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Économie - Crise

Dernière ligne droite avant la levée des subventions sur les carburants

Selon plusieurs sources concordantes, les tractations entre la BDL et le ministère de l’Énergie portent sur deux possibilités : libération totale du marché ou maintien du mécanisme actuel, mais cette fois au taux du marché parallèle.

Dernière ligne droite avant la levée des subventions sur les carburants

Des conducteurs de deux-roues faisant la queue pour le plein d’essence à Dora, à l’entrée de Beyrouth. Photo P.H.B.

Comme souvent depuis le début de la crise du carburant, les jours précédant celui où le ministère de l’Énergie et de l’Eau modifie les tarifs coïncident avec deux phénomènes interdépendants : la baisse du nombre de stations-service ouvertes et la hausse du nombre de voitures en train de faire la queue devant celles qui n’ont pas fermé leurs portes. La journée d’hier n’a pas fait exception à cette règle et celles qui arrivent pourraient se dérouler de la même manière jusqu’à la semaine prochaine au moins. Car c’est en effet à cette période que les autorités pourraient lever définitivement les subventions dont bénéficiaient jusqu’ici les importateurs d’essence, de mazout et de gaz, et qui permettaient de limiter la hausse de leurs prix respectifs en livres provoquée par la dépréciation de la monnaie nationale.

En effet, alors que l’exécutif n’avait pas encore fait d’annonce publique dans ce sens hier après-midi, plusieurs sources intervenaient néanmoins dans les médias pour confirmer l’imminence de ce scénario redouté par certains et appelé de leurs vœux par d’autres. En tête de file, le porte-parole des propriétaires de stations-service du Liban, Georges Brax, que L’Orient-Le Jour a également contacté, qui a déclaré à la radio la Voix du Liban que la levée des subventions était désormais une question de jours.

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« Les subventions sur le carburant vont être supprimées d’ici à quelques jours et nous nous dirigeons vers un bidon de 20 litres tarifé entre 300 000 et 350 000 livres libanaises (...). La question est toutefois la suivante : les subventions seront-elles supprimées sans que la carte d’approvisionnement soit distribuée ? » a-t-il ajouté. Électricité de Jbeil (EDJ), société qui gère plusieurs générateurs privés dans ce caza, a indiqué hier dans un communiqué avoir été informée de la décision de la levée des subventions sur les carburants « dans les prochains jours ». Une autre source proche de la filière qui a également eu écho de la réunion pense que la levée pourrait être actée dès le milieu de la semaine prochaine. Georges Brax pense, lui, savoir que les tarifs seront modifiés une nouvelle fois aujourd’hui, mais de manière marginale afin de répercuter les variations du taux de change sur les coûts fixes pris en compte pour les calculer, en attendant la levée effective des subventions.

Le débat relancé

Selon les tarifs actuels, calculés en tenant compte d’un dollar à 8 000 livres, les 20 litres de 95 octane coûtent 126 600 livres, contre 130 800 pour le 98 octane ; le mazout, qui est essentiellement consommé par les générateurs privés, se vend à 98 100 livres et la bonbonne standard de gaz à 91 400 livres. Adoptée fin juin, la carte d’approvisionnement est un dispositif d’aide directe élaboré par le gouvernement selon une recette proposée par la Banque mondiale depuis un an. Le comité ministériel chargé de sa mise en place a mis plus d’un mois pour fixer les modalités d’application du dispositif. Sa mise en œuvre effective tarde cependant à se profiler, alors que nombre d’élus et de hauts responsables ont juré leurs grands dieux ces dernières semaines que les subventions ne seraient pas levées avant ce stade.

Le débat sur la fin des mécanismes de subvention a été lancé en cours de journée après que des sources anonymes ont indiqué dans la presse que la Banque du Liban (BDL) avait cessé d’ouvrir des lettres de crédit pour financer de nouvelles cargaisons. Dans un communiqué, une source à la BDL a affirmé que cette dernière avait donné des « autorisations préalables » pour le déblocage de crédit dans les limites de l’enveloppe convenue avec l’exécutif, mais qu’il revenait au ministère de l’Énergie de décider quel navire-citerne il souhaitait financer en priorité.

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Georges Brax a également indiqué qu’une réunion entre les responsables du ministère de l’Énergie et les « acteurs du secteur pétrolier » (importateurs, distributeurs et stations-service) avait eu lieu lundi pour aborder le fonctionnement des « nouveaux mécanismes » qui suivront la levée des subventions, ce qui a été confirmé par une autre source au sein de la profession. « Nous ne savons pas à quoi nous attendre pour le moment. Certains importateurs ont des navires stationnés au large des côtes libanaises et restent dans l’expectative », a indiqué pour sa part la source précitée.

La politique monétaire de la BDL

Lancé à l’aube de la crise en octobre 2019, le mécanisme de subvention actuel permet aux importateurs de carburant d’obtenir directement auprès de la BDL des dollars contre des livres à un taux inférieur à celui atteint sur le marché parallèle (près de 18 000 livres pour un dollar hier, soit 12 fois la parité officielle de 1 507,5 livres), et ce afin de financer 100 % des factures des importations validées par la BDL, à un taux de 3 900 livres. Il s’agit d’une version amendée du mécanisme d’origine, qui permettait initialement aux importateurs d’échanger 85 à 90 % des dollars recherchés au taux officiel.

Certains experts, à l’image de la directrice des politiques publiques de Kulluna Irada et ancienne rédactrice en chef du Commerce du Levant Sibylle Rizk, considèrent que ce mécanisme s’apparente moins à un système de subvention qu’à une « continuité de la politique monétaire mise en œuvre par la BDL dans les années 1990, qui a consisté à fixer le taux de change entre la livre et le dollar malgré sa surévaluation croissante manifeste ».

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Depuis juin, c’est 100 % des montants facturés qui sont échangeables contre des dollars donnés par la BDL au taux de 3 900 livres pour un dollar (le taux de la circulaire n° 151 d’avril 2020 pour les retraits en livres de dollars bloqués par les restrictions bancaires illégales en vigueur – elles aussi – depuis l’automne 2019). Depuis juin enfin, la banque centrale ne donne pas ces montants sans conditions : la première enveloppe de 800 millions de dollars – selon les propos du gouverneur Riad Salamé en août – a été prêtée, tandis que la seconde de 225 millions qui aurait dû durer jusqu’à fin septembre devra être déduite du budget de l’État de 2022.

La raison pour laquelle c’est la BDL qui fournit des dollars est liée au fait que la livre n’est pas une monnaie pouvant être utilisée pour les échanges internationaux et que le pays connaît une grave crise de liquidités en devises depuis deux ans. Selon plusieurs sources concordantes, dont Georges Brax, les tractations entre la Banque du Liban – qui pilote les mécanismes de subvention qu’elle a elle-même lancés à partir d’octobre 2019 – et le ministère de l’Énergie portent sur deux alternatives.

La première est la libération totale du marché, ce qui suppose que les sociétés importatrices seront obligées de trouver au Liban, et sans passer par la BDL, les dollars nécessaires pour payer, ce qui risquera d’augmenter la pression sur le dollar et de peser sur la dépréciation de la livre.

La seconde serait le maintien, au moins un temps, du mécanisme actuel d’octroi de dollars, mais cette fois au taux du marché parallèle. Cela suppose que la banque centrale devra soit continuer à ponctionner dans ses réserves de devises – qui ne sont plus constituées que des réserves obligatoires des banques déposées chez elle et qu’elle rechigne à utiliser sans conditions –, soit trouver des dollars ailleurs (compter sur l’aide internationale, aspirer les dollars transférés au Liban, etc.).

Les générateurs privés

Dans tous les cas, une suppression des subventions devrait mettre un terme à la contrebande vers la Syrie et au stockage illégal de carburant, mais à condition que le pays soit suffisamment approvisionné. Là aussi, si plusieurs conditions sont réunies, notamment le fait que les sanctions visant le régime de Damas et concernant sa capacité à commercer avec l’étranger soient assouplies et/ou que le Liban resserre considérablement les contrôles aux frontières et le suivi de la vente des quantités de carburant importé.

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En conclusion, les automobilistes doivent s’attendre à passer encore quelques jours d’enfer sur les axes routiers du pays, en attendant de connaître les nouveaux paramètres qui leur seront imposés. Le gouvernement et les propriétaires de générateurs sont également en train d’anticiper la hausse des tarifs du kilowattheure, qui sera consécutive à la levée des subventions. Occupée à gérer les générateurs dans la région de Jbeil, la société Byblos Advanced Energy, filiale d’EDJ, a indiqué hier dans son communiqué que « le coût du kilowatt augmentera plus de deux fois par rapport au coût précédent » et appelé ses abonnés à réduire le nombre d’ampères auxquels ils ont souscrit ainsi que leur consommation. Vendredi dernier, le ministre sortant de l’Économie et du Commerce Raoul Nehmé a donné via une circulaire un délai de six mois aux propriétaires de générateurs privés pour installer à leurs propres frais des compteurs électromécaniques aux clients qui n’en avaient pas encore. Une mesure imposée depuis 2018 afin de les contraindre à facturer leurs abonnés en fonction de leur consommation plutôt que via un forfait, comme c’était le cas auparavant, mais que beaucoup ont esquivée en faisant signer des attestations de renonciation. Enfin, le président de la Fédération des syndicats des transporteurs routiers, Bassam Tleiss, a lui affirmé que la course en taxi-service (voiture partagée) coûterait au moins 25 000 livres une fois les subventions supprimées.


Comme souvent depuis le début de la crise du carburant, les jours précédant celui où le ministère de l’Énergie et de l’Eau modifie les tarifs coïncident avec deux phénomènes interdépendants : la baisse du nombre de stations-service ouvertes et la hausse du nombre de voitures en train de faire la queue devant celles qui n’ont pas fermé leurs portes. La journée d’hier...

commentaires (3)

Les consommateurs devraient bloquer tous les accès du pays avec leurs voitures vidés d’essence. On verra quelle solution et avec quel moyen les mafieux du pouvoir auront pour remédier au problème du blocage. Ils nous prennent comme otages en bloquant le pays pour rester au pouvoir et masquer leur mauvaise gestion et leurs manigances, rendront leur la pareille. Œil pour œil et dent pour dent. Puisque les libanais ne veulent plus se sacrifier pour leur souveraineté et leur dignité, ils pourront sacrifier leur véhicules ça sera un moindre mal si cela aboutirait à en finir avec la misère et les misérables au pouvoir.

Sissi zayyat

14 h 43, le 08 septembre 2021

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Commentaires (3)

  • Les consommateurs devraient bloquer tous les accès du pays avec leurs voitures vidés d’essence. On verra quelle solution et avec quel moyen les mafieux du pouvoir auront pour remédier au problème du blocage. Ils nous prennent comme otages en bloquant le pays pour rester au pouvoir et masquer leur mauvaise gestion et leurs manigances, rendront leur la pareille. Œil pour œil et dent pour dent. Puisque les libanais ne veulent plus se sacrifier pour leur souveraineté et leur dignité, ils pourront sacrifier leur véhicules ça sera un moindre mal si cela aboutirait à en finir avec la misère et les misérables au pouvoir.

    Sissi zayyat

    14 h 43, le 08 septembre 2021

  • OUI BEN RAOUL NEHME - FUT ! POINT FINAL. ASSEZ PARLER DE CELUI QUI A FOIRE COMME PAS UN. CECI DIT, DANS LES CAS DE FIGURE, ARRET DES SUBVENTIONS EQUIVAUT A UNE HAUSSE DU TAUX DE CHANGE $/LL.

    Gaby SIOUFI

    10 h 06, le 08 septembre 2021

  • Conséquence d’élire des incompétents au pouvoir. Nous ne sommes pas victimes, mais complices de cette débâcle…

    Gros Gnon

    03 h 10, le 08 septembre 2021

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