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Société - Crise et pénuries au Liban

Les hôpitaux mettent en garde contre un scénario "catastrophique dans moins de deux semaines"

"Nous serons confrontés à un chaos total incontrôlable et un arrêt forcé de nombreux établissements", prévient le syndicat des hôpitaux privés.

Les hôpitaux mettent en garde contre un scénario

Des soignants s’activent auprès de patients dans la salle de triage des urgences de l’Hôtel-Dieu. Photo d'archives Marie Jo Sader

Pénuries de médicaments, exode du personnel soignant, arrêt de plusieurs traitements sanitaires : les hôpitaux libanais, paralysés par les pénuries et la grave crise qui frappent le Liban en plein effondrement socio-économique, sont aujourd'hui au bord du gouffre. Dressant un sombre bilan, le syndicat des hôpitaux privés a lancé mercredi un nouveau cri d'alarme, mettant en garde contre un "scénario catastrophique et inévitable" auquel les établissements seront confrontés "dans moins de deux semaines".

De manière générale, le secteur médical et hospitalier agonise depuis des mois. Plusieurs facteurs sont en cause : l’exode massif des corps infirmier et médical, la crise socio-économique, la pénurie de médicaments et d'équipements médicaux, et évidemment, la crise des carburants qui ne fait que s'aggraver. Face à cette réalité amère, établissements, syndicalistes et praticiens ne cessent d'alerter les autorités sur les conséquences catastrophiques d'une telle situation.

Secteur paralysé par des pénuries en série
"Nous sommes arrivés aujourd'hui à l'heure de vérité, alors que l'Etat s'est complètement effondré", a prévenu le syndicat des hôpitaux privés dans un communiqué. "Les hôpitaux perdent jour après jour leurs capacités et il devient de plus en difficile aux Libanais d'accéder aux soins", a-t-il ajouté.

"Pas d'électricité, pas de mazout pour faire fonctionner les générateurs des hôpitaux, pas d'essence pour que les médecins et les employés puissent parvenir à leur lieu de travail. De nombreux départements ont fermé et les climatiseurs dans les chambres des patients ne fonctionnent plus", ont dénoncé les établissements de santé. Ils ont également déploré "le stockage illégal de millions de litres (d'hydrocarbures) destinés à être vendus sur le marché noir" alors que "les hôpitaux risquent de suspendre leur travail en raison des pénuries".

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Selon le syndicat, "la disparition de certains médicaments ainsi que la flambée des prix du matériel médical ont prouvé que le mécanisme des subventions qui a été suivi s'est avéré non convenable", rappelant qu'il avait mis en garde contre les conséquences de cela. Il a également dénoncé la flambée des prix des médicaments ainsi que certaines restrictions imposées par les importateurs, notamment le paiement des frais des produits médicaux au taux du marché parallèle. "Ceci est-il acceptable au moment où des millions de dollars sont dépensés sur les subventions ? ", s'est-il interrogé. 

Au mois de juillet, le ministère de la Santé avait annoncé que les médicaments dont le prix est inférieur à 12.000 livres libanaises et ceux qui peuvent être trouvés dans les centres de santé primaires, ne seront plus subventionnés par la Banque du Liban, alors que les médicaments pour les maladies chroniques, incurables, psychiques et nerveuses, ainsi que le lait pour nourrissons et les vaccins" continueront de l'être. Car les réserves de la BDL ont atteint un seuil critique après deux ans de grave crise et de mauvaise gestion.

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"Les salaires des employés des hôpitaux couvrent à peine leurs frais de transport", ont par ailleurs dénoncé les hôpitaux. "Les frais des soins de santé étant toujours fixés au taux officiel de 1.507 LL, les hôpitaux ont dû imposer des frais supplémentaires aux patients" qui sombrent déjà dans des conditions socio-économiques difficiles, a regretté le syndicat. 

"Scénario catastrophique en moins de deux semaines"
"Plusieurs traitements ne sont plus offerts, tels que les traitements chimiothérapiques des malades atteints de cancer, ou encore les antibiotiques aux malades atteints de choc sceptique, ainsi que les médicaments pour la dialyse et les anesthésiques utilisés lors des opérations", a rappelé le syndicat. Il a également prévenu que les hôpitaux risqueraient de ne pas pouvoir face à la nouvelle vague de coronavirus en raison des crises qui les ont frappés au cours des derniers mois.

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Pour tenter de résoudre cette crise, le syndicat a appelé le Conseil supérieur de la santé présidé par le ministre sortant de la Santé, Hamad Hassan, à se réunir au moins deux fois par semaine "afin de contrôler la situation et freiner l'effondrement rapide". "Si les choses restent en l'état, nous arriverons à un scénario catastrophique et inévitable en moins de deux semaines", a mis en garde le syndicat. "Nous serons confrontés à un chaos total incontrôlable et un arrêt forcé de nombreux établissements", a-t-il également averti, estimant que "les hôpitaux qui continueront à offrir les traitements auront des capacités très limitées et n'assureront pas la sécurité du malade".


Pénuries de médicaments, exode du personnel soignant, arrêt de plusieurs traitements sanitaires : les hôpitaux libanais, paralysés par les pénuries et la grave crise qui frappent le Liban en plein effondrement socio-économique, sont aujourd'hui au bord du gouffre. Dressant un sombre bilan, le syndicat des hôpitaux privés a lancé mercredi un nouveau cri d'alarme, mettant en garde contre...

commentaires (1)

La France ne peut pas résoudre tous les problèmes du Liban. En revanche, sur le plan sanitaire, elle peut agir en accentuant son aide aux hôpitaux. Les Français ont toujours répondu présent aux appels lancés par les ONG. Nous pourrions commencer par revoir cette politique stupide qui consiste à détruire les médicaments en surplus que les patients rapportent dans les pharmacies. "On les détruit pour éviter les trafics" ! Voilà l'argument de choix qu'on nous oppose, tout en jetant des tonnes de médicaments.

Chapman Agnès

21 h 28, le 19 août 2021

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Commentaires (1)

  • La France ne peut pas résoudre tous les problèmes du Liban. En revanche, sur le plan sanitaire, elle peut agir en accentuant son aide aux hôpitaux. Les Français ont toujours répondu présent aux appels lancés par les ONG. Nous pourrions commencer par revoir cette politique stupide qui consiste à détruire les médicaments en surplus que les patients rapportent dans les pharmacies. "On les détruit pour éviter les trafics" ! Voilà l'argument de choix qu'on nous oppose, tout en jetant des tonnes de médicaments.

    Chapman Agnès

    21 h 28, le 19 août 2021

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