Rechercher
Rechercher

Culture - Entretien/Livre

Quand Georgia Makhlouf nous redonne « Le goût du Liban »...

L’auteure et critique littéraire a réuni, dans un élégant petit recueil, des extraits de textes de quelques-unes des plus belles plumes libanaises raconteuses de ce pays qui, même dans ses tourments, continue d’exercer une incroyable force d’attraction.

Quand Georgia Makhlouf nous redonne  « Le goût du Liban »...

Georgia Makhlouf veut « donner à voir et à aimer le Liban dans sa vérité, sans en dissimuler les problèmes ». Photo Talal Khoury

C’est un petit livre dans lequel on plonge avec délectation. Un ouvrage de petit format qui condense avec une merveilleuse intelligence plus d’une trentaine d’extraits choisis d’auteurs libanais et étrangers ayant « Le goût du Liban »*. Une « bibliothèque de poche » proposée par Georgia Makhlouf dans la collection Le petit mercure des éditions Mercure de France. Et qui, au gré des textes que l’on y pioche, offre une vision éclairée et subtile d’un pays du Cèdre, loin de toute image d’Épinal. Mais au charme néanmoins tenace… Entretien-express avec son auteure.

Georgia Makhlouf, vous avez déjà signé dans cette même collection « Le goût de l’Orient », « Le goût de la liberté » et « Le goût d’Haïti ». Comment est née votre collaboration avec les éditions Mercure de France? Et pourquoi un « Goût du Liban » aujourd’hui ?

J’ai eu la chance d’avoir des extraits de mon premier ouvrage littéraire Éclats de mémoire sélectionnés dans deux volumes de cette collection, laquelle regroupe sous l’intitulé Le goût de… des anthologies littéraires consacrées à des villes, des pays et des thématiques diverses. C’est ainsi que je l’ai découverte et que j’ai été invitée à y collaborer par l’éditeur qui me lance un jour : « Proposez-nous des idées, si vous en avez de votre côté. » Comme il y avait déjà eu un Goût de Beyrouth (signé Soraya Khalidy) paru en 2003, je n’ai pas pensé à la thématique du Liban et j’ai suggéré, d’abord, un Goût de l’Orient. La question de l’Orient, de ses images, de la peinture orientaliste est un sujet qui m’a toujours passionnée. Cette première collaboration a très bien marché. Elle a été suivie par un Goût de la liberté, une autre thématique qui m’interpelle. Et, ensuite, par Le Goût d’Haïti, sorti dans la foulée de mon roman sur Port-au-Prince, dans lequel j’ai voulu montrer la créativité de la scène littéraire de ce pays dont on n’évoque que les catastrophes.

Lire aussi

Georgia Makhlouf : Beyrouth, Haïti et mon grand-père

Et puis, alors que je pensais m’arrêter à ces trois-là, Isabelle Gallimard, la directrice des éditions Mercure de France, m’a proposé de travailler à un quatrième, sur le Liban, cette fois. Un volume qui devait paraître en 2020 à l’occasion du centenaire de la naissance du Grand Liban, mais dont la sortie a été décalée jusqu’à ces derniers mois à cause de tout ce qui a eu lieu à partir d’octobre 2019. Sa publication fait encore plus sens aujourd’hui, en raison de la situation désespérante qui est la nôtre. Car ce petit ouvrage, à la couverture illustrée d’une photographie du port de Beyrouth d’avant la tragédie, est devenu, pour moi, à la fois un hommage à ce pays magnifique et meurtri et un geste de foi en sa résistance par la culture.

Quelles ont été vos principaux critères de sélection dans le choix des textes et des auteurs y figurant ?

Le premier critère était que le texte choisi parle du Liban. Qu’il y ait une dimension visuelle, descriptive qui donne à voir les différents aspects de ce pays dans sa réalité géographique et sociologique. Ensuite, je voulais évidement qu’y soient représentés des auteurs libanais surtout, mais non libanais aussi, des textes classiques et des écritures plus novatrices, des plumes littéraires arabophones et francophones, afin que ce recueil offre un aperçu du Liban à travers des voix, des écrits et des points de vue divers et variés, de différentes époques.

Quel est le message essentiel de ce recueil ?

Le principe de cette collection est de faire découvrir des pays, à travers des textes d’écrivains qui donnent envie aux lecteurs d’y aller. Dans le cas de ce recueil, je voulais éviter de présenter le Liban sous une image idyllique, en décalage avec la réalité tragique d’aujourd’hui. En revanche, je voulais donner à voir et à aimer ce pays dans sa diversité, ses spécificités, ses paradoxes et ses problèmes… Et faire ressentir tout ce qui nous y attache, sans en dissimuler les problèmes. Le message qui en ressort ? Sans doute le fait que, malgré la permanence de ses tourments, le Liban continue à exercer une force d’attraction, notamment sur les écrivains qui ont toujours envie d’écrire sur ce pays…

À quel lectorat s’adresse-t-il le plus à votre avis ?

Au lectorat français et étranger bien sûr, pour lui donner le goût du Liban. Mais aussi au public libanais. Parce que j’ai le sentiment que beaucoup de gens y découvrent des textes et des auteurs qu’ils ne connaissaient pas.

En illustration de couverture, une vue du port de Beyrouth, avant la tragédie. Photo DR

Quels sont les cinq textes sur lesquels vous recommanderiez de s’attarder ?

Le texte de Salah Stétié me vient en premier à l’esprit, avec ses formules que je trouve magnifiques, dont : « Le Liban est beau si on lui tourne le dos. Il faut fermer les yeux pour mieux le voir. » Celui de Dominique Eddé qui élabore l’idée que le Liban est un microcosme du monde avec une plume et une rigueur dans la pensée assez exceptionnelles. Ensuite, le poème de Nadia Tuéni, que plein de gens connaissent mais dont on redécouvre l’extraordinaire fluidité à chaque relecture. Et puis ceux d’Antoine Boulad et de Wajdi Mouawad sont vraiment très profonds et très beaux.

Et s’il ne fallait retenir qu’une seule phrase de ce livre, ce serait laquelle ?

« L’étoile reviendra sur le jardin détruit… ». Tirée du recueil Poésie III de Georges Schéhadé – qui, bien que n’ayant jamais nommément cité le Liban dans son œuvre, avait une relation très forte avec son pays, au point de n’avoir jamais voulu une autre nationalité – m’émeut beaucoup, beaucoup...

Avez-vous de nouveaux projets d’écriture en cours ?

Je suis déjà engagée dans l’écriture d’un roman dans lequel je parle justement du Liban, à travers les destinées, à cent ans d’intervalle, de deux femmes photographes libanaises.

*« Le goût du Liban » (éd. Mercure de France ; 128 pages) est disponible à la librairie Antoine.

Rencontre littéraire

Georgia Makhlouf anime, le lundi 15 novembre à 18h30 (heure de Beyrouth), une rencontre littéraire avec Julie Ruocco, dans le cadre des rencontres le BEMO V irtual Art Club (BVAC) de la Banque BEMO qui se déroulent sur la plateforme Zoom.

La critique littéraire, membre du comité éditorial de L’Orient Littéraire, essayiste et romancière sera donc en conversation avec la jeune romancière française de vingt-huit ans, diplômée en sciences politiques et qui travaille au Parlement européen. Julie Ruocco a fait une rentrée remarquée sur la scène littéraire avec un premier roman sélectionné pour de nombreux prix, dont le prix littéraire Le Monde, et qui vient d’obtenir le Prix Envoyé par la Poste.

Furies (Actes Sud) est construit autour d’un face-à-face entre l’Occident et l’Orient, cristallisé par la rencontre entre Bérénice, une jeune Française, étudiante en archéologie devenue trafiquante d’art, et Asim, un pompier devenu fossoyeur et fabricant de faux passeports, dans une Syrie labourée par les guerres et l’impitoyable répression du régime. Dans ce face-à-face, une enfant va bouleverser la donne : la fille d’une réfugiée en fuite, bloquée dans un camp. Makhlouf parlera avec elle de ce roman, d’écriture, mais aussi d’engagement, un terme devenu quelque peu tabou sur la scène littéraire mais qu’elle revendique avec passion. Pour s’inscrire, il faut se rendre à l’adresse suivante : bvac@bemobank.com

C’est un petit livre dans lequel on plonge avec délectation. Un ouvrage de petit format qui condense avec une merveilleuse intelligence plus d’une trentaine d’extraits choisis d’auteurs libanais et étrangers ayant « Le goût du Liban »*. Une « bibliothèque de poche » proposée par Georgia Makhlouf dans la collection Le petit mercure des éditions Mercure de France. Et qui, au gré des textes que l’on y pioche, offre une vision éclairée et subtile d’un pays du Cèdre, loin de toute image d’Épinal. Mais au charme néanmoins tenace… Entretien-express avec son auteure. Georgia Makhlouf, vous avez déjà signé dans cette même collection « Le goût de l’Orient », « Le goût de la liberté » et « Le goût d’Haïti ». Comment est née votre collaboration avec...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut