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Société - Crise des carburants

Faute de mazout, les hôpitaux ne tiendront plus que quelques jours

Dans l’industrie pharmaceutique, la plus grande usine fournissant du sérum a été contrainte de mettre la clé sous la porte. Sans ce produit, les établissements hospitaliers ne peuvent pas fonctionner non plus.

Faute de mazout, les hôpitaux ne tiendront plus que quelques jours

La fermeture de l’usine Alfa, qui couvre 70 % du marché libanais en sérum, pose un sérieux problème pour les hôpitaux. Mohammad Azakir/Reuters

Le secteur hospitalier agonise. Ce n’est plus qu’une question de jours avant que le système ne s’effondre complètement, de l’aveu même de responsables d’établissements hospitaliers de la capitale. Plusieurs facteurs sont en cause. En plus de l’exode massif des corps infirmier et médical, de la crise socio-économique, de la pénurie des médicaments et des équipements médicaux, la crise des carburants vient mettre son grain de sel, menaçant de fermeture plusieurs hôpitaux, ainsi que des usines pharmaceutiques. D’ailleurs, l’usine Alfa, qui couvre 70 % du marché libanais en sérum, a mis hier la clé sous la porte « pour la première fois depuis 1973 », regrette la directrice générale de l’établissement, Souad Akl.

« Nous avons toujours été préparés pour survivre en temps de guerre et de difficultés, explique-t-elle à L’Orient-Le Jour. Nous avons des stocks de matières premières pour six mois. Nous avons quatre générateurs et des réservoirs d’une capacité totale de 150 tonnes. Malgré cela, nous nous sommes retrouvés presque à sec. »

Souad Akl précise que l’usine n’est alimentée en courant électrique qu’une « demi-heure par jour ». Le reste du temps, ce sont les générateurs qui assurent le courant. « Nos réserves suffisent pour dix jours, note-t-elle. Mais il faut que les réservoirs restent pleins pour pouvoir fabriquer le sérum, parce que c’est une production en continu. » Au quotidien, près de 12 000 litres de mazout sont nécessaires pour permettre à l’usine de fonctionner normalement. Une quantité qui était assurée depuis quelque temps.

Lundi toutefois, l’usine n’a pas reçu de carburant. « À 15 heures, j’ai lancé un appel de détresse », avance la directrice. Celui-ci n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, et à 20 heures, « une personne a réussi à nous débrouiller 5 000 litres, ce qui nous a suffi pour finir le lot de sérum qui était en cours de production ». Mais hier aussi, l’usine n’a pas reçu de mazout, ce qui l’a poussée à éteindre toutes ses machines. « Cent cinquante personnes sont rentrées chez elles, déplore la responsable. Seul le corps administratif est resté. »

« Nous avons des stocks de plusieurs mois des autres produits que nous fabriquons, ajoute-t-elle. Mais pas de sérum. Or celui-ci est vital pour le fonctionnement des hôpitaux. Si le mazout est assuré, nous pourrons redémarrer le travail à l’usine demain (aujourd’hui). »

Un sérieux problème

Cela est d’autant plus important que de grands hôpitaux de la capitale, qui affirment pouvoir tenir jusqu’à présent « parce qu’ils ont des réserves de mazout pour quelques jours encore », se retrouveront contraints de fermer « si le sérum n’est pas assuré ». « Nous ne pouvons pas soigner les patients sans ce produit, insiste Pierre Yared, directeur de l’Hôpital libanais-Geitaoui. Le sérum importé est trop cher. D’ailleurs, il est trop difficile de le trouver sur le marché. »

Il souligne en outre que jusqu’à présent, l’hôpital réussit à assurer ses besoins en mazout pour faire fonctionner les générateurs. « Heureusement, nous n’avons pas encore été obligés de recourir au rationnement, se félicite le Dr Yared. La climatisation continue d’être assurée de manière continue dans l’ensemble des départements. »

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Même son de cloche chez Jean Abou Mrad, directeur des achats à l’Hôpital Saint-Georges – Centre médical universitaire. « Comme l’hôpital n’a pas encore été entièrement réhabilité après la double explosion au port, de nombreux étages et départements sont toujours fermés, note-t-il. De ce fait, les dépenses en mazout sont réduites. Et puis, il y a deux mois, nous avons anticipé et avons fait des réserves qui nous suffisent pour trois à quatre semaines. À cela s’ajoute le fait que nous continuons toujours à recevoir du mazout, mais en quantités moindres. »

M. Abou Mrad estime que c’est la fermeture de l’usine de sérum qui pose un sérieux problème dans l’immédiat. « Nous avons un stock de trois semaines, sachant que nous en achetons trois fois par semaine, dit-il. Si nous ne pouvons plus nous en fournir, nous fermerons l’hôpital. »

Système en totale décrépitude

Sami Rizk, directeur du Centre médical universitaire de l’Université libano-américaine – Hôpital Rizk, est tout aussi pessimiste. « La pénurie du mazout est un fait, insiste-t-il. Mais on ne peut pas mettre les hôpitaux dans le même sac que les autres industries, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, un hôpital fonctionne 24 heures sur 24. Puis, nous ne pouvons pas arrêter la climatisation, surtout en été et dans les espaces fermés où se trouvent les malades comme les chambres, les blocs opératoires, les urgences et les soins intensifs, pour éviter les infections nosocomiales. Nous ne pouvons pas les arrêter non plus dans la pharmacie, ni dans le laboratoire central. »

M. Rizk explique qu’au début de l’année, les hôpitaux ne souffraient quasiment pas des coupures d’électricité. « Ce n’est plus le cas maintenant, déplore-t-il. Le rationnement frôle les 21 heures sur 24. Or les générateurs ne sont pas conçus pour fonctionner à longueur de journée. À l’hôpital, nous avons huit générateurs. Mais nous avons toujours un en maintenance – et donc le paiement se fait en dollars frais – et un autre que nous laissons reposer. Aujourd’hui, nos réserves de mazout suffisent pour quelques jours. Nous avons besoin de dix à douze tonnes au quotidien. Or pour pouvoir continuer à assurer nos services aux patients, nous essayons d’obtenir souvent le mazout au marché noir au prix fort : près de 12 millions de livres la tonne contre 4 millions de livres selon le prix officiel. »

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Récemment, il a été question de fournir du mazout aux hôpitaux privés depuis les raffineries de Tripoli et de Zahrani. Mais à ce jour, celles-ci demeurent fermées. « On nous demande de nous approvisionner auprès des distributeurs privés, mais on ne nous livre pas les quantités dont nous avons besoin, souligne Sleiman Haroun, président du syndicat des propriétaires des hôpitaux privés. En fait, pour assurer les besoins de ces 130 établissements, près de 350 tonnes de mazout au quotidien sont nécessaires. »

« Il est temps que les ministères de la Santé, de l’Énergie et des Finances prennent les mesures nécessaires pour que les hôpitaux aient accès au mazout au prix officiel », martèle M. Rizk. Et de conclure : « Le système est en totale décrépitude. Nous continuerons à traiter nos patients tant que nous avons du matériel, mais le jour où nous manquerons de tous les produits, nous allons fermer. Même durant la guerre civile, nous n’avons pas vécu cela. Nous savons que les secteurs de la santé et de l’éducation sont les deux piliers de toute démocratie. Or au Liban, ces deux secteurs sont à plat ! »


Le secteur hospitalier agonise. Ce n’est plus qu’une question de jours avant que le système ne s’effondre complètement, de l’aveu même de responsables d’établissements hospitaliers de la capitale. Plusieurs facteurs sont en cause. En plus de l’exode massif des corps infirmier et médical, de la crise socio-économique, de la pénurie des médicaments et des équipements...

commentaires (2)

Et voilà! Le "mandat fort" se termine "lemon-tably"(pour être honnête: si vous écoutez bien la vidéo, c'est bien "tably" qu'il prononce, et non "doubly"...mais le "lamen" est effectivement prononcé "lemon"!)

Georges MELKI

10 h 47, le 11 août 2021

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Commentaires (2)

  • Et voilà! Le "mandat fort" se termine "lemon-tably"(pour être honnête: si vous écoutez bien la vidéo, c'est bien "tably" qu'il prononce, et non "doubly"...mais le "lamen" est effectivement prononcé "lemon"!)

    Georges MELKI

    10 h 47, le 11 août 2021

  • Je me souviens d’une promesse du président qu’il laissera le pays à la fin de son mandat bien plus beau et florissant qu’au début de sa présidence. Encore une promesse populiste ratée mais alors ratée … ça doit être une habitude familiale, son gendre nous ayant promis de l’électricité 24/24 pour nous faire gober les marchés truqués des barges turques, résultat on a le noir 24/24

    Liberté de Penser

    07 h 33, le 11 août 2021

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