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Société - Polémique

Le Golf Club de Beyrouth menacé par un projet de centrale électrique ?

Suite à une proposition faite par le ministre iranien des AE à Beyrouth, la municipalité de Ghobeyri s’est empressée de proposer cet espace vert pour servir cet objectif. Mais la direction du club et les adversaires politiques du Hezbollah ne l’entendent pas de cette oreille.

Le Golf Club de Beyrouth menacé par un projet de centrale électrique ?

Le Golf Club est dans le viseur de la municipalité de Ghobeyri depuis des années. Photo tirée de la page Facebook @GolfClubofLebanon

Vingt-quatre heures après la proposition du ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, de construire deux centrales électriques au Liban afin de venir en aide à ce secteur défaillant, la municipalité de Ghobeyri, l’un des fiefs du Hezbollah dans la banlieue sud de la capitale, s’est empressée de proposer qu’une de ces centrales soit édifiée sur le terrain du Golf Club de Beyrouth. Une annonce qui a provoqué un tollé parmi les écologistes, ainsi que dans les milieux politiques hostiles à l’Iran et au parti chiite. La municipalité, elle, se justifie par le fait que le terrain appartient à l’État et qu’il pourrait en tirer profit pour produire de l’électricité.

« Les compagnies iraniennes sont prêtes à construire en 18 mois deux centrales d’une puissance de 1 000 MW à Beyrouth et au Liban-Sud », avait affirmé le chef de la diplomatie iranienne jeudi dernier, lors d’une visite officielle au Liban. Le terrain du Golf Club, un espace de 425 000 mètres carrés de pelouse et d’arbres établi sur des terrains loués à l’État depuis 1963, est dans le viseur de la municipalité depuis plusieurs années en raison de dissensions financières. « Le Golf Club ne paie aucun des frais requis par la municipalité depuis des années. Il occupe même plus de 100 000 mètres carrés de terrains de manière illégale », assure à L’Orient-Le Jour le président du conseil municipal de Ghobeyri, Maan el-Khalil. « Lorsque nous avons proposé ce terrain pour le projet de la centrale électrique, c’était pour attirer l’attention de l’État sur le fait qu’existe une parcelle de terrain prête et lui appartenant de surcroît. On ne devrait pas perdre plus de temps pour construire cette centrale, qu’elle soit iranienne ou autre. Ce terrain appartient aux autorités et il n’est donc pas nécessaire de procéder à des expropriations », ajoute M. Khalil. Interrogé sur les conséquences de la perte d’un tel espace vert dans une capitale presque entièrement bétonnée, le chef de la municipalité laisse entendre que le club ne profite qu’à une poignée de gens aisés. « Qui, parmi les habitants de Ghobeyri, s’y rend ? Je ne connais personne », lance-t-il.

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Une perte environnementale d’envergure

Si la municipalité semble déterminée à faire avancer ce projet soutenu de facto par le Hezbollah, la direction du club n’est pas disposée à se délocaliser. Contacté par L’OLJ, Karim Salam, directeur du Golf Club, avoue avoir été « surpris » par la proposition de Maan el-Khalil. « Nous voulons tous que la crise de l’électricité soit réglée, mais est-ce que la destruction d’un espace vert, sportif et touristique est la solution à ce problème ? Que l’on commence d’abord par faire travailler les centrales existantes », lance M. Salam. Il estime que « ce n’est pas à la municipalité de décider de l’usage du terrain, mais aux autorités de le faire ».

Le directeur du club confirme par ailleurs que la structure est en conflit avec la municipalité, mais qu’elle attend une décision judiciaire. « Nous sommes en conflit au sujet de certains frais à payer. Le problème est que la municipalité décide de ces frais à sa guise. C’est à la justice de trancher », souligne-t-il. Commentant les accusations d’occupation de terrains privés, Karim Salam explique que le club occupe, en plus du terrain appartenant à l’État, « une parcelle privée louée grâce à un système d’actions ».Le directeur du Golf Club estime par ailleurs que la destruction des lieux pourrait entraîner une perte environnementale d’envergure. « Malheureusement, dans le Grand Beyrouth, le Golf Club constitue, avec l’Université américaine de Beyrouth, le jardin public René Moawad à Sanayeh et le Bois des Pins, 90 % des espaces verts de la capitale », poursuit M. Salam. Une remarque qui fait écho aux inquiétudes des défenseurs de l’environnement. Dans un communiqué publié au cours du week-end, le Mouvement écologique libanais (LEM) a rappelé que le réchauffement climatique dans le monde pousse les pays à préserver leurs espaces verts alors qu’au Liban « des milliers d’hectares de forêts sont brûlés et les barrages détruisent les vallées vertes (...) ». « Les derniers espaces verts de la capitale et ses banlieues, considérés comme le poumon du Grand Beyrouth densément peuplé, sont menacés par des projets qui vont les détruire », a mis en garde l’ONG.

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« Au lieu de penser à détruire ce club, il faudrait travailler à préserver les espaces verts dans la capitale, car les gens sont asphyxiés. Il y a quelques années, cet endroit était sur le point d’être transformé en jardin public », rappelle pour sa part Mohammad Ayoub, président de l’ONG Nahnoo, qui milite pour la préservation des espaces verts à Beyrouth.

Les opposants au Hezbollah montent au créneau

Sur le plan politique, les opposants à l’Iran et au Hezbollah ont également exprimé leur indignation face à ce projet. Sur son compte Twitter, le leader druze Walid Joumblatt a critiqué ce projet il y a quelques jours, avant de se rétracter. « En Iran, on respecte les jardins et la verdure et on célèbre depuis des milliers d’années la fête de Norouz le 21 mars (qui constitue une célébration du printemps et de la nature). Mais la Moumanaa (l’axe formé par Téhéran et ses alliés) nous impose des centrales électriques. Faut-il pour autant confisquer le terrain du Golf Club qui constitue l’unique espace vert dans la jungle de béton de Beyrouth et ses banlieues ? » avait écrit M.

Joumblatt au cours du week-end, avant d’effacer son tweet. « L’important est d’avoir de l’électricité avant tout, je ne voudrais pas que mes propos soient mal interprétés », a-t-il écrit hier.

Pour sa part, Imad Wakim, député de Beyrouth des Forces libanaises, a affirmé qu’il est « inacceptable de penser à éliminer le Golf Club sous n’importe quel prétexte, qu’il s’agisse d’une centrale électrique ou de production de missiles ». Samir Geagea, le chef des FL, a pour sa part ironisé sur l’importation illégale de fuel iranien par le Hezbollah, faisant le lien entre celle-ci et le black-out dans lequel le pays a été plongé le week-end dernier, en raison d’une panne générale de courant. « L’un des premiers résultats de l’arrivée du fuel iranien au Liban est l’arrêt de toutes les centrales électriques du pays par manque de pétrole. Il s’agit vraiment d’une “promesse tenue” », a-t-il raillé.


Vingt-quatre heures après la proposition du ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, de construire deux centrales électriques au Liban afin de venir en aide à ce secteur défaillant, la municipalité de Ghobeyri, l’un des fiefs du Hezbollah dans la banlieue sud de la capitale, s’est empressée de proposer qu’une de ces centrales soit édifiée sur le terrain...

commentaires (5)

Et pourquoi pas se débarrasser des "choses" du musé national et de faire de la bâtisse une centrale électrique? Économie de génie civil et de plus c'est à 2 pouces des consommateurs les plus friands de courant donc économie d'infrastructures... après tout le golf, les espaces verts et l'histoire, surtout ancienne, ne sont que gâteries d'intellos prétentieux!? Ils émigreront pour sûr...

Wlek Sanferlou

15 h 31, le 11 octobre 2021

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Commentaires (5)

  • Et pourquoi pas se débarrasser des "choses" du musé national et de faire de la bâtisse une centrale électrique? Économie de génie civil et de plus c'est à 2 pouces des consommateurs les plus friands de courant donc économie d'infrastructures... après tout le golf, les espaces verts et l'histoire, surtout ancienne, ne sont que gâteries d'intellos prétentieux!? Ils émigreront pour sûr...

    Wlek Sanferlou

    15 h 31, le 11 octobre 2021

  • Est ce que c’est une centrale nucléaire ou une simple centrale qu’ils veulent construire ?!? Car je ne pense pas qu’ils vont nous construire une nuke…. Et meme si c’était le cas à combien et contre quoi?

    Bery tus

    14 h 58, le 11 octobre 2021

  • 152,7% : C’est le pourcentage de la hausse de la superficie totale concernée par les nouveaux permis de construire : TIENS , LA IL N’Y A PAS DE PROBLEME DE POUMONS NI DE PROBLÈME DE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE, ( ? ) USINE DE PRODUCTION D’ARMEMENT : POURQUOI PAS ? UNE USINE EN PLUS ( PEUT ETRE PREFERABLEMENT DU COTE DE ZAHLE ! ) . AU FAIT OUI , CENTRALE NUCLÉAIRE : CE N’EST PAS POLUANT …

    aliosha

    12 h 18, le 11 octobre 2021

  • PAS DU TOUT ! LE GOLF CLUB EST DESTINE A SERVIR POUR LA CONSTRUCTION 'UNE USINE DE CENTRIFUGEUSE NUCLEAIRE ! WALAW, TANT QUE L'URBANISATION ET L'ENVIRONNEMENT SONT CE QU'ILS SONT, POURQUOI Y ALLER DE MAIN MORTE ?

    Gaby SIOUFI

    10 h 25, le 11 octobre 2021

  • Inculte et esprit étriqué : partout dans le monde on privilégie la création d’espace vert dans les villes, partout on éloigne tout ce qui est industriel des centres villes. La municipalité de Goubeiri n’est pas au courant des catastrophes de Toulouse et de Rouen en France? Normal, on cherche l’info côté Iran où tout est contrôlé et censuré. Une centrale électrique en plein milieu de la population…quelle mépris pour la nature et pour la vie

    Karam Georges

    07 h 38, le 11 octobre 2021

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