d’une communauté ». Il a estimé que « le projet réaffirme l’importance des formes esthétiques héritées et leur impact durable sur la qualité de l’environnement bâti. Les interventions sont menées avec une grande conscience culturelle et environnementale, faisant preuve d’une approche sensible et respectueuse des lieux riches en histoire ». Salma Samar Damlouji est par ailleurs l’auteure de L’Architecture du Yémen et sa reconstruction, un ouvrage qui propose une enquête approfondie sur l’architecture caractéristique de l’ancien royaume de Saba. Il comprend des dessins, de la documentation et des informations sur les projets de construction et de reconstruction réalisés de 2008 à 2014 sur des sites situés à Hadramaout et Wadi Daw’an, derniers bastions de l’architecture arabe traditionnelle.


Karim Nader, une approche philosophique

L’architecte vient de remporter le Geste d’or 2021, dans la catégorie architecture et recherche pour sa valeur philosophique et pédagogique, pour « son excellente monographie For a Novel Architecture : Ciné-Roman 2000-2020 (aux éditions italiennes Letteraventidue). Association indépendante et transversale des métiers du bâtiment, présente partout en France, Le Geste d’or rassemble maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, entreprises, gestionnaires, chercheurs et usagers. L’aventure de Karim Nader a commencé en Île-de-France il y a quinze ans, avant de se développer sur les cinq continents. Sa pensée coopérative se traduit par des échanges permanents sur l’évolution des métiers et les relations entre concepteurs et praticiens, maîtres d’ouvrage, administrations et territoires. Ce prix lui a été remis le 2 décembre à Paris en présence du président délégué Pascal Payen Appenzeller et des membres du jury.

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Le ciné-roman 2000-2020 de Karim Nader

Karim Nader a publié en 2021 un livre rétrospectif sur ses 20 ans de carrière. Raconté sous forme d’un scénario cinématique, For a Novel Architecture – Ciné-Roman 2000-2020 retrace l’histoire de 32 projets construits et non construits accompagnés d’une série narrative de photographies. Le titre du livre ainsi que sa forme rendent hommage à l’héritage du nouveau roman (novel et nouveau) et développent, en trois chapitres, les idées-clés de sa pensée architecturale et philosophique, ancrée sur l’expérience humaine, vécue, de chaque espace moment après moment. Pour Karim Nader, l’expérience architecturale peut être porteuse d’une émancipation potentielle, avec, à terme, la possibilité pour chacun d’entre nous de devenir le créateur conscient de sa propre vie, en étant l’architecte de sa propre destinée. Travaillant entre Beyrouth et Paris, les réalisations de l’architecte ont toujours été centrées sur la qualité narrative de l’espace et la singularité de chaque réponse créative à chaque situation particulière. Son œuvre bâtie comprend des maisons uniques, comme la villa Kali, à Amchit, ou plus récemment la maison On the Rocks à Faqra et la Glass House de Baakline, au Chouf. Karim Nader est aussi l’auteur de l’actuelle rénovation, très attendue, de l’immeuble de l’Union à la rue Spears, dans le quartier de Sanayeh, ainsi que de La Tour à Caracas et de l’immeuble CMA de la Banque du Liban. Il a également rénové et restauré dix écoles publiques qui avaient été endommagées par la double explosion au port de Beyrouth.

Karim Nader lauréat du Geste d’or. Photo Marwan Harmouche


Lina Ghotmeh, étoile montanteLe Covid-19 avait eu raison l’an dernier des cérémonies de remise des récompenses, qui se sont vues reportées à cet automne. C’est donc tout récemment que la Franco-Libanaise Lina Ghotmeh a reçu le prestigieux prix 2020 de la Shelling Architecture Foundation, pour « le beau travail et la bonne maîtrise de son bâtiment Stone Garden » (dixit...

commentaires (1)

felicitations a tous les trois !!!

Muller Bertrand

06 h 30, le 07 décembre 2021

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • felicitations a tous les trois !!!

    Muller Bertrand

    06 h 30, le 07 décembre 2021

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