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Les bouffons de la crise

Ciel quel remue-ménage, lundi au palais présidentiel de Baabda, pour la première prise de contact entre membres du nouveau gouvernement ! Que de salamalecs, de ronds de jambe, de torses bombés sous le réglementaire uniforme bleu, en prélude à la classique photo du groupe au grand complet, censée immortaliser un moment d’histoire…


Ce gouvernement, on aurait bien voulu en applaudir sans réserve l’avènement. C’est un fait que le pays est trop longtemps resté sans autorité responsable, et que les Libanais en ont souffert au-delà de toute imagination. Mis au monde par pure lassitude, par les bons soins des deux sages-femmes yankee et française visiblement excédées, il fait néanmoins la part belle aux Iraniens et aux Syriens. Mais surtout, c’est du pied gauche qu’a démarré le peloton. Et cela malgré la détermination du Premier ministre à aller vite en besogne, comme le montre l’élaboration, tambour battant, du programme gouvernemental, ce volumineux recueil de bonnes intentions rarement traduites en actes.


Non, on pense plutôt à l’impérissable impression que nous ont laissée d’emblée plusieurs de ces nouveaux ministres qui se sont pris les pieds dans le tapis rouge avant même leur entrée en fonction. On ne sait trop, en fait, s’il faut rire ou pleurer des incroyables faux pas qui, de leur bal des débutants, ont fait une effarante bouffonnerie bien assurée, elle, de passer à la postérité. À peine était-elle annoncée que la désignation de deux de ces Excellences était ainsi saluée, devant leurs domiciles, par des pétarades de kalachnikov que lâchaient leurs supporters. Rien de vraiment extraordinaire là, n’est-ce pas, dans un pays où l’on a la gâchette facile. Sauf que l’un des héros de la fête, héritant du département de l’Intérieur, se trouve être l’homme précisément chargé de faire respecter la loi et de faire régner l’ordre public.


Le ministère de l’Information n’existe plus, de par le monde, que sous les régimes autocratiques. Au Liban où il survit, son détenteur n’a d’autre occupation, d’ailleurs, que de réciter devant les journalistes les décisions du cabinet, tâche dont s’acquitterait parfaitement un banal fonctionnaire. Eh bien non, le nouveau tenant du titre – un ancien animateur de jeux télévisés doublé d’un fervent admirateur de Bachar el-Assad – souhaite voir interdit d’antenne tout invité qui jetterait le doute sur l’action gouvernementale. En dépit de ses mises au point embarrassées, il n’est heureusement pas près d’être entendu.


On ne saurait oublier, par ailleurs, tel autre ministre bardé de diplômes mais poursuivi en justice par ses propres employeurs, qui l’accusaient de déloyauté et d’intelligence avec une firme concurrente avant de se résoudre à un arrangement. Les Libanais en ont vu bien d’autres et même de pires, commenteront ceux qui ne se font plus d’illusions sur les principes moraux supposés régir toute activité politique. Peut-être relèveront-ils même combien le déficit mental, une fois installé au pouvoir, peut faire bien davantage de dégâts que l’absence de moralité. C’est encore un de ces novices qui s’est porté volontaire pour nous en fournir la preuve. Dans un pays privé d’électricité, où les robinets sont à sec et où le prix du vulgaire détergent est désormais prohibitif, il trouve moyen de recommander, par mesure d’économie, la mise à l’index de l’eau en bouteille ainsi que des mouchoirs et couches jetables. Vive la bonne vieille lessive ? C’est bien lui qui la mériterait.


Pour ce qui est de l’économie, puisqu’on en parle tiens, les citoyens en sont encore à essayer de décrypter ce qu’a voulu dire hier le patron de ce ministère, quand il se posait en héros d’une fable de son cru : en l’occurrence, l’exaltante épopée d’une grenouille réussissant à s’échapper d’un bocal, alors qu’une autre de ses congénères en demeurait prisonnière. Du moins l’imaginatif ministre, apparemment un fan de La Fontaine, n’a-t-il pas fait mine de prétendre à la grosseur d’un bœuf.


Pour tout ce qui précède, le président de la République ne s’est pas fait faute d’appeler ce joli monde à l’économie de salive. Il ne pouvait, en vérité, mieux parler.

Issa GORAIEB

[email protected]


Ciel quel remue-ménage, lundi au palais présidentiel de Baabda, pour la première prise de contact entre membres du nouveau gouvernement ! Que de salamalecs, de ronds de jambe, de torses bombés sous le réglementaire uniforme bleu, en prélude à la classique photo du groupe au grand complet, censée immortaliser un moment d’histoire…Ce gouvernement, on aurait bien voulu en applaudir sans...