Rechercher
Rechercher

Politique - Décryptage

Gouvernement : la tragédie du Akkar mènera-t-elle vers un déblocage ?

Même lorsque le sang n’en finit plus de couler et que la douleur des Libanais est immense, les enjeux politiques continuent à peser sur la situation du pays. Au cœur des tiraillements, la formation du prochain gouvernement. De l’avis des observateurs, les événements qui se sont précipités depuis la décision mercredi soir du gouverneur de la Banque centrale de lever les subventions sur les carburants seraient liés au processus gouvernemental et la tragédie du Akkar ne serait qu’une étape de plus dans le long chemin de croix qui mène au Sérail.

Pour le camp présidentiel, la situation est devenue plus claire. Les enjeux sont internes et les responsables du blocage sont ceux qui ne veulent pas de la lutte contre la corruption. Ce qui était rapporté sur une volonté occidentale, et en particulier américaine, d’entraver la formation du gouvernement pour pousser les Libanais à se soulever contre le Hezbollah ne semble pas conforme à la réalité. La visite de l’ambassadrice des États-Unis, hier, chez le président Michel Aoun et le Premier ministre désigné Nagib Mikati s’inscrirait ainsi dans le cadre d’une volonté américaine de pousser vers la formation d’un nouveau gouvernement. Ce qui signifie, toujours pour le camp présidentiel, que les entraves à la formation du cabinet seraient essentiellement locales. Il y aurait donc, d’un côté, ceux qui veulent lutter contre la corruption et procéder aux réformes et, de l’autre, ceux qui veulent continuer comme avant, perpétuant l’esprit milicien au sein de l’État.

Selon les milieux proches de Baabda, lorsque Nagib Mikati a été choisi pour prendre la relève après la récusation de Saad Hariri, la tendance générale était de considérer qu’il offrirait un modèle qui ressemblerait fort au précédent. Mais au lieu de se cantonner dans des positions intransigeantes, Mikati a immédiatement montré une volonté réelle de former un nouveau gouvernement. Des progrès ont d’ailleurs été enregistrés dans le processus au début de la semaine dernière. Selon les milieux proches de Baabda, c’est ce qui aurait poussé ceux qui ne veulent pas que Mikati forme un gouvernement à réagir. C’est ainsi que le gouverneur de la Banque centrale a décidé brusquement mercredi soir de lever les subventions sur les carburants, provoquant un véritable chaos sur le marché et une grande panique chez les citoyens. Le processus de formation du gouvernement est passé au second plan, face aux nouvelles priorités de la vie quotidienne. L’un après l’autre, les secteurs productifs du pays ont commencé à annoncer leur paralysie, faute de mazout pour les générateurs et d’essence pour les déplacements. Dans de nombreuses localités du pays, les générateurs privés ont cessé de fournir du courant à leurs abonnés et les Libanais se sont retrouvés non seulement dans le noir, mais aussi sans les éléments nécessaires à une survie basique. Réuni dimanche d’urgence, le Conseil supérieur de défense a donné à l’armée des instructions précises pour découvrir s’il y a des stocks de carburants cachés. Cette réunion est intervenue suite à la tragédie du Akkar où l’explosion d’une citerne d’essence dans la localité de Tleil a fait de nombreuses victimes et causé un véritable traumatisme aux Libanais.

Lire aussi

Aoun et Mikati optimistes... sans l’être tout à fait

D’une part, il devenait ridicule dans des circonstances aussi terribles de parler d’un ministre par-ci et d’un portefeuille par-là. D’autre part, les accusations politiques qui ont suivi le drame du Akkar ont aiguisé les dissensions politiques et confessionnelles. Le courant du Futur, et son chef en particulier, ont multiplié les accusations directes lancées au chef de l’État et au Courant patriotique libre. Dans un tweet, Saad Hariri a demandé clairement à Michel Aoun de quitter la présidence. Cette escalade entre le courant du Futur et son chef d’une part, le chef de l’État et son camp de l’autre a compliqué la mission de Mikati. Certes, réuni d’urgence, le club des anciens présidents du Conseil lui a réitéré dimanche son appui, mais la violence des échanges entre le Futur et le CPL serait destinée à rendre plus difficile une entente sur le prochain gouvernement.

De même, selon des sources proches de Aïn el-Tiné, le président de la Chambre aurait fait un pas en arrière au sujet de la désignation du prochain ministre des Finances, insistant sur un nom précis ou alors exigeant d’avoir son mot à dire sur le choix d’un ministre chrétien en contrepartie.

Hier, tous les regards étaient donc tournés vers la rencontre entre Aoun et Mikati à Baabda. À sa sortie du palais présidentiel, le Premier ministre désigné s’est montré optimiste, mais avec modération. Quelques heures auparavant, le chef de l’État avait lui aussi confié à ses visiteurs qu’un gouvernement pourrait être formé avant la fin de la semaine. Toutefois, aucun détail n’a été communiqué sur les discussions entre Aoun et Mikati. Ce dernier a simplement déclaré qu’avec Aoun, il commençait à parler des noms des ministrables.

Les prochains jours seront donc cruciaux. L’ampleur de la crise sera-t-elle suffisante pour aplanir les derniers obstacles, ou bien ceux qui ne veulent pas d’une entente entre Aoun et Mikati, chacun pour ses raisons propres, parviendront-ils à pousser ce dernier à se récuser, sachant que s’il le fait, aucune autre personnalité sunnite bénéficiant de la couverture des anciens Premiers ministres n’acceptera d’être désignée pour former un nouveau gouvernement ?

Dans le camp des opposants à Aoun, on privilégie le blocage gouvernemental, à cause de la volonté du président d’assurer l’avenir politique du chef du CPL, à travers un gouvernement dans lequel il aurait son mot à dire. Selon ce camp, Aoun préférerait maintenir le statu quo actuel plutôt que d’accepter un gouvernement qui ne correspondrait pas à ses exigences. Pour le camp présidentiel par contre, la terrible crise que traverse actuellement le Liban devrait accélérer la formation du gouvernement. D’autant que la tragédie du Akkar a montré que le pays ne peut plus faire face aux catastrophes successives sans un appareil étatique au complet et en pleine fonction.

Privés désormais de tout, les Libanais vivent dans l’attente. Pour eux, un nouveau gouvernement n’est pas un enjeu politique mais une question de survie.

Même lorsque le sang n’en finit plus de couler et que la douleur des Libanais est immense, les enjeux politiques continuent à peser sur la situation du pays. Au cœur des tiraillements, la formation du prochain gouvernement. De l’avis des observateurs, les événements qui se sont précipités depuis la décision mercredi soir du gouverneur de la Banque centrale de lever les subventions sur les carburants seraient liés au processus gouvernemental et la tragédie du Akkar ne serait qu’une étape de plus dans le long chemin de croix qui mène au Sérail.Pour le camp présidentiel, la situation est devenue plus claire. Les enjeux sont internes et les responsables du blocage sont ceux qui ne veulent pas de la lutte contre la corruption. Ce qui était rapporté sur une volonté occidentale, et en particulier américaine, d’entraver...
commentaires (1)

Peuple libanais reveillez vous de votre marasme pathetique Pas de revolution sans sang

Robert Moumdjian

02 h 09, le 17 août 2021

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Peuple libanais reveillez vous de votre marasme pathetique Pas de revolution sans sang

    Robert Moumdjian

    02 h 09, le 17 août 2021

Retour en haut