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Économie - Électricité

Les détails de l’accord avec l’Irak pour le carburant à EDL

L’ancien ministre de l’Énergie Raymond Ghajar avait estimé la valeur du combustible irakien en jeu entre 300 et 400 millions de dollars.

Les détails de l’accord avec l’Irak pour le carburant à EDL

L’augmentation des pannes de courant affectent les citoyens sur tout le territoire, l’Électricité du Liban rationnant l’approvisionnement en raison des pénuries de carburant. Photo João Sousa

Près de deux mois après la signature du contrat entre les autorités libanaises et irakiennes, la première cargaison de carburant destinée aux centrales d’Électricité du Liban (EDL) dans ce cadre a été livrée par l’émiratie ENOC ce week-end. Quelques 15 000 tonnes de gasoil ont ainsi été testées puis déchargées à Deir Ammar (Liban-Nord) contre 16 000 tonnes à Zahrani (Liban-Sud).

Dans la foulée, le ministère de l’Énergie et de l’Eau a annoncé qu’un autre navire, contenant, lui, environ 30 000 tonnes de fuel-oil de grade B, devrait arriver au large des côtes libanaises d’ici à fin septembre. Un nouvel appel d’offres doit enfin être lancé dans les jours à venir pour sélectionner la société qui jouera, comme ENOC, le rôle d’intermédiaire pour récupérer le carburant irakien, dont la teneur en soufre est trop élevée pour les centrales électriques libanaises, pour ensuite livrer du fuel compatible.

Ces chargements doivent permettre de maintenir un minimum de production d’électricité, alors que le stock de carburant d’EDL, financé via les dernières avances du Trésor débloquées, sera en principe épuisé à la fin du mois. Les deux livraisons de septembre marquent la fin de la première transaction prévue par l’accord à travers lequel l’Irak s’est engagé à fournir au Liban 1 million de tonnes de fuel-oil à haute teneur en soufre sur douze mois, quantités que le pays du Cèdre utilisera à chaque échéance comme monnaie d’échange pour acquérir du fuel compatible. Les parties ont également prévu un mode de règlement spécifique pour le fuel irakien.

Les raisons qui ont conduit à cet accord

Les causes de l’accord conclu fin juillet, soit plusieurs mois après avoir été évoqué pour la première fois, sont assez simples. Le Liban, en crise, n’est plus capable de financer l’intégralité des besoins de ses centrales qui s’élèvent à 3 millions de tonnes par an, selon EDL.

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La banque centrale – qui fournit des dollars pour payer les importations de carburant via les avances du Trésor – est en effet arrivée à épuisement de ses réserves de devises, qui ne sont en principe plus constituées que des réserves obligatoires des banques. EDL, dont les tarifs sont figés depuis les années 1990 et qui encaisse, de surcroît, ses factures en livres (alors que la monnaie nationale a perdu plus de 90 % de sa valeur) ne dispose pas non plus d’assez de fonds pour assurer ses besoins et a donc dû réduire drastiquement sa production.

Comme en plus les difficultés financières du pays ont affecté son rythme d’approvisionnement en mazout consommé par les générateurs privés qui servent de palliatif aux carences d’EDL et que ces besoins ont drastiquement augmenté avec la hausse du rationnement imposé par le fournisseur public, la nécessité pour le Liban de trouver un moyen de se fournir en carburant était donc devenu impérieuse. Alors que certains ménages libanais ne reçoivent actuellement que deux heures environ d’électricité par jour, les quatre à six heures par jour d’électricité promises par l’ancien ministre de l’Énergie, Raymond Ghajar, avec l’accord irakien, s’avèrent cruellement nécessaires.

Les points cardinaux de l’accord

L’accord, dont L’Orient Today a obtenu une copie, avait reçu l’approbation exceptionnelle de Hassane Diab, Premier ministre sortant à l’époque, à la demande du ministère de l’Énergie. Le document indique clairement que le Liban s’engage à acheter à l’Irak 1 million de tonnes de fuel-oil lourd au cours d’une année à un prix qui sera fixé par la société irakienne (SOMO) responsable de la commercialisation du pétrole dans son pays.

Lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion du comité parlementaire tenue pour discuter de cet accord, Raymond Ghajar avait estimé la valeur du carburant irakien entre 300 et 400 millions de dollars, que le Liban ne réglera pas directement en devises.

Le fuel-oil irakien à haute teneur en soufre étant incompatible avec les centrales d’EDL, le Liban et l’Irak ont accepté de lancer des appels d’offres à l’intention d’entreprises disposées à l’échanger contre du carburant conforme aux normes libanaises. Beyrouth et Bagdad ont également convenu que l’Irak a le droit de choisir les entreprises participant à cet appel d’offres.

L’appel d’offres initial de l’accord a eu lieu fin juillet et a été remporté par l’entreprise émiratie, Emirates National Oil Company (ENOC). Après cette attribution, le ministre Ghajar avait déclaré que de tels appels d’offres auront lieu chaque mois et qu’à l’avenir, d’autres sociétés, hormis les trois candidates à l’offre de juillet, que l’Irak avait tranchée, pourront y répondre. Il avait ajouté que lorsque tout le mazout aura été échangé, le Liban aura obtenu de 750 000 à 800 000 tonnes de carburant utilisable grâce au mécanisme en place.

Un mode de règlement vague

Pour payer le carburant fourni par l’Irak, la Banque du Liban (BDL) doit ouvrir un compte libellé en dollars, dans lequel sera déposé le montant de la transaction. Le Liban peut différer le paiement de chaque cargaison jusqu’à un an, date à laquelle les fonds seront dus avec des intérêts. La BDL se chargera d’effectuer les paiements soit en espèces, soit par virement.

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Selon les termes de l’accord, le compte créé pour la Banque centrale irakienne sera protégé contre d’éventuels « haircut » ou contrôle de capitaux, et l’Irak aura le droit de se retirer de l’accord si une partie impliquée est sanctionnée avant ou après sa signature. D’autres aspects du mécanisme de paiement doivent encore être déterminés par un accord d’achat entre la SOMO et la Direction générale du pétrole du Liban – des détails toujours pas rendus publics. Une fois le paiement reçu, l’Irak ne pourra retirer l’argent qu’en livres au taux de la plateforme de change de la BDL, Sayrafa, actuellement d’environ 14 200 livres par billet vert, ou au taux « du marché parallèle adopté par la BDL », sans indiquer comment cet arbitrage se fera. Hier, le dollar s’échangeait à près de 16 000 livres sur le marché parallèle.

L’Irak pourra ensuite utiliser ces montants pour acheter des « biens et services » au Liban, indique l’accord, sans fournir davantage de détails. Contacté par L’Orient Today, Raymond Ghajar avait alors déclaré que l’Irak pourrait utiliser l’argent pour des services de santé et d’expertise-conseil libanais. Le ministre irakien des Finances, Ali Abd al-Amir Allawi, a de son côté souligné dans un entretien que l’Irak utilisera l’argent pour payer des spécialistes libanais dans divers secteurs, notamment bancaire, des assurances, de l’éducation, des transports et du tourisme.

Les détails à régler

S’il est vrai que l’accord peut aider le Liban à maintenir son réseau électrique une fois ses réserves de carburant épuisées – ce qui est prévu dès la fin septembre –, il est peut-être prématuré pour les responsables impliqués de clamer d’ores et déjà leur réussite comme ils l’ont fait depuis fin juillet. Si plusieurs des engagements pris par le Liban sont plutôt flous, le fait que sa responsabilité soit engagée pourrait avoir de graves répercussions sur le long terme étant donné l’instabilité actuelle.Si le Liban peut différer chaque paiement d’un an, le plan ne précise pas d’où la BDL puisera l’argent pour financer ces achats à échéance. Alors que les réserves de devises de la banque centrale ont atteint un seuil critique, et que le service public EDL affiche depuis des décennies un déficit considérable, le pays devrait avoir du mal à trouver les centaines de millions de dollars dont il aura besoin pour payer la facture. « Le report des paiements finira par les transformer en dettes, étant donné qu’il est peu probable que le Liban s’acquitte de biens et services censés être destinés aux bénéficiaires libanais », déclare Yesar al-Maleki, économiste en énergie et conseiller à l’Iraq Energy Institute. « Ce serait une dette extérieure supplémentaire qui pourrait nuire à la réputation du Liban », ajoute-t-il. Et dans l’hypothèse où le Liban ne serait pas en mesure de respecter ses délais de paiement, l’accord ne précise pas de pénalités, exposant le Liban à un risque d’un endettement encore plus important.

Cependant, certains responsables libanais semblent plutôt confiants. « L’Irak essaie de rattraper son rôle politique dans la région, l’accord pourrait donc être un message à d’autres pays pour affirmer son rôle stabilisateur dans la région », analyse le député Yassine Jaber (Amal/Nabatiyé) à L’Orient Today.

Bilal Abdallah (PSP/Chouf) balaie également les inquiétudes concernant les retombées du projet tel qu’il est défini, affirmant que l’approbation exceptionnelle du contrat par l’ancien Premier ministre Hassane Diab confirme que l’accord est en faveur du Liban. « Nous ne devrions pas entrer dans les détails du projet », explique-t-il. « L’Irak nous fait une énorme faveur, et je ne pense pas qu’un pays prêt à aller aussi loin puisse abuser de cet accord. »

*Cet article a été modifié par rapport à sa version originale publiée dans «L’Orient Today», le 6 septembre 2021.


Près de deux mois après la signature du contrat entre les autorités libanaises et irakiennes, la première cargaison de carburant destinée aux centrales d’Électricité du Liban (EDL) dans ce cadre a été livrée par l’émiratie ENOC ce week-end. Quelques 15 000 tonnes de gasoil ont ainsi été testées puis déchargées à Deir Ammar (Liban-Nord) contre 16 000 tonnes à...

commentaires (2)

Il y a eu un laisser passer américain pour l'acheminement du carburant iranien, et ceci pour la raison humanitaire. En quoi ça dérange, si cela peut aider la population à supporter la crise insupportable ? On attend de voir si ce carburant va dépasser géographiquement l'environnement du parti. Toute attitude critique ne peut changer le fait accompli, et serait inutile dans le contexte actuel. L'attitude de Mikati ne peut être autrement au début d'un chantier semé d'embûches. Et pour ceux qui ont peur pour les deniers publics, ils peuvent continuer à somnoler.

Esber

14 h 03, le 24 septembre 2021

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Commentaires (2)

  • Il y a eu un laisser passer américain pour l'acheminement du carburant iranien, et ceci pour la raison humanitaire. En quoi ça dérange, si cela peut aider la population à supporter la crise insupportable ? On attend de voir si ce carburant va dépasser géographiquement l'environnement du parti. Toute attitude critique ne peut changer le fait accompli, et serait inutile dans le contexte actuel. L'attitude de Mikati ne peut être autrement au début d'un chantier semé d'embûches. Et pour ceux qui ont peur pour les deniers publics, ils peuvent continuer à somnoler.

    Esber

    14 h 03, le 24 septembre 2021

  • L'ACCORD EST A NOTRE AVANTAGE CAR H DIAB AVAIT ACCEPTE DE LE SIGNER. TRES VRAI JE DIRAIS. mais, parlant du Liban ? depuis quand nos crapules en charge ont jamais pris en consideration notre interet plutot que les leurs dites hein ?

    Gaby SIOUFI

    09 h 59, le 24 septembre 2021

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