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Culture - Livre

Les icônes, images de la pensée divine ou de la beauté des créatures de Dieu ?

Le seizième roman de Metin Arditi, « L’homme qui peignait les âmes » (304 pages-éditions Grasset), est le dernier maillon d’une longue quête de l’essence humaine. Un livre attachant, même si le fil de la narration perd un peu le lecteur dans les conflits des croyances...

Les icônes, images de la pensée divine ou de la beauté des créatures de Dieu ?

Dans « L’homme qui peignait les âmes », Metin Arditi se penche sur une question difficile à trancher: « Comment se concilient l’art et la foi ? » Photo AFP

À soixante-seize ans, ancien homme d’affaires, nommé par l’Unesco en 2012 ambassadeur de bonne volonté, auteur prolifique (à son actif plus de 26 ouvrages entre romans, récits, essais et pièces de théâtre), auréolé de prix (prix Lipp Suisse, prix Jean Giono, prix Méditerranée), Metin Arditi est le chantre des solitudes et de l’exil. Mais aussi du dialogue interculturel, du choix de la liberté et de l’audace des vies laborieuses qui sortent du rang. En témoigne son dernier roman L’homme qui peignait les âmes où l’image sainte, l’icône, ne se peint pas mais « s’écrit »... Terme qui cache ou révèle un long et douloureux cheminement intérieur – entre combats et renoncements, errances et conflits – à la recherche d’une vérité qui se dérobe comme du mercure.

L’icône reflète-t-elle la pensée divine ou la beauté humaine des créatures de Dieu ? Tel est le dilemme mis en lumière dans cet ouvrage riche en rebondissements, mais aussi et surtout ouvrage de tolérance, d’ouverture d’esprit et de sagesse.

Comment se concilient l’art et la foi ? L’écrivain suisse francophone d’origine turque séfarade se penche sur cette énigme difficile à trancher.

Bruits et fureur

Il y a du Andrei Roublev et du Caravage, toutes proportions gardées, dans ce récit foisonnant de revirements, de passion et de détermination. Tout commence en 1078 dans le quartier juif de Saint-Jean-d’Acre. Avner, un jeune garçon de quatorze ans, est envoyé à un monastère par son père livrer les poissons qu’ils viennent de pêcher ensemble. Et là, le regard de l’adolescent tombe sur une icône. C’est l’éblouissement. « Il ne s’agit pas d’un portrait mais d’un objet sacré, lui dit Anastase, le supérieur du monastère. On ne peint pas une icône, on l’écrit, et on ne peut le faire qu’en ayant une foi profonde. »

Pour mémoire

Metin Arditi écrit « pour essayer de comprendre l’autre » !

Avner n’aura de cesse de pouvoir « écrire ». Et tant pis s’il n’a pas la foi, il fait comme si, acquiert les techniques, apprend les textes sacrés, se fait baptiser, quitte les siens. Mais le subterfuge de l’iconographe apprenti, certes doué et talentueux, se révèle dès que les traits de son personnage couché sur le papier, même effleuré par une certaine spiritualité, s’avère un éloge de la beauté humaine, créature de Dieu. Et l’entorse tout aussi grave et fantaisiste est l’absence de l’or en arrière-fond de la représentation, remplacé par de sourdes tonalités de bleu...Pour les intransigeants puristes, il y a là hérésie et désobéissance aux lois intouchables de l’art de l’icône. Malgré un incontestable talent de peintre, les moines excommunient le dévoyé. Et pour n’avoir pas « écrit la pensée du Christ », entreprennent un autodafé de ses œuvres.Mansour, un marchand ambulant musulman, le prend sous son aile. C’est l’occasion d’un merveilleux voyage initiatique d’Acre à Nazareth, de Césarée à Jérusalem, puis à Bethléem, jusqu’au monastère de Mar Saba, en plein désert de Judée, où Avner reste dix années.

Il peint dans la joie

En cette période où débarquent les croisés sur une Terre sainte saisie d’une belliqueuse fièvre du sacré, l’homme qui a défié les normes rigides de l’iconographie religieuse est brusquement face à un destin tumultueux. Mais il n’en a cure. Car il peint dans la joie, avec une saisissante dévotion, ce que son cœur et ses pinceaux lui dictent.

Défilent alors dans la bousculade et la quiétude du quotidien les modèles à croquer, les villes à découvrir et les lieux à fréquenter. Il y a la cousine Myriam et Yasmine, la femme qui donne du plaisir aux hommes. Mais il y a aussi les médinas et les couvents de la Palestine, avec leur clameur et leur silence, surgissant des sables dorés sous un soleil de plomb.

Avner décide alors, une fois pour toutes, contre vents et marées, de dédier son art au service de la paix. Sans se soucier des attitudes humaines conflictuelles, en artiste libre et indépendant.

Dans une optique œcuménique, il devint le plus brillant iconographe de la Palestine tout en peaufinant ses représentations qui portaient atteinte aux canons chrétiens et violaient les lois musulmanes et juives.

Écrit avec sensibilité, porté par une prose musicale, nanti d’une remarquable érudition où le spirituel et l’artistique font bon ménage, ce plaisant roman de Metin Arditi est sans nul doute une sorte d’aveu personnel. Pour se retrouver et comprendre les religions monothéistes, même si le fil de la narration perd un peu le lecteur dans les conflits des croyances... Demeure toutefois, par-delà un conte bleu bien narré, dans cet Orient mirifique d’Amin Maalouf, cet attachant portrait d’un iconographe, aux antipodes de toute violence ou sectarisme, qui dispense ouverture d’esprit, humilité, calme et douceur…

« L’homme qui peignait les âmes » de Metin Arditi (304 pages-édition Grasset), disponible en librairie.

À soixante-seize ans, ancien homme d’affaires, nommé par l’Unesco en 2012 ambassadeur de bonne volonté, auteur prolifique (à son actif plus de 26 ouvrages entre romans, récits, essais et pièces de théâtre), auréolé de prix (prix Lipp Suisse, prix Jean Giono, prix Méditerranée), Metin Arditi est le chantre des solitudes et de l’exil. Mais aussi du dialogue interculturel, du choix de la liberté et de l’audace des vies laborieuses qui sortent du rang. En témoigne son dernier roman L’homme qui peignait les âmes où l’image sainte, l’icône, ne se peint pas mais « s’écrit »... Terme qui cache ou révèle un long et douloureux cheminement intérieur – entre combats et renoncements, errances et conflits – à la recherche d’une vérité qui se dérobe comme du mercure. L’icône reflète-t-elle la pensée...
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