En quelques minutes, et sous l’effet d’une décision du gouverneur de la Banque du Liban, le vent a brusquement tourné. La formation du gouvernement est passée au second plan et les indices positifs véhiculés par les médias se sont envolés.
Les Libanais qui espéraient qu’un nouveau cabinet soit rapidement formé et entame un processus de sortie de crise se sont de nouveau retrouvés dans un tunnel qui ne semble pas avoir de fin. Le processus de formation du gouvernement est-il donc désormais bloqué ? Les avis divergent sur cette question, mais ce qui est sûr, c’est que la décision du gouverneur de la banque centrale d’arrêter de subventionner les importations pétrolières a eu l’effet d’une bombe et qu’elle a mélangé toutes les cartes. Certes, une telle démarche était dans l’air depuis quelques mois, mais à chaque fois elle était reportée notamment parce que le chef de l’État et le Premier ministre démissionnaire y étaient opposés, les deux responsables voulant qu’elle s’inscrive dans le cadre d’un plan global reposant sur la rationalisation des subventions et l’adoption de la carte d’approvisionnement pour les Libanais dans le besoin.
Cette décision de Riad Salamé, qui visiblement n’a pas recueilli l’avis des deux responsables, est en tout cas intervenue au moment où les milieux politiques concernés (ceux proches de Baabda et ceux proches du Premier ministre désigné) évoquaient des signes positifs sur le plan de la formation du cabinet. Mais, dès que la nouvelle est parvenue aux oreilles des Libanais, véhiculée par les médias et les réseaux sociaux, ceux-ci ne se sont plus intéressés au processus gouvernemental, leur priorité étant désormais de voir comment payer les bidons d’essence et le mazout...
Le timing de cette décision a donc son importance et ne peut pas être considéré comme un pur concours de circonstances. Il a d’ailleurs été différemment interprété dans les milieux politiques. Certains y ont vu une volonté de faciliter la tâche du Premier ministre désigné en prenant cette décision impopulaire et grave pour les citoyens avant la formation du nouveau gouvernement pour qu’il ne soit justement pas obligé d’en assumer la responsabilité. D’autres, au contraire, estiment qu’il s’agit d’une volonté claire d’entraver la formation du gouvernement et de dissiper le léger vent d’optimisme qui avait soufflé en début de semaine.
Selon les partisans de la première thèse, Riad Salamé aurait donc rendu un service à Nagib Mikati, tout en profitant du retrait partiel du Premier ministre démissionnaire (qui est totalement opposé à cette démarche) pour annoncer une telle décision. Mais pour les partisans de la seconde thèse, cette décision constitue plutôt une entrave à la mise en place d’un nouveau gouvernement car elle complique la mission du Premier ministre désigné. Pour eux, derrière les encouragements et les déclarations d’appui, Nagib Mikati se heurte en réalité à de nombreux obstacles, internes et externes.
Parmi les obstacles internes, il y a d’abord l’attitude ambiguë du président de la Chambre Nabih Berry, qui voulait d’abord à tout prix que Saad Hariri forme le prochain gouvernement et qui, en tout cas, ne souhaite pas que le chef de l’État et son camp aient une influence substantielle au sein du prochain gouvernement. Tout simplement parce qu’il a le sentiment d’être lui et ses proches dans le collimateur de la présidence. D’ailleurs Nabih Berry et Saad Hariri n’ont jamais caché leur appui au gouverneur de la Banque du Liban, qui à leurs yeux est accusé injustement d’être responsable de la crise monétaire et financière actuelle, alors qu’il cherche à sauver ce qui peut l’être encore.
Toujours dans le cadre des obstacles internes, les partisans de la seconde thèse estiment que l’ancien Premier ministre Saad Hariri ne souhaite pas que Nagib Mikati réussisse là où lui-même a échoué. Certes, il lui a accordé publiquement son appui et celui du groupe des anciens présidents du Conseil, mais cela ne signifie pas qu’il dispose d’une carte blanche de leur part. Les milieux proches de Saad Hariri rappellent d’ailleurs régulièrement à Nagib Mikati qu’il ne peut pas faire des concessions sur les droits de la présidence du Conseil et sur ceux de la communauté sunnite, et que les négociations qu’il mène devraient démarrer du point où s’étaient arrêtées les précédentes.
Face à ces lignes rouges et aux exigences des différentes parties, Nagib Mikati doit donc évoluer avec beaucoup de prudence.
À ce contexte interne délicat où chaque camp est sur ses gardes face à l’autre, il faut ajouter les contraintes externes. Si l’appui de la France à Nagib Mikati est réel et clair, celui des États-Unis l’est moins. Les avis sont partagés sur cette question. D’une part, les sources diplomatiques occidentales affirment catégoriquement que la communauté internationale, Washington en tête, veut qu’un nouveau gouvernement soit formé au plus vite pour entamer les réformes requises. D’autre part, les sources proches de l’axe dit de la résistance sont convaincues que les États-Unis et leurs alliés veulent que le Liban aille vers l’effondrement total parce que cela aura un impact direct sur le Hezbollah et sur son alliance avec le CPL. Selon ces sources, les derniers incidents font croire aux États-Unis et à leurs alliés qu’ils seraient proches de leur but. Pourquoi s’arrêteraient-ils donc en si bon chemin et favoriseraient-ils la formation d‘un gouvernement dont la mission serait de stopper le processus d’effondrement ?
À ce stade, il est difficile d’opter pour une thèse plutôt que l’autre car beaucoup de questions restent sans réponse. Mais les Libanais, eux, sont les principales victimes des tiraillements actuels qu’ils soient internes ou externes.
Les Libanais qui espéraient qu’un nouveau cabinet soit rapidement formé et entame un processus de sortie de crise se sont de nouveau retrouvés dans un tunnel qui ne semble pas avoir de fin. Le processus de formation du gouvernement est-il donc désormais bloqué ? Les avis divergent sur cette question, mais ce qui est sûr, c’est que la décision du gouverneur de la banque centrale d’arrêter de subventionner les importations pétrolières a eu l’effet d’une bombe et qu’elle a mélangé toutes les cartes. Certes, une telle démarche était dans l’air depuis quelques mois,...



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Le calcul est simple: terminer l’argent tant qu’on est au pouvoir tout en accusant à tord et à travers le mr. Salami qui lui n’est pas un agneau de son côté et qui a certainement profité de la pagaille. C’est probablement la raison pour laquelle il ne dévoile pas tout ce qu’il sait. Toujours est-il qu’ils veulent continuer à dépenser notre argent pour avoir des électeurs appauvris et dociles. Comme c’est leur fin et qu’ils ne pourront pas se venger peut-être pourrons-nous à notre tour leur prendre leur argent et voter nos propres convictions. Oui le gouvernement n’est plus intéressant car tous manigancent, calculent car ils sont perdants. Au niveau tout d’abord du respect de soi-même et en tous cas du respect des autres.
13 h 06, le 13 août 2021