Michel Aoun et Nagib Mikati s’entretenant hier à Baabda. Photo Dalati et Nohra
C’est un semi-optimisme prudent que le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, a soigneusement distillé hier quant à une proche mise en place du futur gouvernement, certains obstacles entravant encore sa mission demeurant entiers, notamment au niveau de l’attribution de quelques portefeuilles jugés juteux, et de certains noms de probables ministrables, comme celui des Finances.
S’exprimant à l’issue de son dixième entretien avec le président de la République, Michel Aoun, hier à Baabda, M. Mikati s’est efforcé de se montrer satisfait. Il n’a donc pas complètement exclu la formation de son équipe dans les prochains jours, tout en faisant état de problèmes qui restent encore à régler. « Il est possible que le gouvernement voit le jour d’ici deux à trois jours, mais il reste des questions à résoudre », a-t-il lancé en réponse à une question, confiant « ne pas savoir comment sera résolu le dernier problème qui se pose encore », sans donner de détails. Il a tout de même souligné que « les probabilités qu’il forme un cabinet sont plus élevées que celle d’une récusation ».
Nagib Mikati a en outre indiqué avoir discuté « en profondeur » avec le chef de l’État des différents aspects du processus gouvernemental. « Nous avons attaqué la question des noms » des ministrables, a-t-il indiqué.
Sauf que ce progrès dont se félicite le Premier ministre désigné ne signifie pas qu’il soit au bout de ses peines, les noms autour desquels s’articulent les contacts actuels ne faisant toujours pas l’unanimité des protagonistes concernés. C’est évidemment le cas de Youssef Khalil, directeur du département des opérations financières au sein de la BDL, et que le président de la Chambre, Nabih Berry, propose pour le ministère régalien des Finances.
Outre le fait que Michel Aoun entretient des rapports en dents de scie avec le président de la Chambre, le chef de l’État s’oppose à la nomination de M. Khalil à ce poste, y voyant une entrave majeure à la mise en application de l’audit juricomptable au sein de la Banque centrale, devenu le principal cheval de bataille de son mandat.
Aoun revient à la charge
Quoi qu’il en soit, Michel Aoun s’est lui aussi montré optimiste. S’exprimant hier devant ses visiteurs, il est même allé jusqu’à déclarer qu’il était, avec le Premier ministre désigné, « sur le point de former un nouveau gouvernement dans les tout prochains jours, bien que certains essaient d’entraver sa mise en place ». Une pique évidente en direction du chef du législatif.
Assurant qu’il ne démissionnera pas, comme le souhaitent certains de ses opposants comme les leaders du Futur, Saad Hariri, et des Forces libanaises, Samir Geagea, Michel Aoun est par ailleurs revenu à la charge, concernant les prérogatives du président en matière de formation du cabinet. « Même s’il a perdu certaines prérogatives, le président de la République est partenaire dans la formation du gouvernement avec le Premier ministre désigné. Il a le droit de choisir entre les noms proposés au vu de l’autorité dont il dispose », a-t-il lancé. Comprendre : Michel Aoun insiste pour avoir son mot à dire sur le nom des futurs ministres, notamment celui des Finances.
Selon notre chroniqueur politique Mounir Rabih, le camp présidentiel tiendrait également à avoir une voix au chapitre concernant le juteux ministère de l’Énergie – tenu par la mouvance aouniste depuis 2008. Il s’opposerait également à la probable nomination d’un ancien conseiller de M. Mikati à l’Éducation. Il s’agit là d’un nouvel obstacle qui vient entraver davantage la mission du Premier ministre désigné. Il y a aussi la volonté des Marada de Sleimane Frangié de se voir attribuer un portefeuille que les cercles du leader zghortiote qualifient d’« important » en lieu et place des Travaux publics qui relèveront du lot du Hezbollah. Ce dernier – dont le leader Hassan Nasrallah avait appelé dimanche à la formation « au plus vite » d’un gouvernement, exhortant « toutes les parties à faire des compromis » – serait entré en contact avec Nagib Mikati, ainsi qu’avec le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, pour accélérer la naissance du cabinet, apprend-on de source informée.
De son côté, la communauté internationale s’impatiente pour voir le Liban se doter d’une nouvelle équipe ministérielle, comme l’ont clairement montré les propos de l’ambassadrice des États-Unis à Beyrouth Dorothy Shea. « Nous exhortons ceux qui continuent à entraver la formation du gouvernement et la mise en œuvre des réformes à mettre de côté leurs intérêts partisans », a déclaré la diplomate après avoir rencontré MM. Aoun et Mikati. « Nous avons salué le nouveau cadre de sanctions annoncé par l’Union européenne (adopté fin juillet) pour promouvoir la responsabilité et la réforme au Liban, et les États-Unis continueront de coordonner avec leurs partenaires sur les mesures appropriées », a-t-elle poursuivi dans une allusion claire aux sanctions qui pourraient s’abattre sur les responsables libanais si aucun cabinet n’était formé.



a sa sortie de baabda hier, Mikati a AUSSI repete que quoiqu'il ne se donne aucune date butoire pour former le gouv- IL N'EST PAS DISPOSE A ATTENDRE LONGTEMPS AVANT DE SE RECUSER.
08 h 53, le 17 août 2021