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Nos Lecteurs ont la Parole

Pourquoi il faut apprendre l’histoire

Serons-nous les derniers à vouloir connaître notre passé ? Les derniers à interroger les événements vrais qui ont eu l’homme pour acteur ? Les derniers à posséder une mémoire collective consciente ? Les derniers à « apprendre l’histoire » ?

Peut-être, car on a condamné l’enseignement de l’histoire. « L’école liquide l’histoire », a proclamé Alain Decaux dans un article retentissant. De fait, l’histoire, qui avait été autrefois la pédagogie du citoyen, qui élargissait les horizons, nourrissait des rêves, proposait des exemples, créait des mythes et enrichissait des espérances, voit son enseignement mourir. Par asphyxie lente. Par décision ministérielle. L’histoire est devenue la maladie honteuse de notre système éducatif : le mot a disparu des instructions élémentaires concernant l’école élémentaire. Aussi, sommes-nous reconnaissants à certaines personnes qui mènent un combat exemplaire pour lutter contre le délabrement d’un enseignement laissé à l’abandon mais pour affirmer le rôle primordial de l’histoire et de la géographie dans la formation des esprits et des caractères des citoyens de demain.

Il faut savoir que le public aspire à se trouver des racines dans le passé pour mieux comprendre le présent, pour mieux se situer dans le temps et dans l’espace. Mais bien souvent, cette information est perçue sous une forme pulvérisée, sans lien logique interne : de l’histoire en miettes. Ou bien elle lui est présentée de façon trop érudite, à l’usage limité aux historiens de profession. Entre ces deux pôles, le vide. Et c’est dommage pour les uns comme pour les autres. Il y a donc une place à prendre pour une ou plusieurs revues historiques populaires de qualité.

Face à un certain engouement de l’opinion publique, on constate une désaffection des élèves et des étudiants pour cette matière et souvent une part de dépit amoureux. Trois niveaux d’explication. Tout d’abord, l’institution scolaire. En effet, même lorsqu’elle est plaisante, l’histoire y est, par nature, une mise en forme des connaissances. Ce qui s’oppose à l’histoire-loisir, l’histoire-détente, celle du magazine, du livre, de la télévision.

Parallèlement, un fait de civilisation que l’on ne souligne pas assez : chacun est fixé sur soi, sur son propre avenir, sur une rentabilité immédiate, ou sur l’emploi à trouver ou à préserver. L’économisme et ses dérivés ont aspiré les disciplines de formation générale que sont les nôtres. Le lycéen n’y échappe pas ; il vise à l’utilité immédiate : réussir son bac, trouver un emploi. Dans ces deux cas, l’histoire n’est pas payante. Enfin, les différentes réformes scolaires ont jeté le discrédit sur nos enseignements.

Nous savons tous que l’histoire et la géographie sont les seules matières à ne pas bénéficier du dédoublement des classes et des travaux dirigés ; dans le premier cycle, 50 % des enseignants d’histoire n’ont pas leur licence, au cas où il y aurait un enseignement d’histoire, les horaires dans certains établissements se réduisent comme une peau de chagrin, que ce soit dans les petites classes ou au niveau des terminales. Max Gallo a écrit un article où il fustige l’enseignement de l’histoire par tranches nullement liées et qui ont donné naissance à des programmes monstrueux.

En réalité, on déracine totalement l’enfant sous prétexte d’innover, on revient à la leçon de choses. L’attention de l’enfant est immobilisée dans la description d’une civilisation figée à un moment donné : Athènes au Ve siècle avant J.-C., Rome au IIe siècle après. Les racines profondes, l’émergence d’Athènes, la construction de l’empire, l’enchaînement des faits, la recherche des causes, l’élève les ignorera toujours. L’histoire est curiosité, compréhension, connaissance. Elle questionne, elle explique plus qu’elle ne décrit, sachant que l’actualité d’aujourd’hui sera l’histoire de demain.

Pour mieux enseigner, je propose des choses simples, de bon sens. Former le maître parce qu’on ne s’improvise pas historien quelques minutes avant un cours. De plus, les médias, la télévision nous incitent à être meilleurs. Nous devons savoir utiliser les documents qu’ils proposent, s’ils en proposent, et les intégrer dans une perspective historique. Il faut améliorer l’utilisation du temps scolaire. En définitive, enseigner l’histoire, c’est former les citoyens à l’apprentissage de la liberté. Pour lutter contre tous les totalitarismes idéologiques et dans la crise de civilisation que nous traversons, seuls la lucidité et le recul que procure une bonne connaissance du passé permettront de faire face aux défis du monde à venir.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Serons-nous les derniers à vouloir connaître notre passé ? Les derniers à interroger les événements vrais qui ont eu l’homme pour acteur ? Les derniers à posséder une mémoire collective consciente ? Les derniers à « apprendre l’histoire » ?Peut-être, car on a condamné l’enseignement de l’histoire. « L’école liquide l’histoire », a proclamé Alain...

commentaires (1)

INTOXICATION, POUVOIR, ARGENT. VOILA LES 3 REGLES ,LOIS & BUTS QUI REGISSENT LE MONDE DE L'ETRE HUMAIN.

Gaby SIOUFI

11 h 36, le 12 octobre 2021

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Commentaires (1)

  • INTOXICATION, POUVOIR, ARGENT. VOILA LES 3 REGLES ,LOIS & BUTS QUI REGISSENT LE MONDE DE L'ETRE HUMAIN.

    Gaby SIOUFI

    11 h 36, le 12 octobre 2021

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