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Politique - Crise avec les pays du Golfe

"La Turquie est prête à aider le Liban", affirme Cavusoglu à Beyrouth

Le chef de la diplomatie turque invite le Premier ministre libanais à se rendre à Ankara, sans fixer de date.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu (g), reçu par le président Michel Aoun, le 16 novembre 2021 à Baabda. Photo Dalati et Nohra

Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, à Beyrouth depuis lundi soir, a affirmé, mardi, que son pays était "prêt à aider" le Liban à trouver une solution à la grave crise diplomatique qui l'oppose aux pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, depuis fin octobre. La population libanaise "ne doit pas payer le prix du bras de fer régional", a-t-il affirmé, dans une allusion à la rivalité entre Riyad et Téhéran et les négociations sur le nucléaire iranien.

M. Cavusoglu a reçu, lundi, le ministre de l'Economie, Amine Salam, avec qui il a évoqué le renforcement des liens commerciaux entre les deux pays. Il a entamé sa tournée mardi en se rendant au palais présidentiel de Baabda, où il s'est entretenu avec le chef de l'Etat, Michel Aoun.

"Nous sommes prêts à aider"
"Nous avons discuté avec le président Aoun des moyens de renforcer les liens bilatéraux, et je l'ai félicité pour la formation du gouvernement (en septembre) et la fête de l'Indépendance (le 22 novembre)", a indiqué M. Cavusoglu à la presse à sa sortie de la réunion, ajoutant avoir transmis à M. Aoun un message oral du président Recep Tayyip Erdogan, qui "souhaite le renforcement des liens entre les deux pays".

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"Nous espérons que le Liban pourra surmonter sa crise avec plusieurs pays du Golfe, et nous sommes prêts à apporter notre aide sur ce plan", a encore affirmé M. Cavusoglu. "Nous saluons toute aide que la Turquie peut apporter pour un retour chez eux des Syriens déplacés", a souligné, pour sa part, le président Aoun, qui a plaidé pour un renforcement des liens avec Ankara et une augmentation des exportations libanaises vers la Turquie.

Fin octobre, plusieurs pays du Golfe, en commençant par l'Arabie saoudite, ont annoncé des mesures de rétorsion à l'égard du Liban, notamment le rappel de leurs ambassadeurs à Beyrouth, et l'expulsion de diplomates libanais, à la suite des propos polémiques du ministre libanais Georges Cordahi, dans lesquels il critiquait la guerre au Yémen et l'implication de Riyad dans ce conflit, et exprimait son soutien aux rebelles houthis, soutenus par l'Iran. M. Cordahi avait tenu ces propos avant d'être nommé au gouvernement. L'Arabie saoudite a parallèlement cessé toutes ses importations en provenance du Liban, tandis que le Koweït envisage de durcir l'octroi de visas aux Libanais.

Le Hezbollah a affiché son soutien à M. Cordahi, se prononçant contre sa démission. Depuis, l'affaire prend l'allure d'un bras de fer au sujet du Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise, qui est armé et financé par l'Iran chiite, grand rival régional de l'Arabie saoudite sunnite. Cette crise a eu de graves retombées sur le plan interne libanais, paralysant encore plus le gouvernement Mikati qui ne s'est plus réuni depuis un mois en raisons de divisions internes autour de l'enquête sur l'explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020.

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M. Cavusoglu a ensuite été reçu à Aïn el-Tiné par le président du Parlement, Nabih Berry. Lors d'une brève délcaration à la presse, il a de nouveau évoqué "le renforcement des relations et des visites entre les deux pays". M. Berry a informé, en outre, le ministre turc que les élections législatives libanaises se tiendront en mars 2022, alors que certains observateurs craignent un report du scrutin en raison des crises politiques internes.

Mikati convié en Turquie
Le ministre turc des Affaires étrangères a également eu un entretien avec son homologue libanais, Abdallah Bou Habib, et a tenu une conférence de presse conjointe avec lui, dans laquelle il a réitéré qu'Ankara était prêt à aider le Liban à surmonter sa crise diplomatique arabe. Il a appelé, dans ce cadre, à ce que "tout le monde soutienne le gouvernement de Nagib Mikati, pour que le Liban puisse sortir de la crise actuelle et que les législatives se tiennent à temps". "Le peuple libanais ne devrait pas payer le prix du bras de fer régional, alors qu'il attend les solutions aux crises qu'il vit", a-t-il estimé, affirmant qu'Ankara continuera à venir en aide "au peuple libanais frère". 

Commentant la crise diplomatique, M. Cavusoglu a indiqué que "la Turquie est attristée par cette crise qui devrait être réglée sur la base du respect mutuel, et par les moyens diplomatiques". Il a souligné que son pays était "prêt à jouer un rôle sur ce plan", sans donner de détails précis, insistant sur l'importance de "la stabilité, la sécurité et la prospérité du Liban".

Le ministre turc a fait savoir, par ailleurs, que sa tournée à Beyrouth vise à "rappeler le soutien constant de la Turquie au Liban", à convier le Premier ministre Mikati à Ankara, et mener les contacts nécessaires à une telle visite. M. Cavusoglu n'a toutefois pas donné de date précise pour cette visite.

De son côté, M. Bou Habib a souligné que le Liban et la Turquie souffrent du "fardeau (de la présence) des réfugiés syriens". Il a appelé la communauté internationale à "s’acquitter de ses responsabilités sur ce plan, opter pour un partage égalitaire des tâches, unifier l'approche de ce dossier, et œuvrer pour un retour des réfugiés dans leurs pays". Faisant savoir que les discussions ont porté sur le renforcement des rapports bilatéraux, le ministre libanais a indiqué avoir signé, avec son homologue turc, un accord pour renforcer le rapprochement entre les deux ministères.

M. Cavusoglu s'est ensuite entretenu avec le Premier ministre Mikati qui a remercié Ankara pour le soutien apporté à son gouvernement. Nagib Mikati a également salué, à l'issue de la réunion, le fait que la Turquie est "toujours prête à soutenir la position du Liban et à l'aider à se redresser". De son côté, M. Cavusoglu a précisé qu'Ankara "tient à soutenir le secteur sanitaire au Liban en particulier, les hôpitaux gouvernementaux, en leur fournissant des médicaments et du matériel médical", alors que la majorité de ces produits sont en rupture de stock au Liban. Il a enfin fait part de sa volonté de "renforcer les investissements commerciaux et la coopération touristique entre les deux pays".

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu (g), reçu par le Premier ministre Nagib Mikati, le 16 novembre 2021 au Grand Sérail. Photo Dalati et Nohra

Tribune
Dans une tribune signée dans le quotidien libanais Al-Joumhouria et publiée mardi, le ministre turc a affirmé que son pays allait poursuivre ses efforts afin que le Liban se redresse de sous les décombres et pour qu'il maintienne son identité unique (...)". "Nous espérons que le pays utilisera ses ressources et sa force, non pas pour payer le prix des négociations régionales et subir l'instabilité, mais pour que sa population se remette debout sur ses deux jambes", a souligné le ministre turc. "Notre seul agenda au Liban est de contribuer à instaurer la paix, le calme, et le bonheur pour le peuple libanais frère et ami, en soutenant la sécurité, la stabilité et la souveraineté du Liban. Le pays sortira sans doute plus fort de la crise qu'il traverse. La Turquie continuera de jouer son rôle en faveur du développement du Liban", a-t-il conclu.

​M. Cavusoglu doit enfin inaugurer mercredi plusieurs projets de développements à travers le pays, alors qu'Ankara apporte régulièrement son aide, notamment à l'armée libanaise, ainsi qu'aux communautés sunnites dans les régions défavorisées.


Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, à Beyrouth depuis lundi soir, a affirmé, mardi, que son pays était "prêt à aider" le Liban à trouver une solution à la grave crise diplomatique qui l'oppose aux pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, depuis fin octobre. La population libanaise "ne doit pas payer le prix du bras de fer régional", a-t-il affirmé, dans une allusion à la...

commentaires (4)

A première vue. on peut rejeter tout rapprochement de la Turquie, à qui la population du Liban doit beaucoup de souffrances. Cependant en y réfléchissant bien la Turquie est un allié potentiel inespéré dans nos efforts de nous distancer de l'Iran et de MBS & Co. en évitant le piège du label "Sioniste". Un moindre mal?

El moughtareb

16 h 14, le 17 novembre 2021

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Commentaires (4)

  • A première vue. on peut rejeter tout rapprochement de la Turquie, à qui la population du Liban doit beaucoup de souffrances. Cependant en y réfléchissant bien la Turquie est un allié potentiel inespéré dans nos efforts de nous distancer de l'Iran et de MBS & Co. en évitant le piège du label "Sioniste". Un moindre mal?

    El moughtareb

    16 h 14, le 17 novembre 2021

  • Back to the Ottoman Empire ? No thanks !

    Wow

    12 h 22, le 17 novembre 2021

  • aide toi le ciel t aidra.....

    Christian Zakhia

    16 h 42, le 16 novembre 2021

  • Personne n'aide gratos. La Turquie cherche a se placer en face des Iraniens pour prendre le contre pied des Arabes qui ont commencé a se rapprocher des Israéliens. Si nos politiques Sunnites font la gaffe de lui donner quoi que ce soit en contre partie, ils se seront tirés une balle dans le pied. Il vaut mieux souffrir seul et résister seul plutôt que de se vendre au plus offrant. Tout ce que la Turquie essayent de faire c'est de se créer un espace qui lui permettra de rebâtir son empire perdu. Seul en se serrant les coudes dans les moments difficiles, le peuple Libanais se soudera et pourra regarder l'avenir du même coté.

    Pierre Hadjigeorgiou

    15 h 53, le 16 novembre 2021

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