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Politique - Enquête / Port

Face aux tentatives d’arrangement politicien, Bitar semble imperturbable

« Le sang de nos enfants n’est pas à brader contre celui de combattants morts le B-7 à la main », avertit Nazih el-Adem, père de Krystel, une des 220 victimes de la catastrophe.

Face aux tentatives d’arrangement politicien, Bitar semble imperturbable

Le port de Beyrouth, le 4 août 2020. Photo AFP/Stringer

C’est un véritable tollé dans les milieux judiciaires et juridiques, ainsi que des familles de victimes, qu’a suscité la tournée effectuée mardi par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, auprès des trois pôles du pouvoir, et qui aurait abouti à une « solution » à l’impasse politico-judiciaire, consistant à répartir l’enquête sur la double explosion au port survenue le 4 août 2020, de sorte que le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, continue de se pencher sur le dossier, à l’exception des questions liées aux députés et anciens ministres mis en cause.

Les critiques portent sur le fait que ces derniers seraient alors épargnés puisqu’ils relèveraient de la compétence de la Haute Cour chargée de juger les présidents et les ministres, lequel n’a jamais siégé.La proposition du patriarche a surpris du fait qu’elle limite l’action du juge, d’une part, et évoque un « troc » entre l’affaire du port et celle des affrontements de Tayouné, d’autre part. Une assertion que réfute l’ancien ministre Sejaan Azzi, proche de Bkerké. « Les rendez-vous avec les différents responsables avaient été pris avant la convocation de Samir Geagea », assure-t-il à L’Orient-Le Jour. Et même si cette solution verrait difficilement le jour, le débat autour de la proposition du patriarche, qui vient s’ajouter aux nombreux recours présentés par des politiciens mis en cause, pourrait avoir un impact sur l’action du juge Bitar. Celui-ci semble à ce jour imperturbable, mais une source qui accompagne le dossier craint qu’il ne soit au final contraint de se désister, ou que le ministre de la Justice, Henri Khoury, propose au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) le nom d’un autre juge pour le remplacer.

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De source judiciaire, on assure au contraire que M. Bitar ne se récusera pas, et on rappelle à ce sujet que le Conseil supérieur de la magistrature l’avait pressé lundi, lors d’une réunion tenue avec lui, d’émettre au plus vite son acte d’accusation. Lequel acte, reconnaît-on de même source, pourrait avoir l’allure d’un script de scénario qui relaterait les faits sans moyen de requérir la sanction des coupables potentiels, et donc sans conséquence juridique et procédurale.

« La pétition de la honte »

En tout état de cause, dans les milieux juridiques et judiciaires, ainsi que dans ceux des familles des victimes de la tragédie du 4 août, on constate amèrement que l’État n’a l’intention ni d’enquêter ni de demander des comptes, et on craint que le patriarche maronite n’ait rejoint les autorités religieuses musulmanes et les instances politiques qui contestent la compétence du juge d’instruction à poursuivre les responsables politiques.

Pour que le Parlement décide de s’emparer du dossier, il faudrait qu’un cinquième de ses membres présente une pétition en ce sens à la Chambre, indique le directeur du cabinet Justicia, Paul Morcos. Pour rappel, 26 parlementaires appartenant au mouvement Amal, au Hezbollah, et au courant du Futur avaient signé en juillet dernier une pétition pour enclencher le processus, mais celle-ci n’avait plus fait son chemin, d’autant que certains députés s’étaient rétractés sous la pression d’une population qui avait décrit le document comme « la pétition de la honte ».

Lors d’une prochaine séance, la Chambre des députés pourrait décider de créer une commission d’enquête parlementaire qui établirait un rapport sur base duquel une mise en accusation serait enclenchée. L’accusation nécessite l’approbation des deux tiers du Parlement. Mais même si le processus est entamé, le juge Bitar pourrait s’attacher à garder la main sur l’affaire, vu sa ferme détermination à vouloir demander des comptes aux responsables. « Le juge d’instruction pourrait invoquer le fait qu’il a déjà une mainmise sur le dossier, d’autant qu’il a déjà entamé des procédures pénales à l’encontre des députés Nouhad Machnouk, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter lorsque le Parlement était hors session », avance M. Morcos. Les députés ne bénéficiaient pas alors de leur immunité parlementaire. Dans pareil cas, on sera face à « un conflit de compétence positive », explique le juriste, en référence à la situation où deux autorités se déclarent compétentes sur un même dossier. « Le conflit sera alors tranché par la Cour de cassation toutes chambres réunies », indique-t-il.

« Carte de négociations »

Du côté des proches des victimes, on rejette l’idée d’une mise en accusation devant le Haut Conseil. Des représentants des familles des victimes ont exhorté hier le patriarche maronite à définir ce qu’il entend par « solution constitutionnelle », insistant dans un communiqué sur la nécessité que tous les suspects, « sans exception », comparaissent devant le juge d’instruction, avant de mettre en garde contre l’utilisation de la tragédie du port comme « une carte de négociations ».

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Joint par L’OLJ, Nazih el-Adem, père de Krystel, fauchée le 4 août 2020 à la fleur de l’âge, s’étonne que « le patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, qui a une telle aura, puisse entreprendre une telle démarche ». « On ne peut se substituer à la justice ni à un juge qui œuvre nuit et jour pour faire connaître la vérité sur ce qui s’est passé », clame M. Adem. « Nous refusons que soit bradé le sang de nos enfants innocents contre celui de combattants morts le B-7 à la main », tonne-t-il, en allusion aux victimes des affrontements de Tayouné.

Tracy Najjar, mère d’Alexandra, tuée le 4 août 2020 à l’âge de 3 ans et demi, est sur la même longueur d’onde. « Au cas où elle s’avère, nous ne comprendrons ni n’accepterons la position du patriarche », gronde la jeune femme. Sur un autre plan, elle affirme ne pas avoir confiance dans le Haut Conseil pour statuer sur les actes des ministres. « Un criminel ne se juge pas », souligne-t-elle, en référence au fait que, outre huit magistrats, la juridiction est formée de sept députés, dont certains font partie du camp des députés mis en cause.

Recours de Diab

Entre-temps, les recours continuaient hier de s’abattre sur Tarek Bitar. En sus de deux recours pour suspicion légitime présentés contre lui par les anciens ministres Youssef Fenianos et Nouhad Machnouk, et sur lesquels la chambre pénale de la Cour de cassation n’a pas encore tranché, le juge d’instruction a vu hier suspendre sa convocation de l’ancien chef du gouvernement Hassane Diab, qui devait comparaître aujourd’hui. M. Diab a en effet porté devant l’assemblée plénière de la Cour de cassation un recours en responsabilité de l’État des décisions du juge, qui resteront gelées jusqu’au prononcé du verdict. Le juge Bitar garde toutefois la main sur le reste du dossier, maintenant les assignations de Ghazi Zeaïter et Nouhad Machnouk prévues demain, quoique tout porte à croire que ces derniers continueront à se dérober. D’un autre côté, MM. Zeaïter et Khalil ont présenté hier une requête à l’assemblée plénière de la Cour de cassation pour lui demander de déterminer quelle est la juridiction compétente pour dessaisir le juge d’instruction, après que la chambre civile de la cour d’appel de Beyrouth et deux chambres pénales de la Cour de cassation se soient déclarées tour à tour incompétentes pour recevoir des demandes de dessaisissement.

Une nouvelle victime du 4 août succombe à ses blessures

Presque quinze mois après la double explosion meurtrière au port de Beyrouth, une nouvelle victime vient de succomber à ses blessures. Abbas Mazloum avait 38 ans au moment des faits : il a été atteint à la colonne vertébrale et était resté paralysé depuis.

Il était chef cuisinier dans un restaurant de Mar Mikhaël, l’un des quartiers les plus touchés par l’explosion. Alité depuis le drame et vivant dans d’atroces souffrances, il est décédé mercredi selon notre correspondante Sarah Abdallah. Originaire de Hour Taala dans la Békaa où il a été inhumé cet après-midi, Abbas Mazloum était père de cinq enfants. Ce nouveau décès porte à 220 le nombre de victimes du cataclysme du 4 août 2020.


C’est un véritable tollé dans les milieux judiciaires et juridiques, ainsi que des familles de victimes, qu’a suscité la tournée effectuée mardi par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, auprès des trois pôles du pouvoir, et qui aurait abouti à une « solution » à l’impasse politico-judiciaire, consistant à répartir l’enquête sur la double explosion au port...

commentaires (6)

QUELLE DIFFERENCE ASTRONOMIQUE ENTRE FEU LE GRAND PATRIARCHE SFEIR ET CE BERGER QUI EGARE SA BERGERIE.

L,EXPRESSION DE LA LIBRE OPINION

10 h 30, le 28 octobre 2021

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Commentaires (6)

  • QUELLE DIFFERENCE ASTRONOMIQUE ENTRE FEU LE GRAND PATRIARCHE SFEIR ET CE BERGER QUI EGARE SA BERGERIE.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE OPINION

    10 h 30, le 28 octobre 2021

  • IL N,Y A QUE LES TRAITRES ET LES ASSASSINS DES VICTIMES DU PORT ET DE TAYYOUNE/AIN EL REMMANEH QUI FONT TOUT POUR ARRETER LE COURS DE LA JUSTICE EN MENACANT LE JUGE BITAR. LES MEMES QUI ONT ASSASSINE FEU RAFIC HARIRI ET TOUS LES AUTRES MARTYRES DU LIBAN... MEME LEURS PROPRES MARTYRES EN SYRIE ET AILLEURS.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE OPINION

    10 h 02, le 28 octobre 2021

  • Mgr Raï a le devoir moral de clarifier sa position. Même s’il n’est pas réellement à l’origine de ce compromis qui enfreint la loi, s’il ne le dénonce pas clairement, il commet un péché de scandale. Si ce compromis foireux prend forme, je ne doute pas que les FL et le Hakim de la vraie Résistance libanaise seront les premiers à s’y opposer.

    Citoyen libanais

    08 h 34, le 28 octobre 2021

  • Comment peut-on comparer les deux cas ? l’explosion du port est due au stockage de matieres dangereuses explosives utilisees a des fins militaires et terroristes. Malgre plusieurs alertes lancees par des responsables securitaires, personne n’a pu se debarasser du nitrate mortel. Qui au Liban contrôle le port et meme l’aeroport ? qui veut a tout prix clore l’enquete de l’heroique Tarek Bitar ? Reponse evidente ! L’invasion barbare de Ain Remmaneh par des hordes surarme’es criant Chiiaa chiiaa a été filmee par toutes les chaines televisees et d’innombrables videos ont circule'. Dans les deux cas le coupable est le meme. Alors l’interrogatoire de seulement la victime par une justice militaire suspecte devient un veritable acte de guerre ! Le tandem chiite se joue a sa guise du Liban et des Libanais. Honte aux dirigeants felons qui le laissent faire !

    Goraieb Nada

    08 h 20, le 28 octobre 2021

  • "Face aux tentatives d’arrangement politicien, Bitar semble imperturbable". Et il a raison! Les gesticulations des politiciens ne le concernent pas. Pas plus que le fonctionnement de de la justice ne concerne les politiciens.

    Yves Prevost

    07 h 19, le 28 octobre 2021

  • J'AI L'IMPRESSION QUE LE PATRIARCHE SUIT LES CONSEILLES DE LA DERNIÈRE PERSONNE QU'IL RENCONTRE À CHAQUE FOIS. ON LE MANIPULE FACILEMENT. IL EST COMME UN BALLON DE FOOT. C'EST VRAIMENT INQUIÉTANT. S'IL VOULAIT AIDER LE PAYS ENFIN, IL N'A QU'À SE RETOURNER CONTRE AOUN, BASSIL ET SLEIMAN FRANGIÉ. LE RESTE SE RÉPARE TOUT SEUL.

    Gebran Eid

    00 h 49, le 28 octobre 2021

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